Aujourd’hui je me sens moins vieille qu’hier mais faudrait surtout que je fasse bien gaffe à pas m’arrêter là,

 
 
 

Si vous souhaitez être informé.e.s des publications, vous pouvez vous inscrire à la lettre d’information,
en écrivant à cette adresse : sansattendre[arobase]free[point]fr.

 
 
 
Sommaire :
 
 
I. Autant de fois qu’il sera nécessaire je me souviens.

là,
 
 
II. Que souvent nous considérons des choses présentes comme inexistantes.
 
 
III. Tantôt la vague me gifle, et tantôt elle m’emporte — 2016.

début 2016

mars 2016

octobre 2016

spinozad partout

novembre 2016

décembre 2016
 
 
IV. Servitude 2017.

mars 17

avril 17

mai 17

aux ami.e.s lapines et lapins

juillet 17

août 17

septembre 17

octobre 17
 
 
V. Avons par conséquent le pouvoir de faire en sorte d’avoir moins à subir.

novembre 17

décembre 17
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Publicités

autant de fois qu’il sera nécessaire je me souviens

 
 
 

je me souviens du samedi 10 janvier 2015 quand je monte dans le bus pour aller à la manif après les attentats et dans le bus il n’y a que des familles blanches qui vont à la manif après les attentats. je me souviens de ce jour-là comme d’un jour où physiquement j’éprouve l’idée du racisme français. l’idée d’un racisme français j’en connaissais bien évidemment l’existence et j’en éprouvais en moi-même ma part de production. mais ce jour-là le 10 janvier 2015 la production française de racisme français prenait le bus et j’étais dans le bus mais sans produire le racisme français. dire que j’en étais comme victime pour la première fois de ma vie serait faire offense à celles et ceux qui en subissent la violence quotidienne. mais ce racisme pour la première fois ce jour-là je l’ai éprouvé comme violence effective à l’égard de toutes celles et tous ceux qui n’étaient pas là : noir.e.s et arab.e.s français.e.s comme toi et moi si tu es français.e. noir.e.s et arab.e.s français.e.s absent.e.s en ce jour de communions nationales français.e.s. fin de la comédie. noir.e.s et arab.e.s français.e.s ne sont pas français.e.s. et cela que leur absence l’affirme depuis une volonté qui leur serait propre, ou depuis un mensonge égalitaire qu’elles et ils subissent. désormais qu’importe. j’écris ces mots le 9 décembre 2017 alors qu’une messe est en cours à l’église de la madeleine à paris en l’honneur de johnny hallyday. je me dis que c’est la même france qui pleure johnny hallyday aujourd’hui et qui manifestait les 10 et 11 janvier 2015. je n’ai aucune colère contre johnny hallyday. j’en aurais bien davantage contre celles et ceux qui s’offusquent de l’hommage populaire — copyright république française — qui lui est rendu aujourd’hui et depuis sa mort il y a quelques jours. oui, johnny était un chanteur populaire et pour cela je l’aime. mais entre le début de la carrière de johnny et aujourd’hui, le peuple si ce mot désigne quelque chose — et, il désigne quelque chose, toujours, toujours il veut désigner quelque chose — n’est plus le même. johnny hallyday commence sa carrière pendant la guerre d’algérie. il la finit aujourd’hui à l’église de la madeleine.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

décembre 17

 
 
 

1er décembre 17

Travail. Matin très tôt. Dans la nuit. Chercher et télécharger un certain nombre de documents en lien avec masculinités. Et aussi la thèse de Maboula Soumahoro.

 
« pour Joie, je préciserai le texte — le condenserai, tenterai de — avec les bons endroits que vous m’indiquerez. Pour Comment s’organiser, cette entrée est une proposition que j’avais faite à A. Et qu’il avait accepté sans que nous en discutions davantage. Intuitions croisées peut-être. La dimension politique est centrale, sans doute. Et pour moi l’intuition première est dans un lien que je fais entre le Corps Sans Organe tel que l’énonce Artaud, ou tel que je l’entends avec Artaud — ou tel que Deleuze en parle dans un cours, je ne sais plus — , — c’est-à-dire : la nécessité d’un corps autrement organisé, un corps non pas organisé par les puissances d’organes extérieur.e.s à lui-même et qui dictent leurs nécessités, mais un corps auto-organisé — lien entre ceci, donc, et la lecture de À nos amis du Comité invisible, où, de mémoire, Deleuze est un des rares philosophes — le seul ? pas sûr — à être nommé : « Nous devons être dès le début, écrivait le camarade Deleuze il y a plus de quarante ans, plus centralistes que les centralistes. Il est évident qu’une machine révolutionnaire ne peut pas se contenter de luttes locales et ponctuelles : hyper désirante et hyper centralisée, elle doit être tout cela à la fois. Le problème concerne donc la nature de l’unification qui doit opérer transversalement, à travers une multiplicité, non pas verticalement et de manière à écraser cette multiplicité propre au désir. » À nos amis aussi comme livre Deleuze-Spinoza. Avec une entrée Comment s’organiser, c’est auto-organisation, autonomie, révolution comme processus, qui sont en ligne de mire. Et libération/ liberté ? À ce dernier duo je n’avais pas pensé avant de relire le passage de Artaud dans Pour en finir avec le jugement de Dieu :  Lorsque vous lui aurez fait un corps sans organes, / alors vous l’aurez délivré de tous ses automatismes / et rendu à sa véritable liberté. » Qui serait à mettre en relation avec la partie 5 de l’Éthique, au titre programmatique : De la liberté humaine. Avec Comment s’organiser, Deleuze serait comme une plaque tournante — machine désirante ? CsO ? — qui permettrait cette mise en relation —cette circulation— Artaud-À.nos.amis-Spinoza. »

Puis me recoucher. Marché. Laurent. Long et bon téléphonage comme dirait Haenel, avec Anne. Ahmed et Yahya. Ils ne veulent pas que les gens étrangers apprennent le français (écrire, parler, comprendre). Qui ça Ils ? L’État. Mais faisons sans l’État. Le racisme d’État. La réalité vivante et bonne de nos relations. Aller chercher cousin Ki à la gare. La soirée avec lui.

Université occupée : AG face à la pression de la présidence : « Fermeté et tolérance ».

Une rencontre avec la présidence a eu lieu, ils continuent de demander l’évacuation du château, à nous mettre la pression sur le fait que l’intervention des forces de l’ordre est possible.

Très tôt, dans la matinée, ils ont coupé l’eau et le chauffage alors qu’il gelait dehors et que des mineurs dormaient dedans.

Nous appelons largement à une assemblée générale à 18h30 dans le château du Tertre pour décider collectivement des actions que nous porterons ensemble pour la suite du mouvement.

Nous avons toujours besoin d’être nombreux.ses pour maintenir un rapport de force important !
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

novembre 17

 
 
 

1er novembre 17

Ce jour, La France bascule dans l’état d’urgence permanent — c’est le titre d’un article de Mediapart.

Genres, races, classes sociales, seraient les catégories majeures du classement de l’humanité. Donc : de l’organisation de sa domination. Catégories trop rigides. Rigides forcément, puisque catégories. Catégories majeures, de plus, donc excluant quelles catégories pensées mineures. Trop binaires, chacune, en chacune d’elles-même.

Ernesto, 10 ans et 17 secondes, se souvient de la remarque de Farouk dans le rayon « anthropologie de l’enfance internationale », au C.D.I du Lycée Blaise Pascal de Garche-les-Gonesse : « le collectif commence à trois ». Ernesto avait pensé « trinité de l’émancipation — ah ah », mais il n’avait rien dit.

Aujourd’hui, « dans mon bureau d’homme adulte en construction », pense-t-il — attention : c’est le bureau, qui est en construction, le mot adulte est ici employé pour troubler qui peut être troublé par son emploi ; chaque trouble, se dit Ernesto, nous intimant à travailler la question qui le provoque ; oh ! Ernesto — , dans son bureau d’homme adulte en construction, donc, Ernesto retrouve quelques notes griffonnées sur un papier lors d’un week-end en bocage, l’an dernier : du sang de la chique ou du mollard — sur l’adn.

Par ailleurs, qui est Jeannie Mazurelle ? Il y a une place à La Roche sur Yon, à qui a été donné le nom de cette femme dont l’existence sur Internet — suite à une première recherche rapide — n’apparaît pas.
 
 
 
 
 
2 novembre 17

Race, classe, genre. Ernesto, 10 ans, 17 jours et 3 ou 6 secondes, comptant encore son âge et luttant encore contre la momo.point.rt ou comprenant une fois, une fois encore, l’expression vivre n’est rien d’autre qu’apprendre à mourir ou accepter la mort ou apprendre à habiter le temps — le quoi ? — durant les jours et les années avant la mort matérielle, c’est-à-dire : Ernesto complétement paumé dans son éthique attitude avec Baba et Gilou en maîtres ignorants préférés, complétement paumé Ernesto incapable ce jour de reconvoquer une phrase par exemple de Baba qui dit tout le contraire de ces trucs là ci-dessus : Éthique, partie IV, De la servitude humaine, Proposition 67 : L’homme libre ne pense à rien moins qu’à la mort et sa sagesse est une méditation non de la mort mais de la vie. Et. Mais. Bon. Aujourd’hui. Donc. Dans cette désorientation certaine, Ernesto continue de découvrir sa nouvelle pas neuve trinité. Race, classe, genre. Il la découvre non qu’il n’en connaissait l’existence. Il la découvre en éprouvant la puissance des interrelations de dominations formées par classe-genre-race. Intersectionnalité est un mot bien trop de l’université pour Ernesto. Les premières passeuses vers la question raciale et de genre, car oui ce sont des femmes qui parlent, ces premières passeuses, pour Ernesto, sont Houria Bouteldja et Maboula Soumahoro. Il retrouve également Isabelle Stengers. Il note, écoutant Houria Bouteldja et Isabelle Stengers lors d’une rencontre filmée et ici en ligne, il note dans son carnet des mancipatios : la non-innocence, décoloniser la pensée, on ne fait pas semblant de se décoloniser, il faut que les difficultés que l’on rencontre elles vous atteignent et elles vous transforment, l’amour révolutionnaire.

Comment — et pour ici qu’importe comment — Ernesto découvre l’existence de Võ Nguyên Giáp.

Une fois encore sachant d’une certaine manière ce qu’il lui doit Ernesto pense à Che Guevara.

En réponse à la mort d’Ernesto Che Guevara, le 6 octobre 1967 — Éthique, partie IV, De la servitude humaine, Proposition 67 : L’homme libre ne pense à rien moins qu’à la mort et sa sagesse est une méditation non de la mort mais de la vie — , Josefa Josefa et Ramon Ramon font l’amour dans les vignes aux alentours de Chantelle mais également sur le plateau de Gergovie et sur quantité d’autres lieux qui seront ici ou ailleurs un jour nommés ou tus en d’autres occasion, ils font l’amour, de jour et de nuit jusqu’à fertilisation du corps fertilisable selon les lois biologiques naturelles en cours. Conception d’Ernesto.

Concept.

Ernesto note :

 

Ernesto découvre Wikimonde et se demande c’est quoi Wikimonde ?

« … et dimanche dernier ce jour où nous visitâmes en bande cet endroit je me rends compte à l’instant que c’était le 29 octobre et je souviens des rdv des 29 dans le salon ici à nantes et je me dis que tiens… les 29, le printemps 2016, poésie civile, et tant d’autres moments, et là, maintenant… »

le matin très tôt je traque au raccourci-clavier « ctrl + f » les occurrences du mot « joie » dans les pdf que j’ai de deleuze et de deleuze et guattari ainsi je commence la rédaction de l’article « joie » pour un dico-deleuze

je vais me recoucher une heure je un quart d’heure quand je redescends j’ai un message enregistré sur la boite vocale de mon téléphone portable, jécoute, c’est une voix de machine lointaine et pourtant je ne sais comment je comprends que c’est une information à écouter, c’est en effet sérieux, et bienvenu, c’est une information de la banque populaire qui me signifie que notre compte n’est pas suffisamment approvisionné pour le prélèvement mensuel relativement à notre crédit alors je vais déposer quatre chèques à la banque, ils nous seront pour les mois qui viennent plus utiles à la banque que l’un sur cette planche en bois à côté du radiateur dans le salon, ou un autre scotché au mur dans le bureau côté ou celui-ci que je fais pour l’occasion, un gros chèque et ça y est je n’ai plus de trésor caché, avec le dépôt de ces quatre chèques-ci le crédit est assuré jusqu’en juin et si mon dossier de résidence est accpeté à Bourges avec l’argent octroyé mensuellement le crédit est assuré tranquille jusqu’à la fin 2019 indépendamment de ce que tu pourrais mettre comme argent ou pas, oui ainsi ce serait vraiment tranquille comme perspective pour l’argent me dis-je nous dis-je

Rencontre-discussion avec Houria Bouteldja et Isabelle Stengers :
 

 
À 40 minutes, Stengers évoque Starhawk et les Navarro, une lutte pour et avec les Navarro, le point de jonction possible, quel est-il, suis-je descendante des sorcières ou des chasseurs de sorcières, se demande Starhawk. En tant que descendante des sorcières je peux faire alliance avec les Navarro. En tant que quoi je peux faire alliance avec les nègres, les arabes ? Et, Guattari, notre triple ravage écologique : de l’environnement, des mentalités individuelles, et des productions sociales collectives. Se situer comme héritier.e.s d’un ravage, d’une humiliation : possibilité d’alliance.

Décryptage de Ce soir ou jamais par Houria Bouteldja, Maboula Soumahoro, Nacira Guénif-Souilamas :
 

 
Eric Fassin, Politique du genre et démocratie sexuelle – Séminaire IGEP du 15 octobre 2013 :
 

 
Christine Delphy, Le féminisme matérialiste :
 

 
Elsa Dorlin,

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

octobre 17

 
 
 


 
 
 
 
 
1er octobre 17.

— Ernesto, s’il vous plaît, on vous demande encore deux petites minutes d’attention. Vous voyez les trois mots, là, écrits sur le mur du fond ?

— Non.

— Bien. Pour la semaine prochaine, vous nous ferez une petite composition écrite où vous mettrez en relation les réalités concrètes de vos addictions — si vous estimez que vous en avez — et la notion de sainte trinité.

— Je peux écrire ça sous forme d’une lettre à ma mère ?

— Ce serait une manière de répondre.

— Okay.

Alcool. Écran. Maman.

Ernesto sort de l’église.

Le curé reste seul.

Ernesto rejoint sa cabane. Fait du Taï Chi. Accompagne son amoureuse Lili à la gare.

Le soir, il boit beaucoup d’alcool.
 
 
 
 
 
2 octobre 17.

Bien sûr la clôture de ton compte numérique dit « social-réseau-numérique » dit « compte-pour-une-vie-numérique-en-sociabilité-d’écran » n’a rien défait des causes de malheur qui produisait les modalités de sa fréquentation — tristes, avec Narcisse et auto-promotion de ta vie comme objet de valeur.

Ernesto a aimé Georges Didi-Huberman.

Il a aimé sa douceur.

Son intelligence, douce, et généreusement donnée — transmise.

Ernesto n’aime plus Georges Didi-Huberman. Pourquoi.

Ernesto est un modeste — et menteur ô mon orgueil — branleur-disciple de Gilles Deleuze aux yeux jaunes. Aussi, Ernesto répond pas aux Pourquoi.

Et branleur et branlant il répond aux Comment.

Ernesto répond comment il a d’abord senti une cassure, chez Georges. Quelqu’un.e de très proche de Georges a du mourir, s’est dit Ernesto. Il ne sourit plus. Il y a une blessure. Il souffre. Quelqu’un.e de très proche ou quelque chose — en lui, ou qui était en relation avec lui — a du mourir. À ce moment-là, Ernesto aimait encore Georges.

Le moment où Ernesto a commencé à ne plus aimer Georges, il ne sait pas très bien le dater. Ernesto sait seulement dater les confirmations de son désamour :

. octobre 2015 : Survivant, soulevé, un texte de Georges publié dans le numéro 48 de la revue Lignes.
. novembre 2015 : Sortir du noir, un livre aux éditions de Minuit.
. mai 2016 : Où va donc la colère ? , un article paru dans Le monde diplomatique.
. octobre 2016 : Soulèvements, une exposition au Jeu de Paume.
 

Ernesto n’a jamais cessé d’aimer Bashung. Ni Duras. Ni Godard. Par exemple.

Ernesto a eu peur de ne plus aimer Yannick Haenel — les livres, de Yannick Haenel.

Ernesto a aimé aimer le dernier livre de Yannick Haenel. Tiens ferme ta couronne.

Les livres de Nathalie Quintane, Ernesto les aime. Beaucoup. Beaucoup beaucoup.

Ernesto entretient un rapport d’amitié avec les livres de Nathalie Quintane. C’est très important. C’est une amitié.

Linky vient de m’appeler.

Vendredi — 29 septembre — une élève d’une classe de première, à La Roche sur Yon, lit à voix haute dans un studio de danse un passage de Que faire des classes moyennes ? de Nathalie Quintane. C’est un passage où Quintane écrit qu’elle n’est pas triste, ou pas malheureuse, ou pas en colère, je ne sais plus, de faire partie des classes moyennes. Quelque chose comme ça. À moins que j’invente. En tout cas, moi, j’en suis triste, malheureux, et en colère. Et ce que je vais reprocher dans quelques lignes ci-dessous à Georges, je m’y vautre présentement ? Exploitation et monstration de l’ego. Ouhlala. Et. Dans ce vautrage si s’en est un, parmi les choses que je me refuse d’accepter, ceci :

« En toutes choses, je n’ai pas été précoce, et en celle-ci particulièrement : avoir compris si tard à quel milieu j’appartenais, et par conséquent de quel milieu je ne pourrais jamais sortir [c’est ça — qu’ici je souligne — c’est ça que je ne peux accepter, quand bien même je l’éprouve], quoi que je fasse, quoi que je dise, quels que soient ma profession, mon adresse, mes amis, mes paroles, ma coiffure, mes habits. Je ne l’entends ni comme un stigmate, ni comme une gloire ; seulement le sentiment de vivre entourée d’une barrière invisible électrifiée, que tous connaissent, pour en avoir fait l’expérience — de même, la jeune fille « des beaux quartiers », droguée, en fugue, en squat, avec un punk et un chien, demeure une jeune fille des beaux quartiers. »

Que faire des classes moyennes? , pages 87-88.

« À quel moment, de l’agrégat narcissique en formation, se serait extraite, puis dégagée, la conscience de l’appartenance à la classe moyenne. Là, je fais semblant de chercher. »

Page 87.

Et. Souvenir alors de la colère de Quintane, qui monte, à un moment donné, lors de la rencontre à Clisson, l’automne dernier. Une colère provoquée par ce qu’elle énonce d’une acceptation de la montée du Front National, ou bien : une acceptation de la montée des idées du Front National— ou de l’adhésion à ? — dans sa famille. De mémoire, c’est ça qui provoque cette montée de colère. Lui demander si je me trompe pas.

Cette acceptation, et cette colère comme un éclat de reproche majeur, adressé aux classes moyennes. Reproche pourtant dont il me semble qu’il n’est pas question — sauf erreur de ma part, relire Que faire des classes moyennes ? — dans ce livre.

En fait, Ernesto attendait quelque chose de Georges que Georges n’a jamais dit qu’il était en train de faire.

Georges n’a jamais dit qu’il écrirait pour Lundi matin un texte avec l’expression non séparation des luttes politiques et des productions de l’âme. C’est tout.

Pourtant, Georges a fait quelque chose d’autre que de ne pas faire ce qu’Ernesto — et certain.e.s de ses ami.e.s — pensait qu’il était en train de faire : créer un pont entre esthétique et activisme politique, par exemple. Non. Cela, Georges ne l’a pas fait.

Et Georges a fait quoi. Ernesto ne sait pas encore le dire. Je vais le dire, à sa place, comme ça, un peu à l’arrache et sans subtilité, et sans doute avec un peu de méchanceté — toujours inutile. Quelle est cette nécessité ?

Laisser vivre un désamour. Par exemple.

Ce que Georges a fait, c’est créer un pont entre son ego et l’esthétique — accusation injuste. Il a dit moi, non pour transmettre une expérience sensible, mais pour dire je sais — accusation injuste.

Il a fait le malin avec la souffrance, aussi, peut-être. Je ne sais pas.

Ou bien il n’a pas pu faire autrement.

Évidemment qu’il n’a pas pu faire autrement. Puisque c’est ainsi qu’il a fait.

Stop.

Préciser tout ça, prochainement.

Samedi dernier — 30 septembre — on apprend dans l’abbatiale de Saint-Philibert de Grand-Lieu que le collectif Catastrophe — dont je ne connaissais jusque là l’existence que par une tribune parue l’an dernier dans Libé, et signé de ce nom, collectif Catastrophe — , le collectif Catastrophe, donc, vient de faire paraître un livre.

Je relis la tribune, parue dans Libé , c’était le 22 septembre 2016. Luttes politiques et sociales de l’année 2016 et questions des migrants, entre autres, en sont complétement absentes. Contemporains — exclusivement des hommes — dont les noms sont cités : Gilles Lipovetsky, Alain Finkielkraut, Marcel Gauchet, Michel Houellebecq, Yves Adrien, Frédéric Beigbeder, Muray, Dantec. Comme alliés de la tristesse ou de la désolation, certes. Yves Adrien, je sais pas. Le collectif Catastrophe n’a-t-il aucun.e allié.e de joie ? « L’hypothèse communiste ? Un délire de pyromanes. Mai 1968 ? Une bataille de boules de neige. » Okay. Donc : c’est non.

C’est une vieille grande mère alcoolique qui boit sa bouteille de Suze chaque soir qui vous parle.

Une vieille grand-mère qui était bienheureuse de ce moment de compagnie avec le chauffagiste, venu aujourd’hui, pour régler ce problème de pression d’eau dans l’installation chaudière-radiateurs. La résolution du problème est rapide, c’est ce charmant chauffagiste avec qui elle avait tant et tant apprécier de parler de Macron et de l’Aéroport de Nantes-Atlantique et des amis Front National du chauffagiste en mai dernier, ils avaient tant et tant parlé et tant et tant apprécié de parler ensemble tous les deux au printemps dernier que le chauffagiste en avait oublié de refermer le robinet de la chaudière, d’où cette pression de dingue qui remontait après chaque vidange. Le charmant chauffagiste avoue que ça lui arrive de temps en temps, ce genre de petit déboire, il aime tant parler de Macron et de l’Aéroport de Nantes-Atlantique et de ses amis qui votent Front National. Lui, il a voté Macron. Moi aussi. C’est parce que je suis alcoolique et vieille que j’ai voté Macron. Lui, je ne sais pas pourquoi. Sans doute a-t-il été sensible au charme économique d’Emmanuel.

 
 
 
 
 
3 octobre 17

1. Un gars sur un banc au pied des immeubles, à Nantes, quartier Port Boyer. Noir, métis. Il est avec deux enfants. On vient vers lui pour lui donner un flyer pour le rendez-vous de la semaine prochaine — présentation de Tenir Journal. Il nous parle de l’Imam gay qu’il est allé voir à Marseille, pour lui demander de l’aide pour écrire un récit de sa vie. Après ce travail d’écriture, l’imam lui dit qu’il aurait très bien pu faire ça tout seul. Qu’il n’avait pas besoin d’aide. Pas pour l’écriture elle-même en tout cas. Le gars nous parle de théologie inclusive. Les deux enfants avec lui sont ses deux enfants, pour ce que l’on comprend. Le gars nous parle du père des enfants. Il nous montre le texte de théâtre qu’il est en train de faire répéter au plus grand des deux. On se voit peut-être la semaine prochaine.

2. On entre dans le lycée professionnel maritime. on croise des lycéens, qui fument leur clope, au dehors de l’enceinte, on parle avec certains. On rencontre une femme de la vie scolaire. On parle à toutes sortes de personnes. L’accueil est plutôt bon. Je donne plus volontiers les flyers à des personnes noires. Raciser ? Discrimination dite positive. Attention. Donner à tous et à toutes.

3. Pendant ce temps-là la vieille grand-mère boit son litre de Suze, chaque soir, devant son écran d’ordinateur.

4. Elle écoutent certain.e.s journalistes se demander quelles purent bien être les motivations du gars qui du haut d’un hôtel ouvrit le feu et tua 59 personnes hier ou avant hier ou la veille à Las Vegas.

5. Ernesto pense au Fantôme de la liberté de Luis Bunuel qui ne donne aucune raison mais qui montre, ici à partir de 1h11 après le début du film, comment un homme se fait cirer les pompes et grimpe en haut de la tour Montparnasse, comment il sort un fusil à lunette de sa belle mallette en bois et comment il vise, depuis le haut de la tour Montparnasse, des personnes humaines tout en bas, rue de Rennes et ailleurs, les tuant, une à une.

6. L’homme, ensuite jugé, repart libre du tribunal.
 
 
 
 
 
4 octobre 17.

Distribution dans les boîtes aux lettres des immeubles de la rue Gosselin des flyers pour Tenir Journal.

Le soir, mémé boit de la Suze en pleurant devant Michael Cimino qui pleure lui aussi, à cause de quoi ? d’une reconnaissance qui vient trop tard ? peut-être pas trop tard, est-ce une réparation ? ou : oui, ce truc, trop grand pour lui comme dirait Deleuze, qu’il a décidé d’affronter — le caractère structurellement criminel des européens du continent colonisé sous le nom d’amérique du nord, états dits unis d’amérique du nord — , pour lequel il a payé cher, ou : pour lequel il a voulu payé cher ?

Elle pleure devant Michael Cimino le 19 juin 2014.

Elle pleure devant Michael Cimino le 21 octobre 2012 :

j’aurais aimé que Joann Carelli monte sur scène

mais elle ne veut pas

je sais qu’elle n’aime pas être dans la lumière

c’est la productrice de ce film

à une époque où les femmes ne produisaient pas des films de cette ampleur

c’est non seulement une victoire artistique pour elle

de voir le film dans la meilleure forme qu’il puisse prendre

mais c’est aussi sa victoire contre le système d’Hollywood
 
 
 
 
 

5 octobre 17.

Soirée Poésie et éducation. Maison de la Poésie de Nantes. Thérèse. Patrice, Nicolas, Chantal. Alain, Marie, Fred. Pascal, Roland, Magali. Estelle, Thomas, comme s’appelle-t-elle ? , Jean-Luc — qui lit ce blog, ma surprise. Camille, Nikil. Patrice, qui écrit des poèmes pour sa maman, d’abord. Parler de Théo, avec Marie. Échanges avec X. Quelles alliances ?

Bien sûr je ne peux m’allier qu’avec celles et ceux des lieux que je fréquente. Quelle violence — d’arrachement — aux lieux et aux êtres que je l’habitude de fréquenter est nécessaire ? Violence est-elle nécessaire ? C’est une adéquation, qu’il me faut trouver. Non un arrachement qu’il me faut subir. Ni même produire, contre ce que je peux, faire, aujourd’hui. Théorie. Pas seulement. Une adéquation, à produire. Dès lors, autrement que sous la modalité d’un arrachement — nécessairement douloureux ? — quelque chose peut avoir lieu.

 
 
 
 
 
6 octobre 17.

Midi. Chantal. Ernesto. Magali. Marie. Nicolas. Patrice. En terrasse au soleil. 14h00. Chantal. Ernesto. Marie. Nicolas. Patrice. Marchent jusqu’à la gare. Ernesto. Rejoint la médiathèque. Jacques Demy. Les jumelles — Pierre Alféry. 14 juillet — Éric Vuillard. Non-réconciliés — Danièle Huillet, Jean-Marie Straub. Les textes. Que les élèves de La Roche — sur Yon — ont écrit à propos de la journée — du 29. Pleurer. Dans la médiathèque. Charger — un logiciel. Rentrer.

Le 8 avril. Cette année. Au pays basque.

Les Basques célèbrent le désarmement de l’ETA.

La remise des armes de l’ETA est effective.

Le sort de 342 détenus en suspens.

Le 16 décembre, 2016. Louhossoa, premier acte du désarmement.

La langue basque, toujours là, parlée, vécue. La lutte basque — qui fut entre autres armée — n’y est pas pour rien. Le rapport de force — qu’induit la lutte armée, n’y est pas pour rien

La poésie, populaire, au pays basque. Des lectures qui rassemblent des centaines ou des milliers de personnes.

Édouard Philippe, premier ministre, est aujourd’hui à Nantes.

De retour de la médiathèque, place royale, croiser Ahmed, Élias et Yasser, qui rejoignent Adam et un copain à lui. Un moment avec eux sur la place. Adam apprend le verbe deviner. On se dit à demain pour l’atelier de français.

Mémé se descend sa bouteille de Suze à partir de 16h00, aujourd’hui. Elle s’endort bien avant la nuit, vers 18h00.

« Ces deux mondes ne se rencontreraient jamais et ce fait préfigurait un désastre pour mes compatriotes et moi. »

« Pour le meilleur et pour le pire, il ne pouvait pas y a voir pour moi de paix séparée. Mon espoir révélait ma lassitude de toujours errer, mon besoin d’un havre, d’une réconciliation, dans le pays où j’étais né. »

« En Amérique j’avais la liberté de me battre, mais de me reposer — or le combattant qui ne peut pas trouver de repos ne survit pas longtemps. »

« Là, dans ce cimetière pour milliardaire, je commençai réellement à travailler ; »

« […] Hollywwod, ce réseau de banlieues se rattache à un réseau correspondant de fantasmes qui ont pour nom Paramount, Metro-Goldwyn-Mayer, Warner Brothers, Columbia, etc. ; s’aventurer dans l’un d’entre eux, c’est retrouver la vision de Dante. Pas très loin de Columbia, il y a une longue avenue dont le trottoir est pavé de pierres tombales en forme d’étoiles, dorées naturellement, et, en marchant sur sa tombe, on se demande : « Que reste-t-il, de Rod La Rue? » Il y a aussi le théâtre chinois de Grauman un jour, quand nous aurons reconnu l’existence de la Chine communiste, il fera sûrement l’objet d’une note sèche de l’ambassade chinoise et il donnera peut-être l’envie aux Chinois de jeter leur bombe dessus. Il y a aussi un mur, sur lequel les mourants et les morts ont courageusement tracé leurs noms : Meilleurs Vœux des Limbes. Impossible de décrire l’architecture, les excroissances d’Hollywood ont vidé ce mot de sens et seul le futur lui en apportera peut-être un nouveau. Quant au paysage, jamais auparavant je n’avais dû constater jusqu’à quel point des végétaux peuvent être les messagers de la paranoïa. Ces piscines en forme de fœtus traduisent des obsessions érotiques malsaines et Hollywood lui-même, qui est beaucoup moins un lieu qu’un état d’esprit, apparaît comme l’arène où se déchaîne une effrayante hostilité sexuelle et la capitale du désespoir sexuel. Il n’est pas d’entreprise humaine qu’Hollywood n’ait le pouvoir d’avilir : il y est si bien parvenu avec le noble art du clown, par exemple, qu’il en a placé un dans le palais du gouverneur, un autre au Sénat et un troisième enfin aux Nations urnes — ce qui, on l’admettra, n apporte aucun lustre supplémentaire à la politique ou au théâtre et laisse mal augurer de l’avenir du théâtre du monde. C’est angoissant mais instructif de comprendre qu’Hollywood est l’Eldorado américain, le pays où finit l’arc-en-ciel, où est caché, littéralement, le trésor fabuleux ; c’est là que s’est terminée dans le sang plus d’une ruée vers l’or, c est le point de départ criminel de plus d’une fortune, le riche terrain de chasse de plus d’un Nixon, La Mecque du vendeur de voitures d’occasion : Hollywood est cette légende qui nie et révèle en même temps l’histoire américaine. Mieux que n’importe quelle tyrannie, il agit sur la vie de millions de gens à travers le monde en jouant sur le besoin qu’a l’homme de rêver avec une habileté qui démode complètement le cynisme tel que nous le concevons. Les premières victimes de cette variété de « destinée manifeste » sont les gens — les créatures — qu on trouve à Hollywood. Je n’ai rencontré de tels spécimens nulle part ailleurs et je doute qu’ils puissent exister ailleurs qu’ici. »

No name in the street, pages 131, 133, 134, 135 et 136 — de l’édition Le livre de poche.

Ce que l’on ne pardonne pas à Michael Cimino, bien davantage que le fiasco économique que fut La porte du paradis — et la faillite conséquente de United Artist — c’est d’avoir montré, par Hollywood, une vérité criminelle de ce que sont les états dits unis de la dite amérique du nord.

« Hollywood est cette légende qui nie et révèle en même temps l’histoire américaine » écrit Baldwin.
 
 
 
 
 
7 octobre 17.

Adam, Ahmed, Yahya. À 14h00, à la maison. Ahmed et Yahya écrivent chacun un texte — récit du jour, ou de ces derniers temps — et nous travaillons à partir de ce qu’ils ont écrit. Adam ne veut pas écrire. Pas à l’aise avec l’écriture. Il préfère lire, et poser des questions à partir de ce qu’il lit, et qu’il ne comprend pas. Dans la bibliothèque, à ses côtés, il choisit un livre de Claude Régy, Au-delà des larmes. Je fais une photocopie de la première page. On travaille avec cette page-ci.
 

 
 
 
Le soir. Mamy Suzie pleure devant Sophie Marceau, dans La Boum, de Claude Pinoteau.

Ernesto, fier bambin, ne chiale pas sa race mais quand même, il avait chargé Le nid familial, le premier film de Bela Tarr, et Mamy squatte l’écran unique toute la soirée avec La Boum, elle le regarde trois fois.

Classes moyennes, opus 17—280. À chaque chiffrage, une mort. Non. Pas une mort. Une classification. Domination, etc. Un ordre et une place — donné.e.s. Une organisation fixée — arrêtée, un temps au moins, non par la nomination, mais par le chiffrage.

Nomination domination.
 
 
 
 
 
8 octobre 17.

chère mère. je ne comprends pas la consigne. ich. verstehe. nicht. « avec ces trois mots le monde est cul par dessus tête ». certes — mais. je ne sais même plus d’où sortent ceux-ci. ces mots-ci. extraits du méridien de celan, peut-être. c’est-à-dire extrait de quelque 21 janvier. je ne comprends pas — ce que j’écris. ou du moins je ne comprends rien de précisément ressenti, de précisément adressé. chère. mère. ce ne serait donc pas même à vous précisément que j’écrirais, ici. depuis l’extraction de quelque 21, ou 20, janvier. c’est-à-dire de quelque nuit par laquelle de 42 à 93 je passe, avec celan, — de 1942 à 1793 — je passe — peut-être avec lui, ou avec une, ou un ami, e, ou quelques ami.e.s , en tout cas pas seul, nous passons, est-ce possible de passer — chère | mère — , aujourd’hui, d’une nuit l’autre, de la nuit-planification-de-la-solution-finale à la nuit-de-l’éxécution-d’un-roi : aujourd’hui, il y a et il n’y a au-delà du fascisme — quelles que soient les dates —, il y a et il n’y a la mort d’un roi, ou d’une reine, d’une tyr’anne ou d’un tyr’an, il y a : lenz, dans le paysage, qui avec élisée reclus et quelques ami.e.s, avec qui — mais quel est ce passage — nous cherchons la possibilité de vivre quelque relation avec les cailloux et les étoiles et la neige et aucun prêtre ni aucun pasteur, et avec : toutes les particules matérielles qui peuplent, la réalité, tactile, sensible, visible, physique, mentale, je ne comprends que cela, si je comprends quoi que ce soit, chère, mère. il n’est pas nécessaire de le comprendre. il est seulement nécessaire d’être libre — jamais suffisamment, non pas toujours mieux mais sans arrêt, tout arrêt est une mort — être libre d’avoir trouvé c’est-à-dire produit — et continuer de les produire — les moyens de saloper

bifurcation, ici, chère mère, vers ma thèse en cours :

saloper les organes qui salopent et d’avoir — par quelque corps sans organe qui n’est pas un corps auquel on aurait tranché les bras et la tête et tous les membres, non, pas du tout, le corps — sans organe — est un corps de joie, un corps : sans les organes imposant leur organisation — cher gilou, cher féli, cher filou —

d’avoir par quelque corps sans organe su participer à la production d’un désir et non à la nécessité de la destruction d’une ou d’un despote

marcher sous les étoiles, se coudre telles parties du corps avec telle autre, très tendrement si le désir désire la tendresse ou très autrement s’il désire autrement, ou parler pendant des heures ou laisser ton sexe ou ta langue qu’elle soit de linguistique ou de chair ou ta main ou ton cœur ou que sais-je gonfler dans telle partie d’un autre corps, bref, chère mère : une fois encore, adieu,
 
 
 
 
 
9 octobre 17.

Élisée avant les ruisseaux et les montagnes

Élisée enfant sait ce qu’il veut, il veut rencontrer les cailloux et la matérialité, il veut rencontrer l’agencement de la matérialité avec la matérialité et non l’agencement de l’un (dieu) au-dessus des êtres et des choses, c’est-à-dire au-dessus de l’agencement des cailloux et de tout type de matérialité avec n’importe quel type de matérialité autre ou pareil

Élisée enfant ne sait pas mais il sent

Élisée enfant expérimente le goût qu’il a pour tel agencement et non pour tel autre

Agencement est un mot pour partie connoté Deleuze-Guattari eh bien tant mieux

Élisée, Lenz, les étoiles comme les cailloux, adieu prêtres et pasteurs, adieu, père.s

Élisée géographe par l’expérience de son appartenance sensible au grand agencement « matérialités + pensées » , et non géographe par le savoir du savoir à l’égard des choses

Il n’y a pas de savoir à l’égard des choses ni à l’égard des êtres

Élisée le sent et cela lui suffit pour lui donner force dans le chemin à venir déjà là de sa vie

Il y a l’expérience sensible et la communauté d’existence

Je ne sais rien d’Élisée Reclus hors ce que je lis d’Élisée avant les ruisseaux et les montagnes

Ce que je sens d’Élisée Reclus lisant Élisée avant les ruisseaux et les montagnes, je le sens par la réalité matérielle commune à nos existences, non séparées de la pensée, par le sensible non séparé de la pensée

par ailleurs aujourd’hui dans presse océan il y un article sur le fichier judiciaire national automatisé des auteurs d’infractions terroristes

le FIJAIT

il existe également un fichier judiciaire national automatisé des auteurs d’infractions sexuelles

le FIJAIS

devenu fichier judiciaire national automatisé des auteurs d’infractions sexuelles ou violentes

le FIJAISV

le service gestionnaire du FIJAIT est basé à Nantes

Service gestionnaire FIJAIT — Pôle des fichiers spécialisés — TSA 77927 — 44379 NANTES CEDEX3

je crois bien que notre voisine travaille dans ce service

« « notre voisine » désignerait une femme qui serait « voisine » et qui nous appartiendrait » est manière tatillonne ou rigoriste de traduire l’expression « notre voisine »

chers lecteurs, chères lectrices, veuillez trouver ci-dessous les « notes servitude 2017-282 » de l’enfant Ernesto déguisé en son maître de classe avec moustache de père fouettard poivre et sel :

« au dernier moment,

travaille toujours au dernier moment,

s’avère n’être pas un élève sérieux, ne travaille pas, ou bien alors travaille seulement à ceci :

à la seule perfection de cette machine qu’il semble bien être une machine conçue pour se flageller avant les cours afin de souffrir pendant les cours et d’ainsi être en capacité de ne rien écouter, tout concentré qu’il est à sa souffrance de flagellé,

c’est moi qui met les notes répète-t-il quand il éclate en sanglot,

surtout ne pas réussir, jamais, jamais, jamais, répète-t-il quand il essuie ses larmes,

je veux échouer et j’y parviens, regarde oh mon papa répète-t-il quand il se mouche…

les flageolets font péter mais les flagellé.e.s font quoi ?

je répète :

les flageolets font péter mais les flagellé.e.s font quoi ?

que faire des classes moyennes ?

salut »

[fin des « notes servitude 2017-282 » de l’enfant Ernesto ]

 
 
 
 
 
10 octobre 17.

un sms envoyé hier soir et lu tôt ce matin

pour bloquer des lycées à Nantes

on a besoin de monde tôt ce matin

une grève à distance n’est pas une grève

Sans attendre est un projet personnel

un sms de Maya : t’es à la manif ?

une manifestation à distance n’est pas une manifestation

un suivi en direct de la journée du 10 Octobre est ici :

Sans attendre — Tenir Journal est un projet de groupe mais pas un projet autonome

entre 18h00 et 20h00 avec Vincent on est à la bibliothèque ludothèque du centre socio-culturel de Port-Boyer et on rencontre des personnes que l’on ne connaissait pas avant ce jour

on parle du projet de groupe Sans attendre — Tenir Journal

je rencontre Xavier et Isabelle sur le chemin du retour
 
 
 
 
 
11 octobre 17.

00h11. Des nouvelles du Soudan via la page Facebook de l’Alimentation générale de Tarnac. Liens vers :

11h11. Nantes. Ciel gris, ou nuages avec morceaux de ciel bleu. Petit vent. Hypothèse 1 : je suis dans la cuisine — le mur côté sud est de couleur rouge, les autres sont blancs — et je suis en train d’effeuiller — si effeuiller peut se dire pour ce que je suis en train de faire — des brins des pieds de lavande que j’ai arrachés, hier, à l’extérieur de la maison, de l’autre côté du mur rouge. Non, ça, c’était pendant le journal de midi et demi sur France-Culture. Hypothèse 1 : non-retenue. Hypothèse 2 : je lisais sur internet ceci : Angel B. : relaxé (« participation à un groupement en vue de la préparation de violences volontaires ») ; Leandro L. : coupable, 1 an de prison avec sursis (« participation à un groupement en vue de la préparation de violences volontaires ») ; Bryan M. : relaxé (« participation à un groupement en vue de la préparation de violences volontaires ») ; coupable, 1000€ d’amende (« refus de prélèvement d’ADN ») ; Thomas R. : coupable, 2 ans de prison dont 1 avec sursis (« auteur de coups de poing et de coups de pieds sur le véhicule ») ; Kara B. : coupable, 4 ans de prison dont 2 avec sursis (« jet d’un plot métallique sur le pare-brise ») ; Ari R. : coupable, 5 ans de prison dont 2 ans et demi de sursis (« coups à l’arrière de la voiture à l’aide d’un plot métallique) ; Nicolas F. : coupable, 5 ans de prison dont 2 et demi avec sursis (« coups sur le policier avec une tige ») ; Antonin B. : coupable, 5 ans de prison dont 2 avec sursis sans mandat de dépôt (« agression du policier à l’intérieur de la voiture et bris de la vitre arrière ») ; Joachim L. : coupable, absent, 7 ans de prison (jet du fumigène). Hypothèse 2 : fictionnelle — car je me souviens être allé chercher ces informations sur internet après les avoir entendues — moins précisément énoncées — pendant le journal de midi et demi de France Culture. Cela dit, le jugement ayant été rendu peu avant 11h00, l’hypothèse 2, fictionnelle, est tenable. Hypothèse 2 : tenue. Blue jean. Tee-shirt vert. Gilet kaki élimé en bout de manches et troué aux coudes. Pantoufle rouge.

participation / préparation / refus / coupable / prison / coupable / prison / agression / coupable / absent / prison.

Mis en ligne à 6h52 et mis à jour à 11h24 sur le site du Monde : Les Soudanais, une nouvelle communauté en France.

Le soir, fin de la lecture de No name in the street.

James Baldwin.

Extraits des dernières pages :

« Au cours de la procédure de composition du jury qui précéda le procès de Huey, un des jurés récusés par Charles Garry déclara :

« Comme je l’ai déjà dit, mon opinion, c’est que nous devons effacer de nos cœurs et de nos esprits le racisme, le fanatisme et la ségrégation, mais pas par des bagarres de rues. Je pense — et l’on m a appris — qu’il ne faut pas résister à un officier de police et que nous avons des tribunaux pour régler nos différends. Quelle que soit ma certitude d’avoir raison, si un officier de police me donnait un ordre j’obéirais, sachant que j’obtiendrais justice auprès des tribunaux si je n’étais pas coupable.» Garry lui posa alors cette question : « Supposez qu’un policier dégaine et tire sur vous, que feriez-vous alors ? » Après un temps de silence le juré répondit : « Permettez-moi de vous dire ceci : je ne crois pas qu’un officier de police fasse cela. »

Nous avons là un exemple précis et frappant des mécanismes de la piété américaine. Le début de cette déclaration est particulièrement révélateur : « … nous devons effacer de nos cœurs et de nos esprits le racisme,le fanatisme et la ségrégation, mais pas par des bagarres de rues ». S’il est possible de se demander à qui ce « nous » se rapporte, il n’y a pas de doute quant à l’objet de l’accusation voilée mais violente que contient le « mais pas par des bagarres de rues ». Qui que soit ce « nous », l’orateur n’en fait probablement pas partie. Mais les Noirs sont évidemment les responsables de l’anarchie et du danger qu’engendrent les « bagarres de rues ». Et tout ceci inutilement : puisque la police est honorable et les tribunaux justes.

Qu’on ne s’étonne pas de voir les Américains s’accrocher à ce rêve. Il repose sur un narcissisme profond et lamentablement puéril ; il est d’ailleurs entretenu dans leur esprit avec beaucoup de soin et de persévérance : par leurs hommes politiques, par la façon dont les journaux leur présentent l’information, par le cinéma, la télévision et par tous les aspects de la culture populaire. Pendant mon séjour à Hollywood, j’ai au moins appris avec quel cynisme on manipule ceux qui fabriquent cette culture populaire. Le lavage de cerveaux est si efficace que la réalité brute n’a aucune chance contre lui. La révélation, à travers les récents « scandales » du New Jersey, par exemple, de la corruption qui règne en haut de l’échelle sociale, n’entame en rien la bonne conscience des Américains ; les derniers crimes commis dans le pays les ont simplement incités à s’armer et à équiper leurs portes de verrous — ce qui montre bien leur confiance dans la loi. Puis, derrière ces portes verrouillées, leurs fusils à portée de la main, ils allument la télé et regardent Le F.B.I. ou un autre feuilleton tout aussi rassurant.

Dans ces conditions, inutile de dire à ces gens si totalement coupés de la réalité que les forces du crime et celles de la loi et de l’ordre travaillent la main dans la main dans le ghetto et le saignent nuit et jour. Inutile de leur expliquer qu’aux yeux des Noirs et des pauvres, un policier ne se distingue d’un criminel que par son uniforme. Comme le criminel, le policier peut pénétrer dans une maison sans frapper, sans avertissement, quand ça lui plaît, menacer et brutaliser ses occupants et même les tuer et ils ne s’en privent ni l’un ni l’autre. »

: pages 176 à178,

« C’est pour cela qu’ils [Les Black Panthers] tiennent tant à mettre sur pied des programmes de travail et d’études dans le ghetto — depuis la distribution de repas chauds aux écoliers et les cours pour les élèves des lycées et des collèges, jusqu’à la rédaction, la mise en page et la distribution de leurs journaux. Toutes ces activités servent d’antidote à la démoralisation, cette plaie du ghetto, et permettent aux gens de se réaliser. C’est pour cela aussi qu’ils apprennent le maniement des armes — pas, comme les Américains blancs, par peur de leurs voisins, bien qu’ils soient les plus menacés — mais pour protéger leur vie, leurs femmes et leurs enfants, leurs maisons plutôt que la vie et la richesse d’un oncle Sam qui, au mieux, n’a su traiter ses neveux noirs qu’avec un mépris teinté de paternalisme. L’important, maintenant, et je crois que tous les Noirs le savent, est de créer et de maintenir un noyau d’où sortira un peuple nouveau.

Les Black Panthers se montrèrent, s’offrirent comme cibles si l’on préfère, afin de révéler à la communauté noire la présence en son sein d’une force nouvelle, capable de la guérir et de la libérer. Cette force s’opposait à celle qui traite les gens comme des choses et écrase hommes, femmes et enfants en une poudre inidentifiable. Ils se présentèrent surtout comme un moyen de réhabilitation pour les jeunes — ces jeunes qui étaient en train de mourir dans les écoles, dans la rue, par la seringue, à l’armée, en prison. La communauté noire comprit la qualité de cette force presque tout de suite et alla vers elle pour la soutenir ; le bien le plus précieux d’un peuple est la santé de sa jeunesse. Rien ne révèle plus clairement les véritables intentions de ce pays que la férocité de la répression, la pluie de feu et de sang, qui se sont abattues sur les Panthers simplement parce qu’ils avaient déclaré être des hommes — des hommes qui veulent « de la terre, du pain, des logements, le droit à l’éducation, des vêtements, la justice et la paix ». Les Panthers devinrent les Vietcong de l’Amérique, le ghetto joua le rôle du village où ils se cachaient et au cours des opérations de fouille qui s’ensuivirent chacun dans le village devint un suspect.

Dans de telles circonstances, la naissance d’un peuple nouveau peut sembler aussi improbable que la fabrication des briques légendaires sans paille. D’autre part, bien que personne ne sache tirer beaucoup d’enseignements de l’histoire, ceux qui règnent sur des empires sont certainement les moins capables d’apprendre. C’est le cas en particulier, des maîtres de l’Amérique, qui n’ont jamais entendu parler de l’histoire, ne l’ont jamais lue et ne savent pas ce que la colère d’un peuple peut supporter ou accomplir ni combien dangereux pour le royaume est le moment où cette colère ne parvient plus à s’exprimer légalement et ouvertement. Ils n’ont pas encore compris qu’ils ont déjà été forcés de faire deux choses mortelles pour eux. Ils ont dû révéler leurs motifs et se révéler eux-mêmes, dans toute leur pitoyable nudité ; d’où la réaction des Noirs, à tous les niveaux, contre l’administration « Nixon.» ; elle se caractérise par une unanimité stupéfiante et sans précédent. L’administration est de plus en plus obligée d’employer la peur pour gouverner : celle des gens qui l’ont élue et celle qu’elle essaie d’inspirer. Mais malgré les gaz lacrymogènes, les matraques, les hélicoptères, les micros cachés, les espions, les provocateurs, les tanks, les mitrailleuses, les prisons et les centres d’internement, le système n’est pas solide. Deuxièmement, ils ont contribué à la création d’un nouveau panthéon de héros noirs. Les bébés noirs qui naîtront à l’avenir porteront des prénoms nouveaux et auront un nouvel idéal auquel aspirer dans ce pays et dans le monde entier. La question est de savoir combien cela coûtera. Et notre première préoccupation doit être de réduire les dommages. »

: pages 184 à 186,

« En regardant Huey, je me demandais d’où venait cette force qui l’animait et lui donnait sa lumineuse dignité — puis je cessai de m’étonner. Les risques sont si grands et le chemin à parcourir si long encore et si dangereux qu’il n’y a pas de temps à perdre et que chaque action en acquiert un caractère d’urgence impersonnelle »

: pages 194 et 195,

« En venant défendre es exclus et les misérables , ils affrontaient la dimension réelle de leur propre aliénation et l’étendu illimitée de leur pauvreté. Ils n’étaient privilégies et à ‘abri dans la mesure où ils faisaient ce qu’on leur avait enseigné : mais on leur avait appris à croire qu’ils étaient livre. »

: page 203,

« À mon avis, cela vient de ce que, si les Blancs ont pu tuer des Noirs par jeu, par peur, ou par cet excès de terreur qu’on appelle la haine, ou encore par obligation d’affirmer leur identité en tant que Blancs, aucun de ces motifs ne semble nécessaire dans le cas des Noirs : ils n’ont pas besoin de haïr un homme blanc ou d’éprouver le moindre sentiment à son endroit pour comprendre qu’ils doivent le tuer. Oui, nous avons atteint, ou du moins nous approchons de ce moment et il ne sert à rien de frémir devant la froide perspective que les Blancs ont tout fait pour amener. Naturellement, chaque fois qu’un Noir parle de violence, on dit qu’il la « préconise ». Tel n’est certes pas mon propos, ne serait-ce que parce que je n’ai aucun désir de voir une génération entière mourir dans la rue. Mais si violence il doit y avoir, sa forme et sa force ne dépendent pas de gens comme moi, mais du peuple américain qui est actuellement un des plus violents et des plus infâmes de la terre. J’essaie simplement d’affronter une certaine réalité humaine. Je ne porte pas d’arme et ne me considère pas comme un homme violent ; mais ma vie a, plus d’une fois, dépendu du revolver que portait un frère. »

: page 212,

« Un vieux monde est en train de mourir et un nouveau bouge dans le ventre de sa mère, le temps annonçant qu’il est prêt à naître. Cette naissance ne sera pas facile et beaucoup d’entre nous vont découvrir qu’ils sont de piètres sages-femmes. Peu importe tant que nous acceptons l’idée que nous sommes responsables du nouveau né, car cette acceptation nous permettra d’acquérir l’habileté nécessaire. »

: page 219,

« Dans les années à venir, le monde sera le théâtre de bien des résistances sanglantes : mais le règne de l’Occident est terminé, le soleil de l’homme blanc s’est couché. »

: page 220.

Puis commencer la lecture de Classer, dominer. Qui sont « les autres » ? de Christine Delphy.

Sans attendre — Tenir Journal est un projet artistique et culturel.

Une société de projet.
 
 
 
 
 
12 octobre 17.

Écrire aux élèves de la Roche-sur-Yon rencontré.e.s le 29 septembre dernier.
 
 
 
 
 
13 octobre 17.

Arrivée de Anne à la gare.

Marché. Fruits et légumes.

Un appel de Lina.

« Tu peux être spectateur aussi, un temps. »

Isa et Anne dans le bureau, côté rue.

Du choux, des pommes de terre, des carottes et des oignons.

Écrire aux élèves de la Roche-sur-Yon rencontré.e.s le 29 septembre dernier.

Envoi du texte à J.

Quatre poètes dans une pizzeria.
 
 
 
 
 
14 octobre 17.

Adam, Ahmed et Yahya.

L’oncle de Ahmed est mort hier, ou avant-hier.

— Il était vieux ?
— Oui.
— Il avait quel âge ?
— 50 ans.

Après 63 ans, c’est trop tard me dit Ahmed.

Le prophète est mort à 63 ans.

Au milieu de ma vie, je marchais dans une forêt obscure, égaré.

Voiture, direction Rennes.

Amarilla et Alicia rencontrées en Colombie cet été sont au dernier étage du TNB.

L’école du TNB.

Théâtre. Natinal. Bretagne.

Les jeunes comédien.ne.s.

Rennes.
 
 
 
 
 
15 octobre 17.

Scribus est un logiciel de publication assistée par ordinateur — PAO — distribué sous licence libre GNU GPL.

La licence publique générale GNU — ou GNU General Public License — , — GNU GPL — est une licence qui fixe les conditions légales de distribution d’un logiciel libre du projet GNU.

GNU est un projet de système d’exploitation libre lancé en 1983 par Richard Stallman, puis maintenu par le projet GNU. Son nom est un acronyme récursif qui signifie en anglais « GNU’s Not UNIX ».

GNU reprend les concepts et le fonctionnement d’UNIX.

UNIX est un système d’exploitation multitâche et multi-utilisateur créé en 1969 par Kenneth Thompson.

Un acronyme récursif est une forme d’acronymie qui fait appel à la récursivité et plus précisément à l’auto-référence dans un procédé de mise en abyme littéraire.

Okay.

On peut télécharger gratuitement des polices sur le site DaFont.

Sur le site DaFont, il est possible de faire des dons aux auteur.e.s des polices.

Achat d’huîtres sur le boulevard.

« Non, là, ça va pas prendre » dit l’ostréiculteur. » Ça va péter en mai, pour l’anniversaire de 68. »

« Du beurre de la ferme en tartine avec du bon pain sur lequel j’étale de la propolis et en un jour, hop, mon rhume est parti. »

Salade de riz.

Sur la route en direction de Châteaubriant.

Salade de riz à l’arrière de la voiture sur le parking devant le château.

Anne lit des poèmes extraits d’Au cœur du cœur de l’écrin.

Ensemble.

Dans cette pièce une femme a été assassinée.

Il y a des lectures et chants bretons, aussi.

Tradition et traduction. Oralité et continuation.

Les grands sujets historiques des personnes devenues personnages historiques.

Les grands sujets existentiels de la communauté des êtres vivants.

Fidélité. Trahison. Meurtres. Pardon. Transmission.

Le groupe « les blancs », le groupe « les hétérosexuels ». Et le groupe « les intellectuels » ?

Classer, dominer. Qui sont « les autres » ? de Christine Delphy. Page 22.

« Quand par exemple Lévinas présente les femmes ou la femme comme le prototype de l’Autre, c’est qu’il conçoit déjà l’humanité, celle qui dit «Je», celle qui dit « Nous», comme constituée nécessairement mais aussi exclusivement du groupe des hommes. Il y a l’humanité, à ma droite, et à ma gauche, le moyen, l’instrument, l’annexe, l’appendice adventice de l’humanité, qui n’est là que pour «aider» la première. Quand un groupe en appelle un autre «Autre», il est déjà trop tard, il a déjà accaparé l’humanité véritable et accomplie comme sa caractéristique propre et exclusive. Mais ceci suppose-t-il que le groupe « les hommes», par exemple, préexiste à cet accaparement ? Non seulement cela ne le suppose pas, mais cela suppose le contraire: «les hommes» est le nom que se donne la collection d’individus qui ont dépossédé tous les autres êtres humains de leur qualité humaine. Comme le groupe « les Blancs», comme le groupe «les hétérosexuels».

La hiérarchie ne vient pas après la division, elle vient avec – ou même un quart de seconde avant – comme intention. Les groupes sont créés dans le même moment et distincts et ordonnés hiérarchiquement. »

On mange les huîtres le soir. On en jette la moitié, ouvertes.
 
 
 
 
 
16 octobre 17.

Un Ouigo Nantes Paris départ à 9h30.

La petite ville, de Éric Chauvier acheté à la librairie Compagnie.

Les Mariages entre les zones trois, quatre et cinq, de Doris Lessing chez Gibert boulevard Saint-Michel, pour Anne.
 

 
 
Une opticienne rue du temple.

Une feuille quelque part avec un schéma vite fait.
 
 

À la soirée Poésie Civile je lis un texte intitulé « comment S’organiser » en son état actuel.

C’est un texte écrit en lien avec le CsO de Deleuze et Guattari mais finalement peut-être pas.

Une personne que je rencontre ce soir me parle des faiseurs de pluie, en Chine.
 
 
 
 
 
17 octobre 17.

Ouigo Massy Nantes, départ de Massy à 6h38.

Revoir l’homme dans la petite cahute ambulante devant la gare.

Un café et un croissant, deux euros.

Payer les impôts en ligne.

L’amour existe de Maurice Pialat.

… mélancolie, impossible adieu, impossible rupture…

… possible.s détachement.s…

… « nous avons moins d’amour que nous n’avons d’attachements »…

… cette phrase entendue dans Nouvelle vague de Godard et qui revient si souvent…

… classe(s) moyenne(s)…

De la servitude volontaire de La Boétie est sous-titré Le contr’un — m’écrit Anne.
 
 
 
 
 
18 octobre 17.

Matin. Nantes. Réponses à quelques e-mails. Merci Sebastian. Merci pour ces mots de toi, postés il y a deux jours : « chacune des réponses à ce fil de messages se distend de plus en plus dans le temps, bientôt, ce ne sont plus nous qui nous écrirons, mais nos petits-enfants, par générations interposées, qui essayeront de boucler ce point, de mettre un point final à quelque chose d’ouvert, de bellement ouvert, mais qui demande à être refermé maintenant, même dans un rapport d’espace-temps totalement hors des gonds du temps et distendu. / Bref. / Il y a au moins trois ou quatre mois qui ont défilé depuis ton dernier message, mais bon, dans les grands traits je dois être à peu près le même : / ce que je veux dire, simplement, c’est : OUI, publions, publions-publions-publions cet échange, cette correspondance ou son objet final, publions, du moins si tu en as la force. Car la force semble te manquer ces temps, comme elle m’a manqué à moi il y a quelques temps aussi, mais heureusement de mon côté elle revient tout doucement la force du moins pour le moment. / Il faudrait qu’on en parle, qu’on trouve une occasion d’en parler, des forces qui s’amenuisent, des champs d’action / de lutte qui se diversifient, du réel qui s’opacifie, etc. Mais quelque chose me dit que le courriel n’est pas cet espace-là. Et à défaut de nous croiser, je ne sais pas exactement où nous trouverions cet espace. / En attendant donc de trouver cet espace qui est peut-être aussi un temps, je te souhaite de la force, beaucoup de force, mon ami. Et si les forces manquent pour publier ce texte, ce que je déplorerais, bien sûr, parce que quelque chose de beau je trouve s’est engagé à travers cet échange, à ton initiative, si les forces venaient à manquer pour finir d’une façon ou d’une autre ce geste, merci de le dire aussi. Ça ne serait pas un point mais une virgule, sur laquelle reprendre son souffle, avant de relancer une période. / On ne sait jamais. […] ce geste qui a quelque chose de nous, sous une forme ou sous une autre, n’est-ce pas ? / De tout cœur, / À vous deux. » . « merci beaucoup pour ton long et bon mot Sebastian / la force est ici toujours assez faible, mais on va publier, OUI / tes mots entre autres participent à nourrir ce qu’il y a de force(s), il y en a toujours, il y a en plein, bien sûr, il faut juste l’activer / tu m’y aides, merci. » À midi, sur la route un peu après Poitiers, bifurquer à droite. Petites routes. Passer par Rochechouart. Halte à Rochechouart. Connaître — re-connaître — quelques rues. Savoir où se trouvent tels ou tels commerces. Une boulangerie. Une boucherie. Une épicerie. Acheter une bouteille de Saint-Pourçain à la boucherie. Finalement non. Il n’y a que du rosé. Aller à l’épicerie. Une femme et un homme, la trentaine, avant moi à la caisse, qui achète de l’alcool. Histoire d’alcool et d’amour ou de sexe. Je pense violence, coups, brutalité. Contourner Limoges par le sud. Soirée à L. Maxime. Pluie pendant la nuit. Ploc ploc des gouttes qui tombent de l’arbre sur le toit de la voiture.
 
 
 
 
 
19 octobre 17.

Ernesto il a accédé à la classe moyenne mais il n’est pas né dedans. Il a accédé à — LA ? — classe moyenne ? LA ? LA quelle ? Ou bien ce sont sa baba et son dada qui y ont accédé, pendant son enfance. Son enfance toujours en cours ? Il ne serait pas né dedans mais aurait grandi dedans. Se serait formé dans cette accession là. Et y serait encore ?

Oui : il y a un livre à propos de Mozart sur la table dans ta maison, je le remarque quand j’arrive.

Ce n’est pas normal pour Ernesto ce livre à propos de Mozart. Télé 7 jours, ce serait normal. Non. Télé 7 jours, ce n’est plus normal. L’énorme bibliothèque qui prend tout le mur du salon dans la maison d’Ernesto et qui impressionnent ou agacent les brothers et les sisters qui n’en ont pas ou n’en veulent pas une aussi grosse et entrent dans cette maison, c’est ça, normal ?

À partir de quelle norme, de quel rivage, navigues-tu ?

Ta norme, aujourd’hui, celle dans laquelle tu nagerais comme un poisson dans l’eau, quelle est-elle ?

Traîner dans le lit. Dans la voiture. Gris dehors et gris dedans. Virée en voiture avec Maxime à Châteauneuf. La pluie, la poste, l’église, le supermarché. Un colis expédié. L’argent. L’après-midi, scier du bois. « Quand j’ai pas d’idée c’est ça que je fais » dit Maxime. Un beau message de Anne, par sms. Elle parle d’une bonne distance. Je ne comprends pas précisément ce qu’elle énonce. Je le ressens précisément par contre, et le ressens précisément comme une bonne chose. Je reçois ce bon.
 
 
 
 
 
20 octobre 17.

La différence entre F et moi quant à nos origines. Là d’où il vient et là d’où je viens. Il vient d’un milieu plus pauvres mais avec des savoirs-faire. Son père est ouvrier avec savoir-faire. Sa mère élève des enfants. Mon père est ouvrier agricole puis ouvrier sans savoir-faire en usine. Ma mère est secrétaire.

Une société de projet — note servitude 2017.293 d’Ernesto.

« le dernier e-mail de Mobilis, posté ce jour à 13h13.

JOURNÉE PRO. Les financements privés dans le secteur culturel.

30 novembre 2017 – À l’École d’architecture de Nantes

Vous êtes un acteur culturel des Pays de la Loire et vous avez un projet.

Vous désirez avoir une réflexion stratégique, développer des partenariats, réfléchir à vos formes de financements privés ?

Mobilis et Le Pôle Arts visuels vous proposent une journée professionnelle composée d’une matinée en plénière ouverte à tous et de 4 ateliers l’après-midi (attention, jauges limitées).

Gratuit, sur inscription !

Inscription « Journée professionnelle : les financements privés dans le secteur culturel »
*Obligatoire
Nom *
Prénom *
Mail *
Nom de la structure
Votre fonction
Nombre de personnes dans la structure
À quel atelier souhaitez-vous participer ? (sous réserve de place disponible) *
1 – Bâtir mon projet
2 – Monter ma campagne de financement participatif
3 – Le mécénat d’entreprise / construire son premier cercle de donateurs
4 -Développer des partenariats commerciaux et de communication
Pourquoi participez-vous à cette journée professionnelle ? *
Découvrir
Faire le point
Se mettre en action
Se perfectionner
Autre :
Avez-vous déjà eu des expériences de financements privés ? Si oui, lesquels ?
Merci !

 
Objectifs :

Sortir des idées reçues, mieux définir les besoins liés à son projet

Identifier les différents types de financements privés

Apporter des outils méthodologiques, développer les ressources en lien avec son projet

Mettre en place des bonnes pratiques / Savoir se positionner / Quelles sont les erreurs à ne pas commettre ? Qu’est-ce qui fait qu’une entreprise choisit un projet plus qu’un autre ? Comment s’adresser aux entreprises ?

Programme :

9h15-9h30

Introduction de la journée par le Pôles Arts visuels et Mobilis, pôle livre et lecture

10h-12h30

Financements privés : philosophie, typologie, et mécanismes

Les financements privés : mécénat, financement participatif, partenariats, sponsoring.

Un complément au financement public

Définition, cadre juridique et fiscal des différentes formes de financements privés

Particularité du dispositif français autour du mécénat

Quel intérêt pour une entreprise de contribuer au financement de la culture ? Les financements privés du point de vue du porteur de projet

Analyser les forces et les faiblesses de son projet avec pragmatisme

Comprendre ses interlocuteurs, parler le langage « entreprise » – Pourquoi entreprendre une stratégie de financement ; définir la portée de son projet

12h30-14h

Pause déjeuner libre

14h-17h

4 Ateliers de 12 personnes (au choix) :

Atelier 1 – Bâtir mon projet

Atelier 2 – Monter ma campagne de financement participatif

Atelier 3 – Le mécénat d’entreprise / construire son premier cercle de donateurs

Atelier 4 – Développer des partenariats commerciaux et de communication

Journée GRATUITE, sur INSCRIPTION

Informations pratiques

Jeudi 30 novembre de 9h15 à 17h

École d’architecture

6, quai François Mitterrand

44000 Nantes

Voir sur la carte

Contact

Mobilis

02 40 84 06 45

contact@mobilis-paysdelaloire.fr

JE M’INSCRIS !

Suivez nous sur :

Facebook

Pôle régional de coopération des acteurs du livre et de la lecture en Pays de la Loire

13, rue de Briord

44000 NANTES

Tél : 02 40 84 06 45

Courriel : contact@mobilis-paysdelaloire.fr

Mobilis est une association financée par la Région des Pays de la Loire et l’État (Drac des Pays de la Loire)

Cet e-mail a été envoyé à sansattendre[arobase]free[point]fr, cliquez ici pour vous désabonner. »

[fin de la note servitude 2017.293 d’Ernesto]

Un jour, tractant des flys pour Tenir Journal, je croise Emmanuelle, de Mobilis, avec sa fille. On parle un moment. C’est agréable. Elle me demande « qu’est-ce qu’on peut faire pour vous ? ». Je réponds : « nous trouver de l’argent ».

Marche autour de la maison, à L. La terre argileuse. Les coups de feu dans les bois. Traverser les champs labourés.

On va à Limoges. Je vois Fabrice. Pendant une heure. Envie d’avoir de ces nouvelles, de vive voix. Il me raconte des choses relatives à ses derniers mois. Il ne me demande pas sur quoi je travaille. Ça me fait bizarre.

Fonds Régional d’Art Contemporain. FRAC. Surprise heureuse : l’exposition de Sarah. J’envoie un sms à Anne.
 

 
 
J’attends Maxime en terrasse d’un café proche de l’hôtel de ville.
 

 
 
On se retrouve. On va du côté de la gare. On gare la voiture sur le parking d’un Lidl pour pauvres aux côtés d’un je-sais-pas-quoi pour riches. On entre dans le je-sais-pas-quoi. On laisse la voiture là. On marche jusqu’à la gare. Arrivée de Quentin. Soirée tous les trois à L.

Par ailleurs, dans son cahier de l’école en aimant.si.patient — 🙂 — , Ernesto note ceci :

Quelque chose qui croiserait La misère du monde de Bourdieu mais sans la misère, et le travail du collectif Mauvaise troupe.

Zones aimables désirables.

Comment es-tu arrivé ici ?

Pourquoi y restes-tu ?

Et maintenant, tu fais quoi ?

As-tu envie de partir d’ici, et si oui pour aller où ? Faire quoi ? Avec qui ?

Contexte familial et social dans lequel tu es né.e, dans lequel tu as grandi. Métiers des parents, grands-parents. Présence de l’art, de la philosophie, ou pas ou quoi ou comment ? Quel confort matériel ou quelles difficultés.

Écritures, école d’écriture, école des écritures. Lieux communs et mobiles des écritures. Écritures : textes-paroles-récits-pensées. Égalité textes et paroles et récits et pensées. Comment le récit produit de la pensée par l’attention portée à ce que nous faisons et ressentons.

Ernesto referme son cahier.
 
 
 
 
 
21 octobre 17.

Marché à E en fin de matinée. Harry Potters est derrière moi dans la file d’attente pour acheter du pain. Puis il est au comptoir du bar. On se regarde. Je suis un personnage réel c’est-à-dire une personne et lui aussi. Avec Maxime et Quentin, à une table, on parle. Douceur non de ce dont nous parlons. Mais douce la manière que nous avons de nous parler. De nous écouter. De chercher. Quelque soit les tensions, tiraillements, douleurs peut-être, inquiétude terreur ou que sais-je en chacun de nous trois.
 
 
 
 
 
22 octobre 17.

Le matin sur la route — retour vers Nantes — , la radio diffuse une retransmission de la messe. 29ème dimanche du temps ordinaire. En direct de la Chapelle Notre-Dame de la Médaille Miraculeuse, à Paris. Les chants de la messe. Toutes paroles énoncées pendant la messe.

Enfance. La messe et RTL. Les chansons de RTL. Toutes paroles énoncées sur RTL.

Sur la route — retour vers Nantes — , un contrôle de la gendarmerie.

Un agriculteur manœuvre son tracteur — marche arrière — avant le rond-pont au sortir de cette commune quelque part en France entre L et Nantes. Lente marche-arrière sur la route qui traverse le village et rejoint le rond-point. Manœuvre marche arrière quittant la route et, le tracteur suivant une courbe jusqu’à se garer derrière la mairie.

Un gendarme court jusque vers le tracteur et l’agriculteur. Puis la voiture de la gendarmerie les rejoint avec un deuxième gendarme au volant.

Le premier gendarme fait souffler l’agriculteur dans un éthylomètre. Tout est okay.

Non, l’agriculteur ne fuyait pas le contrôle de la gendarmerie.

Les gendarmes laissent partir l’agriculture, qui marche à pied sur le trottoir de cette route traversant ce village quelque part en France entre L et Nantes — s’éloignant de la mairie, et du rond-pont encore un peu plus loin, rejoignant qui, quelle maison, quel moment.

Plus tard quand je reprends la route, le même gendarme m’arrête et me fait souffler dans l’éthylomètre, au niveau du rond-point au sortir du village.

Le gendarme me laisse l’embout en plastique qu’il fixe à l’éthylomètre pour que je puisse souffler dans l’éthylomètre en toute sécurité d’hygiène.

Un embout pour chaque personne contrôlée. Tout un commerce.
 

 
 

 
 
Avant cela, traversant une forêt sur la départementale 15 en Haute-Vienne ou sur la 91 en Dordogne, un chien sur la route marche court en sens opposé à ma direction, je roule vite alors et je ne le vois pas de suite, je freine et le chien marchant courant en direction de la voiture, je m’arrête. Il est perdu. Je gare la voiture et cherche avec lui son maître comme l’on dit, son maître ou sa maîtresse, dans la forêt.

Deux hommes cueillent des champignons et semblent ne guère vouloir parler davantage et risquer de dévoiler leur coin à champignons dont déjà deux sacs en plastique son pleins.

Des coups de fusil au loin. C’est le chien d’un chasseur me dit l’un des deux cueilleurs. Quand ils perdent la trace d’un gibier et se perdent, ils rejoignent la route.

Retour à la voiture. Je fais monter le chien dans la voiture. Il grimpe sur le siège avant à ma droite.

Je roule jusqu’à un château où travaille un gars qui coupe du bois pour la ou le ou les propriétaires du château. Il n’y a personne au château aujourd’hui. Il me conseille de trouver un vétérinaire.

On reprend la route avec le chien.

On roule jusqu’à Tous Vents.

Je gare la voiture devant une maison. Je parle avec un jeune homme qui me fait entrer chez lui. Il reconnaît peut-être le chien. Il passe un coup de fil à une femme qui aura peut-être le numéro de téléphone de la personne à laquelle pense le jeune homme. Non. Ce n’est pas elle.

Le père du jeune homme arrive. Soit que ce soit la femme au téléphone avec laquelle parle le jeune homme, soit que ce soit le père du jeune homme, l’une ou l’un des deux identifie le chien. Et son maître ou sa maîtresse.

Le père du jeune homme grimpe dans la voiture avec moi. Le chien passe derrière. On roule jusqu’à la maison où l’on suppose que. Non. L’homme qui sort de la maison et avec lequel parle le père du jeune homme n’est pas le maître comme l’on dit du chien.

Mais il nous indique une maison où aller.

Nous y allons.

Là nous trouvons le maître et la maîtresse du chien qui sont de retour dans leur maison après avoir chercher le chien pendant une heure et plus. Le maître comme l’on dit n’a aucune joie sur son visage quand il voit le chien. Le chien ne bondit de la voiture quand je lui ouvre la porte.

Le chien a la patte droite qui tremble devant le mur devant le mur. Je dis à l’homme « il tremble votre chien ». L’homme dit « il sait qu’il a fait une connerie ». Il me remercie beaucoup d’avoir ramener son chien. Puis il marche avec lui, son chien, son chien légèrement derrière lui le suivant, ils marchent tous les deux jusque dans une pièce à l’arrière de la maison.

Je suis sûr qu’il va battre son chien.

Je remonte dans la voiture avec le père du jeune homme que je ramène jusque chez lui.

Je suis en larmes dans la voiture. Je me dis que j’ai ramené ce chien à l’endroit même qu’il fuyait.

Je revois sa gueule et ses yeux pétillant que je lis comme un sourire quand il est au devant de la voiture à mes côtés.

Je pense à le garder avec moi. Cette pensée m’a traversé. J’ai cherché son maître et sa maîtresse. Je les ai trouvé.e.s.

Je sais où retrouver le chien.

Aujourd’hui, je rentre sur Nantes sans lui.
 
 
 
 
 
23 octobre 17.

Angers. J’entre dans la maison d’arrêt pour y animer un atelier d’écriture. Les gardiens. Esméralda la coordinatrice des actions culturelles de la maison d’arrêt d’Angers. Je rencontre cinq gars dans la salle d’activité de la galerie est au premier étage. Le soir je vais chercher Anne à la gare. Mes larmes en parlant du chien. Se retrouver — une fois encore se retrouver — Anne et moi. Quelque chose commence. Quelque chose commence vraiment aujourd’hui. Cette obsession d’un commencement vrai. D’un commencement définitif — ! — . M’endormir tranquille.
 
 
 
 
 
24 octobre 17.

Se lever tard. Deux manières. Ne pas vouloir. Le monde. Manière de tristesse. Être capable. Détendu.e. Laisser le corps. Profiter. Manière de joie. Encore. Du repos. 14h00. Adam ne vient pas. Pas de bus. Pas de tram. Retranscription. Des paroles d’hommes et de femmes. Réuni.e.s le 24 septembre dernier. Réfléchir. Parler. Se. Parler. Raconter. Ce qu’est. Ce que pourrait être. Une école. Un centre. De recherche. De brothers et de sisters. Peu de femmes — ce jour encore — prenant la parole. A, et B, et C, et D, sont dans un bateau. L’argent. L’amitié. L’art. La. Le. Politique. Faire de la place. Pour que tu puisses venir. Sur le petit lit. Dans le bureau. Faire l’amour. Parler. La langue. Comme préliminaire. Non. Déjà l’amour. De chair. Sentiment. Sexuel. Amour. De chair. Langue de chair. Léchant. Lèche en parole. Sexualité. De langue. Parole. De chair. Sans parole. Ceci n’est pas un film muet. Intermarché sans la tristesse est parfois possible. Ignominie. Calais. Heroic Land. Un article sur Mediapart. Heroic Land. Une vidéo sur le site Internet du futur parc.
 
 
 
 
 
25 octobre 17.

Qu’il aille vers celles et ceux qu’il aime. Qu’il aille avec celles et ceux qu’il aime. Pas avec les gros groupes.

— Ah bon ?
— Qu’il agisse.

Qu’il fréquente celles et ceux avec qui il aime faire. Qu’il fréquente celles et ceux avec qui il aime parler, avec qui il peut faire, avec qui il peut parler.

— Ah bon ?
— Qu’il agisse.

Ernesto et Yahya et une avocate. Commission des recours. Contester la décision du consulat.

Ernesto en atelier d’écritures. À Port Boyer. Nantes. 5 récits.

Un apéro en terrasse. Une pizzeria, Le Rital. Avec Dy et Ga et Bampa et Kampa.

Avec Dy plus tard à la maison on boit de la verveine.

Er — Je suis dans le malheur, mam’ma, quand j’ai besoin de toi.
Dy — Je ne te serai jamais d’aucune aide, quant au fondement de ce besoin.

Er — Je suis dans le malheur, bab’ba, quand je suis dans ta loi, sous ta loi, face à toi.
Dy — Je ne suis le juge d’aucun tribunal.

Er — Est-il possible que ni toi ni Gilou ni Baba ni Rouk ni Ga ni Bampa ni Kampa ne me soient d’aucun secours.
Dy — La puissance d’agir ne cherche pas le secours.

Er — Je suis un allié des tyr’annes et des tyr’ans, des prêtres et des prêtresses.
Dy — Produis d’autres alliances.

Er — Je ne sais défaire les mauvaises.
Dy — Fortifie les bonnes.

Bonne nuit.
 
 
 
 
 
26 octobre 17.

e-mail de Anne me relayant une publication sur Internet

c’est une veille par rapport à des questions posées

nous sommes dans une impasse personne ne sait vraiment pourquoi et comment le

avait pris une telle importance et pourquoi il s’est désagrégé à ce point

les

sont toujours là les

ou

aussi mais il manque je pense tous

toutes

les

les

les

je protège et je soigne les

de devant

j’ai malheureusement bien peur que la désaffection du

suive deux logiques

plus rien à foutre ça sert plus à rien tout ça

les ag j’y vais pas à chaque fois on me prend pour un rg

selon moi tout a démarré à partir des manifs ultra fliquées de l’été 2016

le vent de liberté était passé

je dis peut-être des conneries mais c’est ce que j’ai ressenti le 10 octobre

puis

le problème des

dans leur ensemble c’est qu’ils ne veulent pas lutter d’où ils

parlent où ils sont déjà ils veulent partir immédiatement à

l’assaut de la totalité de la société ils fétichisent toujours une

espèce de saut qualitatif abstrait et des sujets révolutionnaires censés

être de part leur vie l’expression de l’oppression et

de l’émancipation par excellence une sorte de grossissement massification du

mouvement sur des questions tout aussi abstraites de

leur ancrage social et matériel une massification quand ça fait des

liens avec l’extérieur des ag lieux ouverts rassemblements et

manifestation des textes des conférences sur des questions les migrants les

violences policières principalement des questions c’est

bien une formulation théorique ça en l’occurrence ce sont les textes

qui sont théoriques

mais pas tous les textes ce sont les textes

qui ont la force au cul une force qui

réside dans ce qu’il évoque théoriquement comme dit

entre un texte qui a la force au cul et

un texte qui tient vraiment un rapport de force la

différence ne réside pas dans un groupe capable de mettre en place des

propositions dans des cadres collectifs abstraction politique enfumage tout le

milieu perd beaucoup de temps à massifier à se raconter des salades sur son

ouverture vers l’extérieur il faudrait plutôt ou bien se déporter dans

des collectifs et syndicats déjà existant ou bien se concentrer sur les

institutions du travail de l’éducation et de la santé qui nous

posent déjà problème dans nos vies parce qu’on y travaille y étudie y passe etc

la zad est un contre-exemple de l’abstraction pour qui vit sur la zad peut-être ernesto

sait pas trainant encore et encore autour des écoles de la république j’écris un e-mail à Maxime et Quentin

j’ai repensé souvent à ce moment dans le bar entre autres où on est tous les trois où l’on parle de

il faudrait trouver un mot de ce qu’un travail un pendant au travail au

mouvement féministe pour et par les hommes hors la question homosexuelle n’a

encore pas eu lieu ou si peu ou la manière dont on s’en parle depuis un point de

vue sensible autant qu’intellectuel la tête le cœur et le foi ça c’est trois mots à

propos d’un truc que tu me dis Maxime la veille ou l’avant veille pour dire par là où

on pense et ressent et colère avec tête et cœur et foie un moment de non-mixité de

gars on faisait un truc comme ça dans le bar et à d’autres moment je me dis que

ce serait bon de continuer ça de penser sensible ensemble de cette manière-là je

ne sais s’il faudrait ou non formaliser des temps pour creuser travailler ça ensemble ou

juste le faire quand on se retrouve intuition qu’il faudrait envie de provoquer un moment pour

cela voilà le dire sans plus attendre le partager avec vous deux sans plus creuser pour l’heure et

j’écris un e-mail à Tina ici pour un merci rapport à ce que tu as dit à Anne hier ou

avant-hier au téléphone et qu’elle m’a transmis et que j’ai bien reçu sur cette question de

ne pas chercher à aller vers tel ou tel groupe que je sentirais ou projetterais comme

aimable mais de faire vivre cela que je vis déjà comme aimable avec tel.s et telle.s

amies dont toi pratiquement et non-idéalement sensiblement grand merci

à 16h00 rendez-vous avec Yann à la Librairie Les bien aimés y croiser Roland parler

des livres d’Anthony Poiraudeau et de Yannick Haenel et prononcer le mot dieu et la

colère de Roland non pas la colère il me cite une phrase d’Alféri la mise en abîme est

une impasse je lui parle de Spinoza bien sûr en lien non avec l’impasse mais avec

dieu c’est-à_dire la nature une femme qui travaille à la librairie entend le mot le

nom de Spinoza elle me pose quelques questions par où commencer et tout ça je lui parle de

comment ça c’est passé pour moi je lui parle des cours de Deleuze de la voix de Deleuze et

de ces cours avec Spinoza que l’on peut entendre sur le site de Paris 8 là

http://www2.univ-paris8.fr/deleuze je lui parle de mon cousin Ki et de

son conseil de commencer la lecture de l’Éthique par la partie trois des

affects je lui conseille ce que m’a conseillé cousin Ki la traduction de

Misrahi en Livre de Poche je lui parle de Spinoza in China aussi elle

est enceinte elle va se plonger dans tout ça très bientôt j’achète

Transcription d’Heimard Bäcker aux éditions héros-limite et

Camarade lune de Barbara Balzerani aux éditions Cambouraki je note

Se défendre une philosophie de la violence de Elsa Dorlin aux éditions Zones

http://www.editions-zones.fr/spip.php?page=lyberplayer&id_article=180002

Être forêts habiter des territoires en lutte de Jean-Baptiste Vidalou aux éditions Zones

http://www.editions-zones.fr/spip.php?page=lyberplayer&id_article=180004

je reçois un e-mail de

j’aurai besoin de ce papier-ci pour bientôt j’ai

oublié de l’imprimer à

si tu vois ce mail est-ce que ce serait possible que tu

 
 
 
 
 
27 octobre 17.

« Je crois en fait que j’ai fait une espèce de dépression rampante depuis l’été 2016, après le printemps de manifs contre la loi travail et comme la première fois que j’étais aussi proche voire réellement dans quelque chose d’un engagement politique effectif, puis quelque chose est retombé, à partir de juillet, ou : j’ai eu peur d’aller plus loin… j’en sors à peine — j’espère en tout cas. Avec Anne aussi on comprend ensemble de belles et bonnes choses je crois ces derniers temps. »

Utilité. Faculté d’acheter d’autres marchandises. Un guide. Argent donné et contrepartie. Perruquage : activité réalisée en fraude par un.e salarié.e pendant son temps de travail ou en employant le matériel de son employeur ou de son employeuse. Vivre avec la part libre — de quoi ? — et non la part opprimée — de qui ? Lutte pour ne pas entrer dans les luttes qui ne sont pas les nôtres. La domestication de l’art. Un accent de riche. Imago mundi, qu’est-ce que ça veut dire ? Peur du langage — non. On devient expert par réappropriation — non — , — non ? Mauvaise poésie — non. C’est quoi : une écriture pauvre ?

Rapport à la dernière séance de Poésie civile « l’organisation c’est l’amour« , ceci pas dit mais écrit, parmi les mille et unes définition du mot amour : ce par quoi vivant ensemble nous comprenons — pratiquement, sensiblement — comment il nous est possible de vivre ensemble. Avec en pensée : le communisme est peu affaire d’hypothèse ou d’idée mais une question terriblement pratique, essentiellement locale, parfaitement sensible — phrase extraite du numéro 2 de Tiqqun,

avec Anne la route jusqu’à L

sieste dans un bois à l’arrière de la voiture

L

Anne, Ada, Alix, Jeanne, Marc, Maxime,
 
 
 
 
 
28 octobre 17

prendre le temps le matin à L

parler avec Alix, Maxime

un marché rapide à E

une arrivée à G

Antoine et Syrielle au coin du feu

manger au soleil, dehors, devant l’épicerie

« pour les camarades c’est cinq euros »

ça fait rire Maxime,

retrouver fleur, guillermo, esteban,

on est une vingtaine

l’après-midi, au dehors de la maison, à G, au soleil, autour de quelques tables

au dehors de la maison, « côté jardins» pas « côté scierie »

au soleil

puis dans un pré pour continuer d’être

au soleil

Jeanne et Maxime qui s’en vont lorsque nous allons dans le pré

ici une école pour Ernesto

non

avec Ernesto

maintenant s’ouvre un récit de fiction qui protège le réel

maintenant s’ouvre un réel dont la fiction sera l’un des souffles heureux

lyrisme n’est pas allié du réel

blablabla
 
 
 
 
 
29 octobre 17

rendez-vous au bar en fin de matinée

journée à C

on est toute une bande dans la forêt

Ernesto parle de sa maman Marguerite

Guillermo commence à passer le balais dans une baraque au sol en béton, pas loin d’un lac

des brothers et des sisters le rejoignent pour faire propre cet endroit

on y fait un feu

on y mange de la viande grillée, ou pas, selon que l’on aime ou pas manger de l’animal

il y a des salades

il y a peut-être un groupe qui est en train de se constituer

il y a plein de maman dans le groupe, dans les têtes des brothers et des sisters, dans leurs cœurs, leurs corps,

Marguerite, Étoiletourbillonnante, Isabella, tant d’autres

Ernesto se dit moi aussi un jour je

les brothers et les sisters on est chacune une maman se dit Ernesto

Angela fait la paix quant à elle avec son dada depuis maintenant quelques années

les brothers et les sisters on est chacune un dada se dit Angela

quand le froid tombe sur nous ce jor on quitte la forêt et on se retrouve au bar du village

Fleur parle des absents

Ernesto est touché par cette parole

mais de qui parle Fleur se demande Ernesto

dans son carnet il note

les absent.e.s

l’écriture inclusive est-elle un truc sympa de bobo et de sissi ?

Ernesto le croit d’abord

puis il réalise — c’est-à-dire qu’une réalité s’incarne :

les femmes deviennent présentes

explicitement présentes

quand il écrit

les absent.e.s

éplucher des patates, en groupe

un dernier moment à quatre autour d’une table

retour à la ferme,
 
 
 
 
 
30 octobre 17

journée à G

tant de choses mon amour, ce jour

l’amour révolutionnaire d’Houria n’est pas qu’une question de race.s

l’amour révolutionnaire d’Houria n’est pas l’amour révolutionnaire d’Houria

l’amour révolutionnaire est

sans cesse à faire vivre

oui

et ce jour

sérieux comme une blague

flux rss = flux de races, de sexes et de social

Ernesto l’éprouve

par le corps — nécessairement par le corps

en un groupe

et réciproquement

en son corps

par un groupe

construction d’une confiance

corps et groupe

— c’est bien théorique tout ça enfant Ernesto
— chère petite voix, cher surmoi, chèr chaipaquoi, ma salope, mon gros connard, je vais te raconter une chose concrète : quand je fais l’amour avec la femme que j’aime âgée de dix ans et quatre-vingt secondes en ce mois d’octobre, à moins que j’inverse — c’est tout un bordel le comptage, un bordel dont je ne parviens pas à me défaire — , peut-être celle que j’aime est-elle âgée de quatre-vingt ans et dix secondes en fait, en tout cas, quand nous faisons l’amour elle et moi, ferme-les yeux, et imagine ceci : quand nous faisons l’amour elle et moi il y a l’entrée de l’usine Cataroux à Clermont-Ferrand depuis 1919 jusqu’à ce jour et aussi toutes les nanas et tous les gars de Delivroo qui me traversent le corps et pénètrent celui de la femme que j’aime, parmi tant et tant d’autres choses et d’êtres, il y a cette usine et ces jeunes en vélo sans contrat de travail ou à peine et aussi ce train qui entre en gare de Montpellier et continue sur Béziers et non sur Marseille et ainsi je repousse de quelques jours l’accès à ce bateau traversant la mer Méditerranée avec d’autres jeunots comme moi en uniforme de l’armée pour aller rejoindre l’Algérie en ce mois de mai 1958 ou alors on est en avril 1980 et toutes les montagne et forêts de ce pays aujourd’hui nommé Colombie et aussi les villages en moi de quelle mémoire des peuples indigènes disparus de ce territoire aujourd’hui nommé Colombie et je ne sais si ma tenue est de combattant et si ma naissance sur telle pente de la montagne et non sur telle autre fait de moi un combattant des farc ou si je suis enrôlé du côté des paramilitaires ou mort à terre sans ma bande de rue consommateur de quel drogue me traverse et je t’en passe tout ça pénéte le corps de la femme que j’aime.

— tu exagères un peu Ernesto.
— oui. à peine.
 
 
 
 
 
31 octobre 17

le matin dans la nuit

les deux chats

chercher la lumière dans l’obscurité des pièces de cette maison que je connais peu

faire un café et deux

entendre le camion poubelle qui passe

les éboueurs dans la nuit de cette campagne-forêt

voir le camion dans la nuit de cette campagne-forêt

la nuit étoilée

la boulangerie à E

la route avec Anne et la gare de V

le jeune gars aux champignons — qui était avec nous, des nôtres, hier, à C, qui cueillait des champignons, dans la forêt, reconnaissant, apprenant à reconnaître, lesquels sont commestibles, lesquels non, sa tenue vestimentaire, pantalon jogging léger vert fluo avec rayures, blouson déchiré — est là devant le Lidl, à V, assis en tailleur au sol aux côtés d’un autre gars qui joue de la guitare, ils font la manche

je pense à Jean-Philippe

je me dis que je viens de passer une semaine heureuse

la femme que je prends en stop, elle ne reste pas chez sa belle-sœur ou sa cousine sinon elle la tue

son mari est en prison à Limoges

l’homme que je prends en stop

il emploie le mot vagabond, il dit je suis un vagabond

un mot ancien me dis-je une réalité bien présente

cet homme est là, il a dormi dehors derrière tel supermarché cette nuit

il fait froid, commence à faire froid, ce sont les premières gelées

son sac est encore trempée, n’a pas eu le temps de sécher

un mot peut tuer un mot faire du bien

bon courage lui dis-je, je n’ai pas besoin de courage c’est le bon dieu qui décide me dit-il

aujourd’hui c’est la toussaint

c’est la fête des vivants pas la fête des morts dit-il

c’est le cinq centième anniversaire de La Réforme aujourd’hui

c’est le cinq centième anniversaire du jour où Luther aurait placardé La Dispute sur la puissance des indulgences plus connue sous le nom des 95 thèses à la porte de l’église de Wittemberg

aujourd’hui c’est un jour férié en Allemagne

je repense aux fragments d’une messe en France écoutés à la radio dans la voiture il y a une dizaine de jours

les liens entre le christianisme et le travail dit Angela Merkel dans un discours pour le cinq centième anniversaire de La Réforme

1 euros pour acheter du pain

12 euros pour acheter un magasine Linux

10 euros donnés au vagabond

56 euros pour payer l’essence

Le commerce des indulgences vient de la possibilité dans l’Église catholique romaine d’acheter des indulgences (du latin indulgere, « accorder »), c’est-à-dire la rémission totale ou partielle devant Dieu de la peine temporelle encourue en raison d’un péché pardonné.

Puis, phrases entendues ou pensées à Nantes dans une salle de l’école d’architecture : avant tout, neutraliser l’ennemi, slogan de, entendu dans « intolérable cruauté », un film des frères Cohen, notion de consentement, d’accord implicite (d’un regard), de complicité, l’accord implicite ne vaut pas pour consentement, l’implicite est mon implicite ou le tien, les hystériques contres historiques, production d’icône, danger de la production d’icône, danger de LA image, témoigner de la construction, une couverture d’un magazine, ah bon ? c’est un nuage de lacrymos ? un nuage de lacrymo sous un arbre du centre ville, je pensais que c’était de la brume en forêt de Notre-Dame-des-Landes, à qui est-ce adressé, vers quelle extériorité, ou, et, pour donner forces aux ami.e.s, archive.org, crabgrass, framasoft, le papier et la radio reviennent en force, « en même temps », ne nous laissons confisquer ni les mots ni les expressions qui sont à tous et toutes, témoigner c’est aussi pouvoir être trouvable,
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

septembre 17

 
 
 

31 août 17. Un jeudi.

La mort de Michael Cimino apprise dans un roman, Tiens ferme ta couronne, le dernier Haenel, et vérifiée sur wikipedia — connexion Internet en wifi, dans un car Macron.

La mort de Michael Cimino lue dans un roman. Michael Cimino est-il vraiment mort? Fiction ? Recherche sur wikipedia danscar Isilines — 15 euros le trajet Nantes Paris en passant par Tours, 6h15 de trajet. La mort de Michael Cimino m’est confirmée par l’article wikipedia qui lui est consacré. Michael Cimino. Est mort le 2 juillet 2016.
 
 
 
 
 
1er septembre 17. Un vendredi.

Paris. Si la joie est le passage d’une perfection à une perfection plus grande. Si la perfection et la réalité sont bel et bien une seule et même chose. Si ma perception de la réalité est en relation directe avec ma puissance c’est-à-dire avec ce que je peux (ce que je peux c’est-à-dire : ce que je peux faire, et, ou, ce que je peux penser). Si la question du commun est ce par quoi nous vivons une vie commune, par la réalité de nos relations, par leurs qualités, et par là où ces relations conséquemment nourrissent ou affaiblissent nos puissances. Avec une hypothèse égalitaire entre banal et commun. Alors. Parmi les joies du jour :

Décider de prendre le temps pour bien faire l’enduit, c’est-à-dire aujourd’hui prendre le temps nécessaire pour bien préparer les murs, bien gratter et racler les murs avant le passage de l’enduit — à venir. Parler avec un ouvrier qui travaille sur le chantier du ravalement de l’immeuble et recevoir son conseil de passer une couche de peinture avant l’enduit — à venir. Supprimer mon compte fb — joie immédiate, effet dans le corps et dans l’âme, oui, l’âme : effet immédiat. Si vous avez un compte facebook que vous fréquentez assidûment, je vous le conseille vivement. La vrai vie est ailleurs — Rimbaud —, ou : C’est maintenant qu’il faut reprendre vie — Haenel — ne sont pas des phrases éthérées. La poésie est une affaire pratique. Prendre le temps c’est-à-dire ouvrir le temps et accueillir la possibilité du bon — bonté — , vivre ce qui est bon, senti comme bon. Ce qui nous pousse vers ce bon. Des choses simples. Oh. Ce café à côté de Châtelet avec Anne lors de sa correspondance de deux heures à Paris entre Bordeaux et Dijon, vers 13h. Un échange d’e-mails avec Léa, le soir [°]. Yannick Haenel sur France Culture pendant une heure [°°]. Prendre le temps. Ouvrir le temps c’est-à-dire ne pas le vivre seul. Le mot solitude pourrait avoir une définition inattendue : la possibilité de ne pas vivre seul.e. Une puissance donc.

[°] : « sinon j’ai lu 7 (que tu m’as offert à Sète (c’était un jeu de mot intentionnel « 7 à Sète » ?) (c’est Anne qui me l’a fait remarqué, le jeu de mots)… ça m’a d’abord énervé, le livre, pas le jeu de mots (le premier roman m’a énervé, un côté jeune con brillant qui a tout compris de l’époque) (il y a 7 romans dans 7), ensuite j’ai été pris dans la surprise du plaisir à vouloir connaître « la suite de l’histoire », pour chaque autre roman, ça m’a plu, déjà pour ce plaisir, et aussi ça m’a titillé la question « c’est quoi une écriture simple » (simple?), un récit qui coule et où on ne se pose pas laquestiondelalangue, ça coule et c’est bon, bref, grand merci,

là, je viens de lire le dernier Haenel, j’ai adoré, j’ai retrouvé quelque chose de ce qui m’avait tant plu dans Cercle, tout autre et à la suite… un livre sur la question du crime, des crimes (ce(eux) que les êtres humains tuent), de la chasse et d’éros et de la forêt où un daim se réfugie, entre autres, effrayé par quelque vérité… c’est mystique en extase à souhait aussi (il ne faut pas craindre ça)… Haenel est sur France Culture, tout à l’heure, à 21h, »

[°°] : « L’intérieur mystiquement auréolé d’une tête ». « L’aspect structurellement criminelle de l’espèce humaine ».

Écouter hier et aujourd’hui Hélène Hazéra, que je ne connaissais que comme productrice et présentatrice de Chanson Boum ! sur France Culture. « Hélène Hazéra est aussi l’une des figures historiques des mouvements révolutionnaires gay et trans des années 70 à nos jours. »

Souvent penser à Nocturama ces derniers temps. Je me souviens de querelles quant à ce film. Certain.e.s le portant aux nues du comité invisible : La lutte armée OKLM, Le terrorisme est une forme de cinéma. D’autres attaquant sa nullité esthétique. Force est de constater que sa qualité invisible persiste en moi.

Penser à Nocturama, et aussi à Cordélia la guerre de Marie Cosnay, et à Tiens ferme ta couronne de Haenel, ce jour, lorsque Anne me parle du texte dont elle a repris l’écriture. Une ville brûle. Des gens se réfugient dans une forêt.

Très souvent l’envie ces derniers temps de casser des vitrines à coup de massue. Nécessité de courir vite.

L’incongruité de l’invitation faite à Didi-Huberman en juillet dernier à Tarnac pour qu’il parle, continue de parler de « soulèvement ». Il s’est fait chahuter paraît-il. Vérifier. Si c’est bien le cas, la question serait de savoir si ce moment aura des conséquences ou non dans son travail à venir. En désamour avec Didi-Huberman, je crains que non.

 

 
 
 
 
 
2 septembre 17. Un samedi.

« Ce qui réunit les textes présentés ici, c’est le souci d’exposer le traitement matérialiste de l’oppression, de la marginalisation, mais aussi de la domination et de la normalité. Ces termes sont des paires d’opposition dont l’un des termes ne va pas sans l’autre. Refrain déjà connu, dira-t-on. Certes, mais leçon peu retenue. Il s’agit d’insister sur ce que j’ai répété au cours des années, et principalement à propos de l’opposition entre les femmes et les hommes : la division se construit en même temps que la hiérarchie et non pas avant. » Les uns derrières les Autres, in Classer / dominer – Qui sont les « autres » ?  Christine Delphy.

Reprendre la préparation de l’enduit.

Ne pas suivre les conseils de l’ouvrier qui travaille sur le ravalement. Après avoir décapé les murs au mieux, enlevant à la spatule les vieilles couches de peintres et de plâtres, faut-il poncer, puis laver, puis passer une première couche de peinture avant l’enduit ? Passer une première couche de peinture avant l’enduit était le conseil de l’ouvrier, afin que l’enduit tienne mieux. Mais avant de passer cette première couche de peinture, faut-il poncer puis laver ? Ces deux opérations me demanderaient combien d’heures encore ? Je ponce dans la salle de bain. Ces deux opérations vont me demander combien d’heures encore ? Il faut bâcher pour protéger de la poussière de plâtres, et déplacer les quelques meubles et affaires de cette chambre habitée. Je commence à passer l’enduit sans plus attendre.

Manger un kebab en terrasse du restaurant turque — Anatolien, c’est son nom — , rue aux ours. Viande industriellement découpée et conditionnée ? Condition de vie puis d’exécution de l’animal ? Des animaux ? Viande d’un seul animal ou de plusieurs animaux, comme le vin, produit par une coopérative et dont les raisins sont amenés par différents producteurs, mélangés, pour produire un vin, là : viande du bloc de viande pour kebab provenant de combien d’animaux ?

Le caractère structurellement criminel de l’espèce humaine.

Les personnes humaines qui travaillent dans ce restaurant turc sont-elles Pro-Erdogan, Anti-Erdogan, ni pro ni anti ? Ont-elles toutes la même opinion ? L’Opinion. Et les personnes humaines turques qui fréquentent le restaurant ?

Manger un flan aux pistaches sur le parvis de Beaubourg. M’asseoir au sol, serein, ce jour, à ce moment du jour. Un homme seul, à ma droite. Sentir — imaginer, projeter, croire pouvoir dire : sentir — sa détresse, une solitude de détresse.

Je n’ai pas d’amie noire.

Je vais une première fois au Leroy Merlin de Beaubourg pour acheter une bâche de protection pour les travaux, épaisseur 40 micron, dimension 15 mètres par 3. J’y retourne pour acheter enduits et plâtre. Ne pas vouloir aller demain dimanche dans un magasin ouvert le dimanche.

Je ne connais à peu près rien de la légende de Merlin l’enchanteur.

Je pense une fois encore à : être en possession d’une massue. Aujourd’hui : pour péter la machine qui diffuse la voix annonçant les numéros des caisses de paiement, caisses enregistreuses, lorsque la précédente ou le précédent client.e a payé et libère la caisse, « la caisse est libre », ces caisses enregistreuses, celles-ci précisément à cette endroit du magasin, dites caisses traditionnelles c’est-à-dire chacune activée par un.e employé.e. Mettre la pression sur les êtres humains qui encaissent l’argent et celles et ceux qui le donnent — l’argent ? Est-ce que sans la voix enregistrée, ça irait moins vite ? Leur argent. Mon argent. Ton argent. Notre argent.

Lire la lettre que Anne m’a écrite ce matin. Mon émotion à la lire. Non tant pour ce que dit la lettre, qui n’est pas une évocation heureuse, mais du fait que Anne donne quelque chose, d’elle, quelque chose d’important encore jamais énoncé ainsi.

Recevoir un e-mail de cousin Ki. Se voir en décembre à Nantes ? Lui répondre oui. Avec grand plaisir. Se voir ce soir à Paris ? Oui. Viens donc manger. Il y aura du lapin au menu.

Estelle et cousin Ki, rue Marcadet, chez eux. L’appart où Ki m’offrit l’Éthique il y a maintenant bientôt six ans. Cousin Ki sert l’apéritif, roule une cigarette à Estelle. Cousin Ki et moi restons culs assis dans le canapé tandis qu’Estelle met la table pour manger et finit de préparer le repas à la cuisine.

Il vient d’où le lapin ? Du supermarché.

Le caractère structurellement criminel de l’espèce humaine.

Deleuze, et Spinoza.

Aussi vite que possible. « Il va aussi vite que possible. C’est ça la vitesse relative de la pensée. La raison exige qu’il y ait un rythme de la pensée. Vous ne commencerez pas par l’Être, vous commencerez par ce qui vous donne accès à l’Être.» Par les attributs. Commencer la lecture de l’Éthique par la partie trois, par les affects, fut une manière d’expérimenter cet « aussi vite que possible ».

Guillaume, tu es mon maître en enduit, me dis-je, pensant à Guillaume nous aidant pour l’enduit dans la maison, il y a trois ans, et diluant la fin de l’enduit préparé, qui durcit, diluant avec de l’eau et l’enduit retrouvant souplesse, faisant cela, aujourd’hui.

Pensant à la mort de Cimino que j’apprends en lisant Tiens ferme ta couronne de Haenel, je pense à Vincent, lui ayant parlé de ce livre mardi dernier, mais je ne sais si je pense à lui à cause du cinéma ou à cause de la mort, je sais que je décide de ne pas lui parler de la mort de Cimino dans un e-mail que je lui écris, gêné, pensant à Pauline son amie dont il m’a parlé, condamnée par un cancer.

Recevoir un un e-mail de Laurence A, qui demande un soutien financier pour une femme du Congo-Kinshasa qu’elle a rencontré en 2013. Besoin de 559 euros pour payer les timbres fiscaux nécessaires pour sa carte de séjour. Je réponds à Laurence que j’enverrai lundi un chèque. Je pense aussi à Théo. Et si cette femme était la femme qu’il cherche ?

Le récit des réfugiés, dit Estelle, c’est la partie immergée de l’iceberg. Quand tu commences à parler avec eux, tu commences à découvrir la partie cachée sous l’eau.

Il existe une École Nationale de l’Administration Pénitentiaire, à Agen. Avec une Médiathèque.

Cousin Ki prononce souvent le mot déterminisme et l’expression libre arbitre.

Je réponds intuition.

Et. Entre intuition, libre arbitre et déterminisme, je raconte à cousin Ki que je vais vérifier au sous-sol de Leroy Merlin le prix du pot de 10 kilos d’enduit. J’ai cru lire un autre prix, au sous-sol, là où j’ai pris le pot, un autre prix que le prix que je paye. L’argent. Je demande au vigile s’il y a un endroit où je pourrais déposer mon gros pot de 10 kilos afin de pouvoir descendre au sous-sol vérifier un prix. Il me dit que je peux descendre au sous-sol avec le pot. C’est trop lourd. Je vais demander au caissier à qui j’ai payé le pot si je peux déposer à côté de sa caisse mon gros pot de 10 kilos afin de pouvoir descendre au sous-sol vérifier un prix. Il me dit okay, mais faites vite. Je vais vérifier le prix. C’est bien le prix que j’ai payé. Non celui que j’avais cru voir. Un doute envolé. Un rapport de sympathie établi avec le caissier, que je remercie.

« La gaieté ne peut avoir d’excès et elle est toujours bonne, la mélancolie au contraire est toujours mauvaise. »

C’est une belle soirée. Une belle journée. Infamies en cours.
 
 
 
 
 
3 septembre 17. Un dimanche.

Comme le restaurant turque est fermé, j’avance dans la rue Saint-Martin, je m’arrête dans un restaurant libanais, et je commande une pita libanaise à emporter : une pita falafel, finalement non, une pita chawarma, le gars qui bosse à faire les pitas fait des pas de moonwalk pour se déplacer entre les ingrédients et la table où il confectionne les sandwichs et le four où il les réchauffe, je lui demande vous faites Michael Jackson ? Il dit ah mais vous savez c’est James Brown qui lui a appris le moonwalk, il y a une vidéo où ils sont tous les deux, Michael est tout petit, gamin, il est encore noir, on parle un peu pendant qu’il fait le sandwich, le gars m’offre un falavel au moment de partir, vous vouliez une pita falafel au début. Je marche jusqu’au parvis de Beaubourg. À nouveau je m’assois au sol. Je mange la pita. À ma droite, une file d’attente jusqu’au haut de la place — des personnes qui vont entrer dans le centre. L’art. La culture. L’argent. À ma gauche, un gars a installé au sol une nappe avec serviettes à carreaux, des choses à manger, des fruits, des jolis raisins blancs, de jolis grappes de raisins blancs, et tout le nécessaire pour un déjeuner sur l’herbe sans herbe sur le parvis de Beaubourg, au soleil de ce midi, il y a trois petits coussin à l’extérieur de la nappe, un couple — une femme et un homme — le rejoignent, il les accueille.
 

 
 
J’écoute les cours de Deleuze sur Spinoza en étalant l’enduit.

À réécouter, à partir de 1h34.

À 1h39. L’esclave et l’impuissant. C’est un mode de vie. L’esclavage comme mode vie et non comme statut social.

À 1h40 : «  Et qu’est-ce qu’il y a de commun entre un tyran qui a le pouvoir, un esclave qui n’a pas le pouvoir et un prêtre qui ne semble avoir d’autre pouvoir que spirituel. Qu’est-ce qu’il y a de commun ? Et en quoi sont ils « impuissants » puisqu’au contraire ça semble être au moins pour le tyran et le prêtre des hommes de pouvoir. L’un le pouvoir politique, l’autre le pouvoir spirituel. On sent qu’il y a bien un point commun et quand on lit Spinoza de texte en texte on est confirmé sur ce point commun. C’est presque une devinette. Qu’est-ce que, pour Spinoza, il y a de commun entre un tyran qui a le pouvoir politique, un esclave, et un prêtre qui exerce un pouvoir spirituel ? Ce quelque chose de commun c’est ce qui va faire dire à Spinoza : « Mais ce sont des impuissants ». C’est que d’une certaine manière, voilà, ils ont besoin d’attrister la vie. C’est vieux, cette idée. Nietzsche aussi dira tout à fait des trucs comme ça. Ils ont besoin de faire régner la tristesse. Spinoza pense comme ça, il le sent. Il le sent très profondément. Ils ont besoin de faire régner la tristesse parce que le pouvoir qu’ils ont, ne peut être fondé que sur la tristesse.

Et Spinoza fait un portrait très très étrange du tyran. En expliquant que le tyran c’est quelqu’un qui a besoin avant tout de la tristesse de ses sujets. Parce qu’il n’y a pas de terreur qui n’ait une espèce de tristesse collective comme base. »

Anne qui revient de Dijon monte un moment à la chambre puis va voir Sarah. Puis elle voit Laura. J’écoute Tarkos en continuant à passer l’enduit. Je connais trop peu Tarkos. Comme un ami et un inconnu en même temps. Je rejoins Anne et Laura.

Laura parle de la conférence et du temps d’échange avec Didi-Huberman en juillet dernier à Tarnac. Didi-Huberman parle de Platon et du tyran. Le philosophe qui souffle à l’oreille du tyran. Platon a gagné, dit Didi. Platon est toujours là, pas le tyran. Non dit Laura. L’effacement des mémoires de la tyrannie et des effets réels de la tyrannie a gagné. Dire « Platon a gagné » c’est effacer la mémoire des tyrannies, des faits et des effets réels des tyrannies.

Ce n’est pas à Tarnac que Didi parle. C’est dans un village de Corrèze ou de la Creuse ou de Haute-Vienne qui n’est pas Tarnac. Tarnac est un nom. Est devenu un nom. Tarnac, comme la zad de Notre Dame des Landes, comme Bure, comme d’autres lieux, devenus noms.

Tarnac est un lieu, d’abord. Tarnac est la coïncidence d’un lieu, de présences en ce lieu, et d’idées en acte. D’autres lieux, d’autres présences et d’autres idées en actes coïncident. Qu’ils soient sans nom est une de leur force.

Retour heureux à Nantes. Infamies en cours.

Migrants en Libye : le pacte pourri entre Rome, les garde-côtes et les trafiquants — pdf ici.
 
 
 
 
 
4 septembre 17. Un lundi.

Lecture du Grand Jeu de Céline Minard. Elle évoque une pièce pour violoncelle. Pression, de Lachenmann. On peut écouter une version ici : par exemple celle-ci.

L’hôtel de Région. À côté, le parc, au bout de l’île de Nantes, côté est, à l’extrémité est de ce qui est aujourd’hui l’île de Nantes. Le Campus Région : une zone de l’île, autour de l’hôtel de Région, exclusivement occupée par des bâtiments de l’administration régionale. Dans le bâtiment Océane où j’ai un rendez-vous, elles, ils, déménagent en interne. Les bureaux changent d’étage, pour ce que je comprends. Des cartons dans le couloirs. Une salle au fond à droite dans un couloir au rez-de-chaussée, la salle Saline. C’est là qu’a lieu mon rendez-vous. Dehors, non loin, le parc. Là, des révolutionnaires se réunissent entre les poussettes familiales pour les actions à venir.

La fiction peut être le simple déplacement d’un fait réel du lieu où il a eu lieu vers un autre lieu. Ou d’un jour ou il a eu lieu vers un autre jour.

Des bureaux qui changent d’étage, pour un.e fonctionnaire routinier.e, est-ce une révolution ?

À l’espace café non loin de la salle Salines, deux brochures que je trouve, dans le bâtiment Océane. Feuille de route régional sur la transition énergétique, 2017/2021. Schéma régional de développement du tourisme et des loisirs, 2016/2020.

Catégorie « livre et lecture ». Catégorie « action sociale ». Catégorie « transition énergétique « . Catégorie « tourisme et loisir ». Catégories. Classer. Dominer.

M’allonger sur le métal des plaques recouvrant une ancienne rampe de lancement de bateau, à l’autre bout de l’île, côté ouest. Marcher le long de la Chézine, du côté de Canclaux. Laisser aller. Ne cherche pas le sens. Ne guette pas les juges. En ce moment où tu produis toi-même, l’énonçant, ta propre impuissance (je ne peux faire ceci, cela, ceci, cela…), laisse fuir ce que tu ne peux, laisse-toi juste glisser là, sur le sol, sur ce métal, dors, le long de cette rivière, marche, la nécessité de ton désir trouvera son chemin, tu laisseras venir, laisse-venir, tu te laisseras venir à la nécessité de ton désir. Contre ce que je pensais de mon affinité avec Le Grand Jeu de Minard, je sens comment le texte m’aide à penser, ressentir, et jusqu’à vivre la possibilité, l’effectivité d’un certain détachement.

JSA1. Journée sans alcool, 1. Un sevrage alcoolique à la suite du sevrage facebook. Addictions : fuites des tristesses.

Le désir sexuel, large et simple. Renouveau de présence. Baise douce large, joyeuse et fougue, dans le fauteuil en osier dans le bureau de Anne.

Large.

La promesse et la menace.

Le Grand Jeu. Page 49 :

« Il n’y a pas, n’est-ce pas, de promesse sans contrepartie ? Ou il y en a ? Je ne vois pas.

La meilleure menace est celle qui se passe de son exécution parce que c’est là précisément que réside son pouvoir, la pression qu’elle exerce : ne pas se réaliser.

Est-ce que refuser l’autorité à celui qui l’exige par la menace, c’est précisément s’approprier ce qu’il demande ? Est-ce pour cette raison qu’il est impossible d’ignorer une menace ? Plus encore qu’une promesse.

L’autorité : le grand jeu de l’humanité ? »
 
 
 
 
 
5 septembre 17. Un mardi.

Se remettre à la tâche. Se mettre à la tâche. Les petites choses à faire, les « sales » petites choses, à faire, pas sales mais salutaire, au contraire, simplement, les faire, quand l’humeur — alors que l’humeur — est grise, faire ce que tu as à faire, ces choses, oui, comme extérieures à la nécessité de ton désir — mon désir, moi, désir, moi, désir moi moi moi — ces choses, extérieures, elles ne t’engagent pas, elles n’engagent pas les réponses effectives à ta grosse quête de sens qui plombe, alors, oui, se laisser aller à les faire, ces choses, non essentielles et délicieusement non essentielles, délicieuses car sans la charge de quelque essence ou quelque sens pour ta vie, faire ces choses, là, qui sont à faire, dans les relations qui sont aujourd’hui celles que tu tisses, ou dans lesquelles tu tisses, et, de faire, le désir et la possibilité de faire avec désir se forme, car oui une fois encore vivre ceci, évident et simple lorsque ça a lieu : c’est par le faire – quel qu’il soit – que le désir se forme. Deleuze et Guattari. Et, à la terrasse du Fy’s Café où j’écris ces mots en attendant Vincent, la patronne qui sort pour fumer un clope me dit vous écrivez votre journal ? Je réponds oui. Je lui raconte un peu ce que je fais. Écrivain. Dans quelle genre, elle demande ? Je lui dis que ça a trouvé sa place du côté de la poésie. Mais c’est presque un journal. Presque un roman aussi. Il y a un personnage. Ernesto. Il vient d’un livre de Duras. « Ah, Duras, il y a des noms, comme ça, j’évite ». « Ah, la poésie, pas trop. » Elle me parle du Liseur de 6h27. La dernière fois, mardi dernier, c’était « Ah, si c’est mystique, ça va pas le faire », je lui parlais du dernier Haenel. La prochaine fois je lui amène Spinoza in China.

Pomme de terre vapeur et riz blanc avec des algues, dans deux grandes assiettes, dans la cuisine, ce midi. Puis, écoutant France Culture, blablabala, la rentrée scolaire, blablabla, 12 élèves en cp en zone prioritaire, blablabla, fuck les emplois aidés, Anne dit : « une pensée pour Ada et Alix et Jeanne et Maxime, en ces jours de Rentrée des classes. » Enfants scolarisés. Enfants non-scolarisés. Une classe – à l’école. La classe – une armée : les conscrits. Une classe – sociale. La classe – ouais, c’est la classe. Stylé. Un style. Une classe. Classer. Dominer.

« J’essayais de prendre pour moi, pour mon compte, à l’endroit du monde et au moment de l’Histoire où j’ai ma place, les mots d’un homme dont la langue n’a plus cours. J’essayais de déduire de son langage la forme de sa vie. De reconstituer, à partir des traces qu’il avait voulu laisser, ce qu’il n’aurait pas pensé à noter. Le vibrato de son temps. J’essayais d’entendre sa voix, sa voix humaine. Le déplacement d’air, les ondes qu’il avait produites en prononçant ces paroles avant de les écrire. J’essayais de calculer le volume de son univers évanoui, de faire apparaître son hologramme. Comme si mon attention pouvait être le support physique, le morceau d’espace pas tout à fait vide dans lequel ses mots un instant pouvaient passer, scintiller, et rendre visible la forme particulière de sa présence au monde.

Je lisais de cette façon, puis je relisais en essayant cette fois de l’adapter à ma forme, mon époque, ma langue, mon savoir, mes pratiques. De tirer vers moi, pour moi, pour m’en servir, l’efficace, la sagesse, l’expérience, la technique des prescriptions et des rappels qu’il s’était faits à lui-même et qu’il avait voulu transmettre. »

Le Grand Jeu, page 70.
 

 

 
 
 
 
 
6 septembre 17. Un mercredi.

Rendez-vous à la mairie. Pour l’éventuel financement d’un projet. Parler, entendre parler : projet, dispositif, territoires. Ça me rend infiniment triste. Tristesse, autant à cause de ce cadre et langage administratifs, et de gestion des projets, des êtres et des lieux. Qu’à cause de cette impossibilité — la mienne, oui — à affronter une quelconque altérité. À affronter un discours, une manière de penser et de classer autre. Car oui je pense et je classe et veux dominer, également, mais sans force, autre que la fuite.

Chercher les bonnes alliances, aussi.

Aujourd’hui tristesse. Pu en voiture, dans la ville. Très bon pour l’accroissement de la tristesse. Deux ordonnances, chez le médecin. Aller chercher des récipients nécessaires aux analyses à faire dans un laboratoire médicale, boulevard Jules Verne. Aller à la Biocoop de la Beaujoire, y acheter trois légumes. Manger des tomates dans le magasin. La femme qui mendie devant le magasin. Lui donner un euro. L’argent. Son sourire. Chercher une pharmacie pour les médicaments de Anne. Commander à la pharmacie à côté de chez nous les médicaments qui seront là demain matin. Me sentir, attendant Anne au volant de la voiture à proximité de la pharmacie, aussi vieux que le vieux monsieur qui attend sa vieille épouse qui est à la pharmacie, elle aussi, et qui le rejoint, grimpe dans la voiture et ils s’en vont.

« Le train blindé de la révolution est toujours en marche vers n’importe quelle direction, mais il est lent : il ressemble non pas à un TGV, mais à ces trains de province qui s’arrêtent dans chaque gare minuscule et inconnue. L’accélérationisme de gauche, sur le plan moral, est une forme d’impatience qui, comme le disait Kafka, est l’un des péchés capitaux : à cause de son impatience l’humanité a été chassée du paradis et, toujours à cause de celle-ci, ne parvient pas à y revenir. »
 
 
 
 
 
7 septembre 17. Un jeudi.

Échantillons de selles dans deux petites boîtes blanches. Laboratoire. Vélo. Pharmacie. Rond-point du Croissant. Récupérer les médicaments commandés hier par Anne. Préfecture. Pour une nouvelle carte grise. Il manque des papiers. Un acte notarié qui justifie et prouve que les deux fils sont bien les deux fils et les seules héritiers de la voiture de leur père mort. Terme juridique, administratif : une dévolution successorale. Et aussi : une attestation comme quoi la voiture n’a pas roulé depuis le décès de. Croiser Florence. En tenue de marcheuse. Le long de l’Erdre. Sa thèse, à Paris, en octobre. Appeler Frédéric, de Mille Univers, à Bourges. Il est toujours partant pour que nous montions un projet ensemble. Un projet. Se voir. Bientôt en septembre. Se rappeler dans l’après-midi. Un documentaire radio, Inventer un autre rapport au travail. À Faux la Montage. Une Scierie. Elles et ils travaillent le bois. Salaires égaux. Directeur ou directrice tiré.e au sort tous les trois ans. Une femme qui travaille, là, elle parle de son parcours. Elle vivait à Paris. Elle a bossé dans l’édition, a été chasseuse de tête et ensuite a bossé dans je sais plus quoi. Elle dit qu’elle en pouvait plus de la merde du travail de merde par le stress de la hiérarchisation / domination. Je dis à Anne que j’aimerais connaître le parcours des autres personnes qui travaillent dans cette entreprise, auto-gestion, 25 personnes employées. Je suppose que toutes sont issues d’un milieu culturel intellectuel assez riche. Riche de quoi. Mon a priori. Faire gaffe à : ne pas sauver sa peau en oubliant celles et ceux qui n’évoluent pas dans un milieu ou cadre de vie où il est aisément possible d’établir et de penser les connexions nécessaires pour : vivre une telle bonne vie. Les plus pauvres. Les pauvres. Les salauds de pauvres. Appeler Denis, pour les papiers qui manquent, pour la carte grise, pour la voiture. Il répond. Il est au volant. Il conduit. Ça coupe. J’appelle mes parents. Denis me rappelle. Il m’envoie par internet les papiers nécessaires. On fait un petit repas tendre et simple, le soir, dans la cuisine. Entre 13h00 et 22h00 je fais du pain. Il est prêt pour demain.
 
 
 
 
 
8 septembre 17. Un vendredi.

« On parle longtemps dans les ruines du monastère. Quelque chose du désir — sexuel — renaît ici. »

C’était le 24 août.

La mystique, chez Haenel. Le désir, la mystique, la parole, la sexualité. Je pense au personnage du moine dans Le Grand Jeu de Minard. Le moine est en fait une nonne.

Tiens ferme ta couronne.

Le Grand Jeu.

Selles dans boîte blanche. Laboratoire. Vélo. Aller au marché. Acheter. Des légumes. Le gentil producteur. Regarder le producteur chez qui j’allais avant, chez qui je ne vais plus. Retour maison. Re-départ. Croiser Tamara. Au bord de l’Erdre. Elle fait des échauffements. Avant de courir. Elle propose de se rappeler pour, se voir. Je dis oui. Ne plus se voir. Se perdre de vue. Préfecture. Merde. J’ai pas la clé de l’antivol pour le vélo. J’entre dans la préfecture avec le vélo. Je prends la file d’attente. Un œil sur le vélo. Je donne les papiers à la fonctionnaire. C’est bon. Retour maison. Sur le Chemin, rue Pitre Chevalier, Loïse, qui sort d’un immeuble. Tu sors de chez toi ? Non, de chez ma psy. Je lui demande comment ça va. Elle dit là je vais pas pouvoir te répondre. Je dis c’est marrant je viens juste de croiser Tamara. Loïse fond en sanglot. Je ne vais pas rester, Marc, on s’appelle. Oui. Oui. Oui voyons-nous.

Réponse de Théo à une question que je lui pose par e-mail ce matin :

« Le nom du mouvement politique est l’ARP. Plus d’infos, aller sur google, tu tapes « RDC : ARP de Faustin Munene  » »

En Colombie, la mafia veut elle aussi négocier la paix.
 
 
 
 
 
9 septembre 17. Un samedi.

De quoi suis-je l’immigré. En quoi suis-je immigré. En qui et de qui suis-je immigré. De quoi suis-je l’immigrant. En quoi suis-je un immigrant. De qui suis-je l’immigrant. En qui. De quoi je suis le nègre. De qui et en quoi et en qui suis-je le nègre. En quoi suis-je la gouine ou le pédé, de quoi et de qui et en qui suis-je la gouine ou le pédé. En quoi suis-je le trans ou la trans. De quoi, de qui, en qui suis-je le trans ou la trans. En quoi suis-je une femme. De quoi ou de qui ou en qui suis-je une femme. Et le fasciste. En quoi ou de quoi, et en qui et de qui suis-je le fasciste. De quoi suis-je le pauvre. De qui et en quoi et en qui suis-je le pauvre. De qui et en quoi et en qui et de quoi suis-je communiste. De quoi suis-je le riche. En qui et de qui suis-je le riche. En quoi suis-je le riche. Et l’analphabète, et le révolutionnaire, et l’esclave et l’esclavagiste — et le prolétaire — de quoi et en quoi et en qui et de qui suis-je l’analphabète, et le révolutionnaire, et l’esclave et l’esclavagiste ? Et le prolo.

Avec Anne, soirée chez Christina et Guillaume, avec Carla et Vincent qui nous rejoignent.

On parle de Zénon d’Élée. On parle d’Achille et de la tortue. D’une flèche qui n’atteint jamais sa cible.

On se dit à mardi. Pour la manif du 12.
 
 
 
 
 
10 septembre 17. Un dimanche.

3 articles de Mediapart.

« En Syrie, la phase de “désescalade” est loin d’être achevée ». Entretien avec Bassma Kodmani — pdf ici.

Retour sur la situation porte de la Chapelle — pdf ici.

Syrie: les véritables objectifs du raid israélien contre Masyaf — pdf ici.
 
 
 
 
 
11 septembre 17. Un lundi.

Proposition pour le « nous 11h11 » de septembre :

11h11. Nantes. Ciel gris, avec lumière. Bureau, côté jardin. Je raccroche d’une brève conversation avec C qui m’annonce le report, à nouveau, de mon intervention à la maison d’arrêt d’Angers. A vient de descendre l’escalier. Dehors, sonnerie de la reprise des cours au collège ou lycée Blanche de Castille. Acouphène, surtout dans l’oreille gauche. Soufflerie de la ventilation du petit ordi. Sur la table, mille objets — réellement mille ? Une cinquantaine de livres, des feuilles, des carnets, des livrets, des dépliants, des agendas, des stylos, des crayons, des feutres, des marqueurs, un appareil photo, un mètre dérouleur, deux rouleaux de scotch dans leur dévideur, des lunettes de piscine, un casque audio, une tasse de café et une thermos, des lunettes pour corriger la presbytie, une baguette chinoise, un morceau de papier sopalin, un cutter, des lames — larges — pour le cutter, un tube de colle, un tournevis, un taille-crayon, un cure-oreille en bois, un étui à lentilles, une boite avec des flacons de collyre, une boîte en carton avec des agrafes, deux téléphones, un dit fixe, sans fil, un dit portable, des briquets, des marques-pages gris métal, des clés usb, des lunettes pour protéger du soleil, un rouleau de scotch « hirschorn », une gomme, un journal écrit en caractère chinois, une lampe de bureau. Mille et une prothèses. Au mur, cinq cartes postales, des feuilles de divers formats, dont quelques dessins, d’enfants, et de personnes légalement majeures, aussi, une lettre, une petite affiche pour une soirée poésie à bordeaux, des autocollants, des tickets de caisse, des justificatifs d’envoi de courrier avec avis de réception, l’impression d’une carte topographique avec parmi les légendes celle-ci : « principaux check point policiers ». Tee-shirt mauve, vieux gilet côtelé troué aux coudes avec bouts de manches élimés, blue jean déchiré au niveau des deux genoux, chaussures de marche à lacets orange.

intéressé / par / proposition / classes / moyennes / tiens / ferme / ta / couronne / merci / merci
 
 

Contre les ordonnances. Mouvement social, moment de vérité
https://www.mediapart.fr/journal/economie/110917/manifestations-contre-les-ordonnances-test-grandeur-nature-pour-la-cgt

L’état d’urgence permanent arrive à l’Assemblée
https://www.mediapart.fr/journal/france/110917/l-etat-d-urgence-permanent-arrive-l-assemblee

Les conservateurs en passe de se maintenir en Norvège
https://www.mediapart.fr/journal/international/110917/les-conservateurs-en-passe-de-se-maintenir-en-norvege

Elliott a fait une offre sur le concepteur de logiciels Gigamon
https://www.mediapart.fr/journal/economie/110917/elliott-fait-une-offre-sur-le-concepteur-de-logiciels-gigamon

1,6 milliard d’euros chaque année pour Défense française de 2019 à 2022
https://www.mediapart.fr/journal/france/110917/16-milliard-deuros-chaque-annee-pour-defense-francaise-de-2019-2022

Quatre-vingt-dix entreprises sont responsables de 50% du réchauffement climatique
https://www.mediapart.fr/journal/international/110917/quatre-vingt-dix-entreprises-sont-responsables-de-50-du-rechauffement-climatique

VW va investir des milliards dans les voitures électriques
https://www.mediapart.fr/journal/economie/110917/vw-va-investir-des-milliards-dans-les-voitures-electriques

L’UE ne comprend pas l’arrêt des importations chinoises de fromages
https://www.mediapart.fr/journal/economie/110917/lue-ne-comprend-pas-larret-des-importations-chinoises-de-fromages

 
 
 
 
 
12 septembre 17. Un mardi.

Finalement Ernesto va à la manif. Pourquoi n’y serait-il pas allé ? Il n’y serait pas allé pour cause d’inadéquation entre idéal révolutionnaire et réalité pas idéalement révolutionnaire et hontes — mettons-les au pluriel — conséquentes. La honte est une grosse bouse de merde se dit Ernesto. Okay. Je vais. Faire. Ce que je peux — faire. À savoir, se dit Ernesto, aujourd’hui : participer a minima au faire nombre, à défaut d’être serein quant à cette foutue adéquation pensée(s) / action(s). L’erreur, se dit-il — mon présent et lent et long et laborieux ratage —

« Encore. Dire encore. Soit dit encore. Tant mal que pis encore. Jusqu’à plus mèche encore. Soit dit plus mèche encore.

Dire pour soit dit. Mal dit. Dire désormais pour soit mal dit.

Dire un corps. Où nul. Nul esprit. Ça au moins. Un lieu. Où nul. Pour le corps. Où être. Où bouger. D’où sortir. Où retourner. Non. Nulle sortie. Nul retour. Rien que là. Rester là. Là encore. Sans bouger.

Tout jadis. Jamais rien d’autre. D’essayé. De raté. N’importe. Essayer encore. Rater encore. Rater mieux.

D’abord le corps. Non. D’abord le lieu. Non. D’abord les deux. Tantôt l’un ou l’autre. Tantôt l’autre ou l’un. Dégoûté de l’un essayer l’autre. Dégoûté de l’autre retour au dégoût de l’un. Encore et encore. Tant mal que pis encore. Jusqu’au dégoût des deux. Vomir et partir. Là où ni l’un ni l’autre. Jusqu’au dégoût de là. Vomir et revenir. Le corps encore. Où nul. Le lieu encore. Où nul. Essayer encore. Rater encore. Rater mieux encore. Ou mieux plus mal. Rater plus mal encore. Encore plus mal encore. Jusqu’à être dégoûté pour de bon. Vomir pour de bon. Partir pour de bon. Là ou ni l’un ni l’autre pour de bon. Une bonne fois pour toutes pour de bon. »
— mon présent et lent et long et laborieux ratage — rater, rater mieux encore — , étant de commencer, encore, avec la pensée, de partir de l’idée, encore, pour aller à l’action et à la pratique. Et, ne pas même y aller — à l’action. Du moins ne pas aller vers celle seule vers laquelle je veux, aller — Ernesto clown de l’aporie ? — celle produite par l’idéal — uh ! — celle-là sans une once d’aspérité avec la réalité des corps, la possibilité des conflits, des désaccords, des nécessaires affirmations.

Aucune action ne s’est jamais réalisé autrement que par une nécessité de corps — nécessité des corps, que la pensée accompagne. Tout mouvement inverse — demander au corps de suivre la pensée — est mortifère comme Ernesto salopé en vieux pépé la mort de peur, avec sa face triste, grise. Encore. Un effort. Pour comprendre.

Pour comprendre, pratiquement — c’est-à-dire dans la pratique, oui — que le courage se tient, également, mais pas seulement, dans la bonne compréhension de ce que je peux — faire. Et que c’est par là où je peux — faire — , et faisant ce que je peux, que la seule adéquation pratique / théorique peut se développer, par les faits, dès lors, et non par le vouloir de sa réalisation.

Toi tu prends le bus parce que tu n’as pas de vélo et moi comme j’ai un vélo et qu’une des composantes de notre amour peut poser son cul sur la selle du vélo et une autre attendre le bus avec nos deux corps parlant de la possibilité d’une rencontre entre la sorcière Starhawk et le docteur Tiqqun, par exemple, alors, on attend le bus en parlant de nos corps qui mouillent et bandent, présentement, rapport à l’émotion qu’on s’est trafiqué en marchant, en parlant, se parlant, puis, quand le bus est là tu montes dans le bus avec l’une des composantes de notre amour et je pose une autre des composantes de notre amour sur la selle du vélo et on se retrouve quatre arrêts plus loin, là où la ligne est coupée — rapport à la manif d’aujourd’hui.

[Ici, afin que ma cousine Madeleine fermière âgée de 87 ans puisse profiter des lignes ci-dessus, là où les mots Starhawk et Tiqqun ont été utilisés, il va me falloir : soit expliciter qui ou quoi désigne ces deux mots, soit inventer de la fiction ou encore autre chose qui permettra et à celles et ceux qui connaissent et à celles et ceux qui ne connaissent de recevoir à égalité — autant que faire se peut — une information de type littérature inclusive. Ce commentaire faisant clairement partie d’une littérature quant à elle encore non-inclusive.] [rater, rater mieux encore]

[il n’y aurait pas d’écart majeur entre un désir révolutionnaire littéraire et un désir révolutionnaire et un désir révolutionnaire et un désir révolutionnaire]

Dans les faits, ce jour, Ernesto parvient à comprendre, grâce à Minerva, qu’il appelle aussi parfois mon amour — regrettant quand il dit mon amour, toujours regrettant de s’être laissé aller à l’usage de ce mon possessif, oh | eh \ bref — , Ernesto parvenant à comprendre aujourd’hui grâce à Minerva et aussi grâce à lui — nécessairement — et aussi grâce à la situation générale et aussi via la situation particulière d’elle et de lui à un moment donné dans la cuisine quand Minerva dit Echtelekomak Parlafou’nalimen, et qu’Ernesto entend Azilamokeur Encouchoviva, Ernesto comprend qu’il serait juste super malheureux, malheureux méga triste et qu’il se sentirait encore un peu plus pépé la mort que la dernière fois quand il est allé amener l’ordi à la réparation et qu’il se sentait comme la vieille dame dans la boutique avec lui, je comprends pas, je comprends pas, je comprends pas… Ernesto se sentirait méga méga méga méga méga triste… s’il n’allait pas à la manif.

Ernesto, donc, décide d’aller à la manif, j’y vais, nous y allons, Minerva et moi. Et Minerva grimpe dans le bus avec la grâce qu’on peut lui imaginer — si l’on aime imaginer— , et moi je la suis — verbe suivre — en vélo.

Beau cortège.

Vers 17h02, après une course devant une rangée de gardes mobiles eux-mêmes courant — ne souhaitant d’aucune manière établir le contact avec eux, je vois, au loin, la sombre silhouette d’un héros modeste — avec qui je ne suis pas en paix. À 17h26, je vois passer deux fées de la zad — avec qui je ne suis pas en paix.

Il n’y a pas de héros dans la vie réel Ernesto. Il n’y a pas de fées dans la vie réel Ernesto. Il y a des faits, oui. Il y a des femmes et des hommmes et des arbres et toutes sortes de plantes et toutes sortes d’animales et d’animaux femelles et mâles et de la pierre et des métaux et du béton et de l’uranium enrichi ou non enrichi et toutes sortes de matériaux et toutes sortes d’êtres vivantes et vivantes en relations les unes et les uns avec les autres et ces relations sont des relations d’alliances ou conflictuelles et ces alliances et ces conflits sont plus ou moins consciemment véccus mais quel que soit le degré de conscience et de compréhension de ce qu’il en est des causes produisant alliances et conflits ces relations sont réellement vécues.
Charges des crs. Charges de la bac. Détonations. Arrestations.

Suivant à distance la deuxième partie — le deuxième temps, moment — de la manif. L’hélicoptère de la police à hauteur du haut des immeubles. Jamais vu aussi bas. Caméras embarquées zoomant sur les visages — non pour filmer leur joie ou leur colère ou quelque rage, mais pour identifier. Identité. Fichage.

Prochaine manif à Nantes le 20 septembre.

Puis. Une bière et deux avec Minerva, en terrasse du Bon Pasteur. C’est le nom d’un troquet. C’est qui ce bon pasteur ?

Puis. Tour en vélo, solo, pour notation de quelques-uns des poèmes du jour.
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
 
Puis. On se retrouve au Rital. C’est le nom d’une pizzeria. Douceur. Retour à pied et vélo. On se fout des gentils petits doigts dans nos gentils petits culs. On bande et mouille et caresses dans la marche. Une composante de l’amour sur une selle, l’autre se tortillant, un coup en haut un coup en bas, de droite et de gauche — je parle du mouvement du rebondi des fesses, du roulement d’un cul — , j’extrais la queue de Minerva hors de son blue jean, la suce à l’ombre d’un platane. Plus tard, un gars n’a pas de téléphone portable pour appeler son pote devant chez qui il vient d’arriver. Minerva lui prête le sien. Vous n’allez pas partir en courant avec, hein ? Non, il ne part pas en courant avec.
 

 
 
Pendant ce temps-là en Colombie. Pendant ce temps-là en Afghanistan. Pendant ce temps-là au Kurdistan. Pendant ce temps-là, en Palestine. Pendant ce temps-là à Kinshasa. Pendant ce temps-là à Moscou. Pendant ce temps-là à Aulnay-sous-Bois. Pendant ce temps-là à Fleury-Mérogis. Pendant ce temps-là dans la tête de Macron. Pendant ce temps-là dans la tête d’un professeur de philosophie responsable du programme enseignement pour le Front National. Pendant ce temps-là dans la tête d’un professeur de philosophie spécialiste de Spinoza. Pendant ce temps-là à Khartoum, au Soudan. Pendant ce temps-là à Détroit. Pendant ce temps-là en Syrie, en Irak, en Italie, en Grèce. Pendant ce temps-là, à Port-Boyer — c’est le nom d’un quartier, à Nantes. Pendant ce temps-là, là, où tu vis.
 
 
 
13 septembre 17. Un mercredi.

Lever tôt vers 4h00.

Finir la lecture du Grand Jeu de Minard.

« Et si le secours, au fond, n’avait rien de personnel ? S’il était aussi impersonnel que la vie ? S’il était porté et reçu par tout autre chose que des individus ? S’il était toujours porté par un étranger ? Un étranger avant tout plutôt qu’un ennemi ?

N’est-ce pas le cas la plupart du temps ? Les pompiers, les secouristes, les médecins, les chamanes qui nous portent secours sont et doivent être des étrangers. Cela figure dans le serment d’Hippocrate : ne pas soigner ses proches. Parce que c’est dangereux pour les deux parties.

Le type absolument à bout de force, blessé, déshydraté, exsangue, choqué, au bord du délire d’épuisement ne peut être secouru que par un étranger. Son ami, son second de cordée devient dans ces circonstances un étranger, le seul lien qu’ils ont est alors celui du soutien. Le plus archaïque, le plus ancien, le plus involontaire des liens ? Le plus neutre. Aussi neutre et aussi opaque que les mouvements des organes et la formation du fœtus.

Si l’ami ne s’oublie pas comme tel, ne s’abstrait pas de sa relation envers le blessé, son soutien sera brouillé, vraisemblablement inefficace. Si le blessé rappelle son amitié à celui qui le secourt, il l’empêché. La technique du soin, quelle qu’elle soit, interdit toute relation personnelle. Elle permet aux deux personnes de s’en garder, de passer sur un autre plan, indifférent, désaffecté, urgent. La vie ne peut être sauvegardée que par une volonté et un enchaînement de faits aussi impersonnels que ceux qui l’ont fait apparaître.

Faut-il passer par la désaffection pour garder son ami, pour sauver sa vie ?

Par une désaffection profonde, sans calcul, sans condition, qui serait pure place laissée à l’autre et qui n’aurait rien d’un garant. »

Pages 166-168.

Et quelques extraits retrouvés de Tiens ferme ta couronne, notés sur une feuille volante.

« avant tout quelqu’un qui avait compris que le feu a disparu, dis-Je. Le feu qui animait les humains n’existe plus, Cimino le sait ; il est même l’un des rares à le savoir.

Il y a eu du feu, et ce feu a traversé Robert De Niro, Christopher Walken ou Meryl Streep dans The Deer Hunter ; il a enveloppé dans son immense flamme le monde des immigrés d’Europe de l’Est dans La Porte du paradis, et les a portés jusqu’au massacre final ; « il a donné sa volonté de vivre, son intensité, son innocence à Ella Watson, votre personnage, dis-je à Isabelle Huppert, mais aujourd’hui, le feu a tari, comme une vieille source : tandis que toutes les civilisations étaient fondées sur l’idée de garder le feu, notre civilisation est celle de l’extinction ; elle a horreur que ça brûle et s’est arrangée pour que le feu meure — pour que nous vivions au milieu de cendres ». »

Page 197.

« cette accélération était peut-être le présage d’une vie nouvelle, d’une vie enfin vécue, où je m’accorderais à ma propre vitesse, à ma propre lenteur »

Page 259.

« Et voici que dans ma folie je hurlais qu’il fallait épargner la baleine »

Page 277.

« la nervure même du temps, c’était la mise à mort. Chaque acte, en secret, récitait un meurtre. »

Page 323.

Page 325,

le trou dans le drap en feu (dans La porte du Paradis. Penser au trou — par le feu ? — dans le livre — la bible ? — trouvé par Ernesto dans La pluie d’été de Duras.

À propos de la manif d’hier, Yahya me dit qu’il trouve qu’ils sont vieux les manifestant.e.s qu’il a vu.e.s à la télé. Je dis à Yahya que la télé filme les vieilles et les vieux qui manifestent. Qu’elle ne filme les jeunes que lorsque les jeunes cassent.
 
 
 
 
 
14 septembre 17. Un jeudi.

Le projet de loi antiterroriste adopté en commission — ici.

Une ordonnance chez le médecin. Madame le médecin. La secrétaire. Les patients.

Le gouvernement ne tolèrera pas le blocage de la France dit Castaner — ici.

L’homme qui n’est ni le père ni le confesseur d’Ernesto est un clown triste au moment du bonjour qu’il ne dit qu’à peine et un clown hystérico-souriant muet tel le Joker de Batman au moment de l’au revoir. Cet homme est un psychanalyste. L’Anti-Œdipe est un livre.

Le site Révolution Permanent relaie la lettre ouverte du Front Social adressée « aux syndicats, associations, fronts de lutte et formations politiques ».

Une pharmacie. Une pharmacienne — madame la pharmacienne — qui parle avec une bourgeoise. Kezaco une bourgeoise? Le monde de la bourgeoisie de Claude Chabrol, toujours là. Le vieux monde toujours là.

Le site Paris Lutte Info publie un article titré Rassemblement en solidarité avec les inculpé-e-s de la keufmobile brûlée

Une fête familiale de quartier, sur la place Canclaux. La catastrophe. Ernesto spectateur de la catastrophe. Spectateur et acteur — passif mais néanmoins acteur par sa présence. Toute passivité participe des actions en cours. La dépression est l’état de l’être passif et en cela acteur de la catastrophe.

Catastrophe, entendu au sens de Walter Benjamin, comme désignant le fait que cela continue comme avant.

En même temps ça craque de partout. Oui.
 
 
 
 
 
15 septembre 17. Un vendredi.

« Il cherche à exorciser une histoire qui est aussi une malédiction. II veut que le système traditionnel établi à partir du meurtre gratuit et d’une cupidité sans limite soit purifié et racheté sans autre effusion de sang — c’est-à-dire sans se remettre en question — et sans contrainte extérieure. Mais les systèmes en place ne se régénèrent jamais, non pas tant parce qu’ils ne le souhaitent pas mais parce qu’ils ne le peuvent pas. Ils ne le peuvent pas parce que leur existence même a toujours dépendu d’une force qu’ils ont dû maîtriser. Cette domination est la clef de leur identité, le triomphe et la justification de leur histoire et c’est sur elle qu’ils assoient leur bien-être matériel. C’est une chose de voir les erreurs et les excès dont cette histoire, qui est maintenant partie intégrante de votre personnalité, est remplie ; c’en est une autre de comprendre que, pour des millions de gens, cette même histoire n’a été qu’un joug intolérable, une horrible prison, une tombe. Ce n’est pas facile d’admettre que la vie de millions de gens dépend de la destruction rapide de cette histoire même si cela entraîne l’abaissement ou la mort de ceux qui en sont les héritiers. »

No name in the street… chassés de la lumière — , James Baldwin. Page 57. Livre de Poche.

Ernesto.

« il me parut avoir, émotionnellement, cessé d’exister. J’eus l’impression qu’il s’était arraché à une adolescence prolongée et tourmentée pour entrer avec soulagement dans un âge mûr précoce, n’ayant rencontré que des théorèmes sur son chemin. »

No name in the street… chassés de la lumière.

Page 64.

« je veux dire qu’il semblait pouvoir aimer uniquement les faibles. Il y a des années que je n’ai pas revu cet homme et j’espère que tout ce que je viens de dire s’est révélé faux. Bref, j’espère qu’il a été capable de vivre. »

« J’ai toujours été frappé, en Amérique, par une pauvreté émotive si grande, une peur si profonde de la vie et des rapports humains qu’aucun Américain ne me semble capable d’établir un rapport organique, viable entre son comportement public et sa vie privée. C’est ce qui les rend si déconcertants et si émouvants, si exaspérants et si peu dignes de confiance. »

« Cet échec de la vie privée a toujours eu des effets désastreux sûr le comportement public américain et sur les relations entre Blancs et Noirs. Si les Américains n’avaient pas aussi peur devant leur moi intime, ils n’auraient jamais eu besoin d’inventer ce qu’ils continuent d’appeler « le problème noir » et ils ne dépendraient pas aussi étroitement de lui. »

Page 65.

« Les gens paient pour leurs actions mais aussi pour ce qu’ils ont accepté de devenir. Leur punition est très simple : c’est la vie qu’ils mènent. Mais le drame, c’est que la somme de ces abdications individuelles menace la vie dans le monde entier. »

Page 66.

« il essayait d’aller à l’école, de recevoir une éducation, dans un pays ou ce mot est synonyme d’endoctrinement si vous êtes blanc, et d’asservissement si vous êtes noir. »

Page 72.

Remplaçant blanc par riche — de quoi — , noir par pauvre — de quoi — , puis riche par homme — en quoi — , pauvre par femme — en quoi — , remplaçant, non : associant. Encore dans la binarité.

Des 0 et des 1. Le règne de l’informatique.

Des zéros. Des nul.le.s. Des héros. Des uns. Des êtres séparés.

« Quelles que soient les illusions de son maître à ce sujet, l’esclave sait, lui, qu’on l’appelle esclave parce que sa virilité, lui a été enlevée (ou peut l’être ou le sera un jour). Être un esclave signifie que votre virilité est menacée, et l’affection qui a pu s’établir entre certains maîtres et certains esclaves ne change rien à cette réalité brutale. Dans le cas de l’esclavage américain, le Noir s’est vu supprimer ses droits sur sa femme et ses enfants, et tous les bâtards que l’homme blanc engendrait dans le corps des femmes noires recevaient automatiquement le statut de leur mère. Les Noirs n’étaient pas les seuls étalons dans les élevages d’esclaves des domaines sudistes. Cette association, qui excluait tout amour et enrichissait financièrement les maîtres, leur donnait toute licence, sexuellement et commercialement, mais en même temps elle les dépouillait de leur responsabilité humaine à l’égard de leurs femmes, de leurs enfants et d’eux-mêmes. Les échos de ce blasphème résonnent encore dans ce pays, à tous les niveaux, publics et privés. Quand l’homme saisit ma queue, je nevis pas en lui le pédé que d’ailleurs il n’était pas, si le fait d’avoir une femme et des enfants, une maison, des voitures et une situation puissante et respectable signifie quelque chose. Je regardai ses yeux et je pensai avec tristesse : La vie qui n’est pas soumise à la conscience ne vaut pas la peine d’être vécue. Ce qu’il y a de terrible chez ces êtres sans amour, c’est qu’ils doivent se doper pour pouvoir simplement toucher un être humain. Mais ils se trompent alors de personne, non seulement parce qu’ils sont devenus aveugles et ont perdu le sens du toucher, mais parce qu’ils n’ont plus aucun moyen de savoir qu’un contact sans amour est un viol, qu’il concerne un homme ou une femme. Quand les êtres sans amour prennent le pouvoir, quand le désespoir sexuel triomphe, la sexualité de l’objet représente une menace ou une fantaisie. Que la plupart des hommes choisissent d’avilir les femmes ne peut réjouir ni celles qui sont les victimes, ni les autres. Lorsque l’on regarde la réalité en face, surtout si l’on est un homme noir, on doit admettre que ce choix n’est pas si sûr qu’il ne paraît. Le besoin impérieux qu’ont les hommes d’en avilir d’autres précisément parce que ce sont des hommes est une réalité sur laquelle l’histoire nous interdit de nous appesantir. Il est absolument certain que les hommes blancs, qui ont inventé l’énorme queue noire du nègre, sont toujours poursuivis par ce cauchemar et presque tous condamnés à essayer de s’approprier cette queue : on peut mesurer là les progrès qu’a faits le monde chrétien pour s’éloigner de la jungle où, manifestement, il tient à garder les Noirs.

En Amérique, tout homme noir paie d’un prix exorbitant le droit de marcher : car les hommes sont différents des femmes : leur équilibre dépend du poids qu’ils portent entre leurs jambes. Qu’ils l’admettent ou pas, qu’ils s’en accommodent ou en soient les victimes, tous les hommes partagent cette connaissance : un homme sans couilles n’est pas un homme ; ils savent que le mot genèse décrit le mâle, implique le phallus et se réfère à la semence qui donne la vie. Quand un homme ne peut plus respecter cela chez un autre homme — même si celui-ci est son amant — c’est qu’il a renoncé à sa condition d’homme et cette abdication sera bientôt suivi du chaos. »

Pages 74-76.
 
 
 
 
 
16 septembre 17. Un samedi.

Faisant de bon matin la vaisselle, mon amour, j’écoute sur la France Culture Raymond Aron en 1975 utiliser le mot progressivement tandis qu’il est en train d’expliquer qu’aujourd’hui, en 1975, on ne peut être que révolutionnaire ou anti-révolutionnaire et par ailleurs qu’il croit qu’il n’y a pas de politique sans violence mais qu’il déteste la violence et que la violence révolutionnaire a toujours produit d’autres maux que ceux qu’elle détruisait, expliquant par conséquent qu’il était anti-révolutionnaire donc démocrate et libéral.

Je me souviens de Godard, à propos du mot doncc’était en juillet 2011 :

«Les Grecs nous ont donné la logique. Nous avons une dette envers eux pour cela. C’est Aristote qui est à l’origine du grand “donc”. Comme dans “je ne t’aime plus, donc…” ou “je t’ai trouvé au lit avec un autre homme, donc…”.

On utilise ce mot des millions de fois, pour prendre nos décisions les plus importantes. Nous devrions commencer à payer pour cela.

Si on payait 10 euros à la Grèce à chaque fois qu’on utilise le mot “donc”, la crise serait finie en un jour, et les Grecs n’auront pas à vendre le Parthénon aux Allemands.

Nous avons les outils technologiques pour traquer tous ces “donc” sur Google. On peut même facturer les gens par iPhone.

À chaque fois qu’Angela Merkel dit aux Grecs “Nous vous avons prêté plein d’argent, donc vous devez payer », elle devra donc leur payer des royalties”.»

Raymond Aron, utilisant le mot progressivement pour défendre la modalité de vitesse et de pratique politique de la démocratie et du libéralisme — masquant sa et ses violences car il n’y a pas de politique sans violence — contre la violence de rupture du ou des faits révolutionnaires. Pour la première fois j’entends que progressivement est formé à partir de la même racine que le mot progrès — le gros allié du conservatisme.

Avec S, dans le train, entre Nantes et Massy, nous parlons fantasmes sexuels — S, tout en tricotant une écharpe noire pour l’hiver qui vient, prononçant le mot situation, pour énoncer des situations sexuelles qu’elle imagine et qu’elle imagine pouvoir vivre, et le mot fantasme, pour désigner des fantasmes sexuelles qu’elle n’imagine pas vivre et dont elle n’envisage rien d’autres pour eux que de leur conserver leur caractère de fantasme.

« C’est comment la vie sans Facebook » demande Léa.

En fin de matinée, S passe une heure avec le fils de Pablo Escobar, au Brelan, c’est un bar P.M.U, à Paris, rue Beaubourg. Le fils de Pablo Escobar parle à S de son père Pablo Escobar. S s’ennuie. Heureusement, elle a cette écharpe noire à finir de tricoter, pour l’hiver qui vient, cette écharpe noire en cours de tricotage. Elle poursuit ainsi, son tricotage, tandis que le fils de Pablo Escobar lui parle de son père Pablo Escobar. À un moment donné S demande au fils de Pablo Escobar si comme la majorité des françaises et des français son fantasme sexuel numéro un et de baiser avec une femme ou un homme de pouvoir. Ce à quoi, le fils de Pablo Escobar, précisant qu’il est de nationalité colombienne, lui confit que son fantasme est de passer l’aspirateur, nu, devant de vieilles dames — dans leurs appartements, de préférence de grandes bourgeoises, avec grand salon dans leur appartement — qui pourraient le toucher si elles le souhaitaient, mais seulement avec les mains, ou les doigts, lui se refusant de les pénétrer, de quelque manière que ce soit.

Je repense à la soirée avec Yahya. Était-il triste. Était-ce ma tristesse.
 
 
 
 
 
17 septembre 17. un dimanche.

Gina est une enfant humaine âgée de 3 ou 4 ou 5 ans. Zeno est un chat non-humain un peu plus âgé que Gina enfant humaine. Tous les deux ce soir sont très énervé.e.s peut-être à cause de notre présence, non habituelle — chez eux.

Olivier et Perrine racontent l’histoire de Cheval Confiance à Gina depuis un et deux et trois ans et plus ou moins et parfois c’est le père ou la mère d’Olivier ou Perrine qui raconte l’histoire et conséquemment Cheval Confiance en fonction de qui raconte l’histoire — qui s’écrit chaque soir, par qui la raconte — traverse des expériences extrêmement diverses.

Souvenir évoqué d’une marche dans la nuit, noire, l’été, « au-dessus » de Lodève, suite à la panne d’une voiture.

Une tartelette, offerte par Gina. Bien sûr qu’elle se souviendra de nous l’avoir offerte, demain, et si demain elle la retrouvait là, chez elle, alors qu’elle nous l’a offerte — un affront ?

« Que je sauve ma peau » — parlant avec Olivier.
 
 
 
 
 
18 septembre 17. un lundi.

Pensant au mot « collectif », ces notes : jouer collectif, le sport, jouer la gratuité, une action, le mot « collectif » et le mot « commun » et le mot « collectif » et l’action commune et la communauté, une vie, commune, les ouvriers sur le chantier, les filles et les gars de la zad, une communauté, de vie, mauvaise troupe est un collectif à l’intérieur d’une communauté, de vie, un collectif , peut naître, d’une situation, par une action, dans une situation.

Évaluation diagnostic en CP.

Saint-Avold. Barrage filtrant mis en place par des routiers.

La fréquence des pub sur BFM, vers midi, dans le restaurant turc Anatolien. Le nombre de pubs pour des voitures. Le mec, qui conduit, qui sort de la voiture et qui est rejoint pas une femme, il lui donne la clé, elle prend le volant — dans deux pubs.

Didi, le Uber chinois débarque en France.

Didi. Uber.
 
 
 
 
 
19 septembre 17. un mardi.

Fred, le soir. Olivier. Zen. Défonce. Accepter. Quoi la révolution. Le contact, avec l’essentiel, perdu. Que dit Fred, à propos de Marx ? Le système capitaliste se réapproprie tout. Hier soir, le comité invisible comme lecture chic de l’intelligentsia bourgeoise. C’est un bourgeois qui vous parle. C’est la haine d’un bourgeois qui se venge. De la tristesse — jour 261.17 — qu’il ressent. Apitoiement zéro. Penser à — reprendre la lecture de — Pétrole, Pasolini.
 
 
 
 
 
20 septembre 17. un mercredi.

Hurlement dans la nuit. Envie de me taper la tête contre les murs. De tout défoncer. De tout arrêter. De quitter la chambre et de marcher seul dans les rues jusqu’au départ du train. Quoi m’empêche de vivre — et pourtant je vis. Je ne veux pas que tu vives — est-ce que je pense un truc pareil ? Un assassin. Sans la possibilité du crime. Morale opérante. Un géniteur. Sans la volonté de procréer. Reproduction non-opérante. La vie sexuelle, de Spinoza. La vie sexuelle d’Ernesto en pépé la mort de la classe moyenne. Vas-y, attache-moi. Que faire des classes moyennes ? Rien. Quoi faire avec. En appeler à la grande désertion. Fais-moi jouir est une injonction régnante des classes moyennes.

Injonction jouis ! — capitalisme. Injonction meurs ! — djihadisme.

Capitalisme et djihadisme de Michel Surya.

J’ai renoncé avant de naître. Ce n’est pas possible autrement. Il fallait cependant que ça naisse. Ce fut lui. J’étais dedans.

C’est comme ça que je vois la chose.
 

 
 
Après un pic-nic d’aliments de l’industrie alimentaire sur un lit dans une chambre au cinquième étage d’un immeuble du marais. Paris.

Aliments achetés au supermarché le plus cher de tout le quartier,

me dit A, dans la chambre aux murs blancs fraîchement repeints et à l’installation électrique remise à neuf,

aux normes,

— détecteur de fumée à l’obsolescence programmée.

La pile — du détecteur de fumée —

a une durée de vie de 10 ans.

Au-delà de ces 10 ans,

c’est le détecteur qu’il faut changer. Pas la pile.

Ah bon ?
 
 
 
 
 
21 septembre 17. un jeudi.

Massy Palaiseau, matin, nuit matin.

Marche dans Paris nuit matin. Des hommes noirs. La couleur d’une peau. Raciser est un verbe qui désigne l’action de stigmatiser tel type de personnes en raison de leur appartenance à l’existence d’une idéologie véhiculant le mot « race » — couleur de peau est signe d’appartenance à une race. Race blanche. Race noire. Utilisation du verbe raciser est signe d’appartenance à une race. Race intellectuelle.

R.E.R Les Halles, matin, nuit dehors, lumières permanentes des sous-sol. Des hommes noirs. La couleur d’une peau. Pauvre du non-sommeil matinal pour cause de boulot de merde du matin nuit est une race.

Massy Palaiseau, matin, nuit matin.

Les mains tremblant de l’homme qui sert les cafés et croissants sur le parvis devant la gare tgv de Massy, dans la petite roulotte rouge. La même chose vue à Beaubourg, sur le parvis — en moins pauvre, en plus Beaubeaubourg-compatible : deux espèces de caravanes servant à manger et à boire avec table — genre terrasse cool un peu comme en vacances. Les mains tremblant de l’homme qui sert les cafés et croissants sur le parvis devant la gare tgv de Massy, dans la petite roulotte rouge. Penser : « il est alcoolique ». Penser : humiliation du travail. Combien est-il payer de l’heure pour ce travail de merde ?

Faire du pain, à Nantes. Dans le four. Quelques heures plus tard.

La femme qui mendie, devant la biocoop. Son sourire. Ses remerciements, que dieu te bénisse.

Envoyer par e-mails deux présentation d’un projet.

Une société de projets.

Hier, aujourd’hui, à Nantes, manifs.

Ici, un récit de la manif d’aujourd’hui — avec des photos.

Ici un autre récit — avec une vidéo.

Et quelques réflexions ici.

Et,

je reçois des spams flixbus et ouibus et trucbus

je lis les spams

et alors je me dis que

si tu achètes une maison sur le plateau de millevaches

(et des pulls)

on pourrait se voir plus souvent

sont six lignes sur un e-mail qui en comptait neuf

et qui fut expédié ce jour

à 14h52,

par un ami qui

rend public certains textes qu’il écrit, ici

 
 
 
 
 
22 septembre 17. un vendredi.

Arrivée à Limoges vers 14h30.

A et moi qui finissons la salade riz and co — délicieuse — sur le parking .

Devant la plus belle gare du monde.

C, L, qui nous rejoignent. On les voit qui se rapprochent, sur le trottoir d’en face,

Prennent place à l’arrière de la voiture.

Il n’y a pas de sièges, derrière, mais il y a de la place.

Nous roulons en direction de A, T, N, G, A, E, V, C.

Il y des noms de lieux. Il y a les lieux.

Un village réel. Une ferme réelle. Un lac réel.

Un acronyme. CCAS.

On suppose que AS signifie Action Sociale.

Les ruines. D’un Centre de vacances d’Électricité de France.

et sur vos ruines qui sont également nos ruines nous bâtirons…

Un village réel. Une cantine. G. L. Le regard de L. Les questions de G.

Tenir journal. Quel sujet ?

Raconter nos vies.

Sous quel angle ? Quels angles ?

Sous l’angle Spinozad.

Puissance, joie, tristesse, bon.s ou mauvais endroit.s, bonne.s ou mauvaise.s alliance.s, bonne.s ou mauvaise.s rencontre.s, la raison, l’art d’organiser les bonnes rencontres, ce que l’on peut, faire, alliances, rencontres, aimables, désirables.

Voiture dans un champ de la ferme.

Nuit.
 
 
 
 
 
23 septembre. Un samedi.

Commun. Autonomie. Cosmo-politique. Affirmation politique.

Commun. Autonomie. Quelqu’un.e dit : « non idéologique ». J’entends de l’idéologique à dire « non idéologique. Avancer à tâtons. Oui.

Le — le ? — « savoir communal ». Ne pas le transmettre. Le chercher ensemble.

Quelqu’un.e dit « les gens d’ici ». C’est qui « les gens d’ici » ? Ça désigne qui ? En fonction de qui le dit.

Les savoirs nécessaires. Pour se constituer en commune. Un boulanger, une maçonne, un charpentier, une mathématicienne…

Un mouvement communal, ici.

Lac de Vassivière, là. Avec course à Obstacles La Déjantée. Tandis qu’avec C et K nous nous rendons au Centre International d’Art et du Paysage. Pic-nic sur une table. Ouverture du Centre. Œuvres d’Art. Gentillesse de la femme à l’accueil.

Le petit train touristique.

La clé de la voiture toute seule sous un banc pendant trois ou quatre heures. La retrouver là où elle est tombée. Là au sol, sous le banc.

Un Centre International d’Art et — du Paysage — sur une île artificielle.

Une réunion de préparation aujourd’hui pour une réunion le lendemain.

Telle parole depuis telle expérience vécue. Telle parole qui s’écoute penser en tee-shirt blanc et barbe bien mise. Telle parole qui a besoin de s’affirmer. Telle parole tranquille. Telle parole non accueillie se supposant non accueillable. Telle parole non émise.
 
 
 
 
 
24 septembre 17. Un dimanche.

Tandis que.

Soin. Compréhension. Oralité. Scripturalité. Nécessité de l’écriture. Quelle nécessité produit de l’écriture. Tandis que.

Si faire commune c’est se prêter serment. Si faire commune c’est : un certain nombre de personnes riche chacune d’un certain nombre de savoir-faire nécessaires à vivre et à vivre en commun. Si faire commune c’est : ces personnes et le serment qu’elles passent ensemble et la vie qu’elles vivent conséquemment ensemble.

À quelle nécessité correspond l’écriture.

La boulangère ou le boulanger, je comprends la nécessité du métier. La charpentière ou le charpentier, je comprends également. Mais celle ou celui qui écrit. Quelle nécessité d’écrire. Témoigner. Mémoire. Récit depuis telle modalité de vie et non depuis telle autre. Se réapproprier les récits. La simplicité, d’une langue. Tandis que.

Puissance de l’anecdote. Du banal. Du commun. Tandis que.

Rupture esthétique. Cosmogonie. Je serai l’analphabète de votre école. C’est quoi cosmogonie ? Telle forme,

non la trace, mais le véhicule.

Comment faire pour que la truculence d’un monde soit dans un espace.

J’ai entendu ces mots. Ils m’ont plu. Les voici, ici. Ci-dessus. Ci-dessous. J’en suis le véhicule. Voilà. Non l’auteur. Tandis que.

Penser. Et se maintenir dans une question. Habiter des questions. Nathalie Quintane. Tandis que.

Être présent à une situation. Retissage d’un rapport au monde. Partir du terrain, de la base, de la pratique. Tandis que.

Boulanger, ok, c’est pour manger. Charpentier, ok, bâtir un toit. Accueillir. Mais écrire : quoi. Véhiculer. Le récit de. Ce que nous vivons. Quelle accessibilité à ce véhicule. Tandis que.

Composer, en reliant — qualités des liens — ce qui a été délié. Tandis que.

Centraliser, c’est centraliser le pouvoir. Diversifier. Créer des multitudes. Nourrir des puissances. Tandis que.

Prêcher la bonne parole. Transmettre. Faire le récit,

d’une bonne vie — B, C, de la zad, qui parlent. Tandis que.

Comme si tu quittais (sans arrêt) / ta maison / avant même de l’habiter. Tandis que.

Une école. Un lieu, de recherches. Blablabla, situé, blablabla, commun, blablabla, communal.e.au.x.s, blablabla, cosmogonie, cosmogonie, cosmogonie, cosmogonie, cosmogonie, cosmogonie — c’est quoi ce machin ?

Savoirs, situés.

Produire et véhiculer des savoirs non séparateurs.

Objectif : véhiculer des mots qui se rapportent à une situation, des situations, et non l’inverse. Une pensée, des pensées, produites depuis les réalités pratiques de l’expérience, et non l’inverse. Puis : et aussi, et : également l’inverse, mais seulement si : « puis », ensuite, à la suite de. Ou bien. En même temps. Concomitance des mondes (animaux, plantes, pensées, énergies matérielles et immatérielles, pierres, bois, aimantations, radiations, paroles, sensations, touchers…). Non pas l’« en même temps » des je t’embrouille, je te donne ça et son contraire de roublardise et de mensonge. Non. L’« en même temps » de la concomitance des mondes

Faire avec le.s possible.s.

Faire avec le.s possible.s n’est en rien une énonciation de la renonciation mais de la disposition à la bonne vie de notre et de nos puissances. Des mots.

Puis. Le retour. La route.

Le retour. Une maison.

Notre maison.
 
 
 
 
 
25 septembre 17. Un lundi.

Reste 184 euros sur les 250 retirés à E, avant-hier. Traçabilité. Argent.

Librairie. Distributeur de billets. Stands du marché où nous achetons quelques fromages et tomates. Avant-hier. Images qui reviennent ce matin, il fait encore nuit, dans le train entre Nantes et Angers. Direction Bourges.

Ce qu’il y ,a et non ce qui manque.

« […] si je n’arrivais pas à m’armer, j’allais mettre en danger tout ce que les autres essayaient de faire et trahir leur immense effort. Après tout, il y avait très longtemps qu’ils subissaient et surmontaient cette situation sans moi et ils ne m’avaient pas demandé de venir. Je regardai l’homme patient qui mangeait à côté de moi, je le contemplai avec admiration et respect. S’il pouvait faire cela, alors les autres, ceux qui se trouvaient de l’autre côté du grillage, avaient raison d’avoir peur. S’il pouvait faire cela, il pouvait faire n’importe quoi et quand il franchirait le grillage, rien ne l’arrêterait. Mais moi je n’en étais pas encore capable. »

No name in the street, pages 88-89.

Le message de Vincent m’annonçant la mort de Pauline. Il n’écrit par morte. Il écrit partie. Mon amie Pauline est partie. Violence de nommer. Violence de. Morte. Mort. Comment on l’accueille. Comment. Cette violence. Une mort. Une morte. La mort.
 
 
 
 
 
26 septembre 17. Un mardi.

Intervention deux heures à l’IUT de la Roche sur Yon — Métiers du Livre — pour parler des ateliers d’écriture que j’ai animé en maison d’arrêt en 2015. Il n’y avait pas de budget de prévu. Je demande s’il y a un budget. On me trouve 50 euros. Si je n’avais pas demandé on ne m’aurait rien proposé. C’est ce que j’imagine. 50 euros c’est peu — par rapport aux barèmes de rémunération pour ce type d’intervention. 50 euros c’est 50 euros. Je pense à É. qui nous parle de combien elle est payée pour le boulot de serveuse qu’elle vient de trouver : 10 euros de l’heure. Je ne prépare pas ou pas assez ou peu ou mal cette intervention. Au bout d’une heure je n’ai plus rien à dire et les étudiants n’ont plus de questions. Ramer. Montrer un moment de cette vidéo — Cependant. Ramer. Retour à Nantes.

Par ailleurs.

Retour sur la soirée Poésie Civile du 18 septembre dernier. Notes :

Associant « collectif » à « anonymat ». Également à « communauté ». Le « collectif » se constituerait par le fait que des personnes s’associent pour développer une action commune (par exemple : collecter et diffuser des témoignagnes)… la communauté se constituerait par le fait que des personnes s’associent pour développer une vie commune… le collectif Mauvaise Troupe, dont certain.e.s vivent sur la zad de Notre-Dame-des-Landes… est un collectif, donc… leur action est : collecter des témoignages et faire le récit — des récits — de l’histoire révolutionnaire de ce jeune XXIème siècle, de faire le récit de l’histoire de la zad de nddl, en France, de la lutte no tav, en Italie… certain.e.s personnes du collectif vivent sur la commune qu’est la zad de nddl (site du collectif Mauvaise Troupe : https://constellations.boum.org/)… l’idée, aussi ,que la situation (tel moment) (par exemple dernièrement le contexte des manifestations et blocages et occupations lors du mouvement contre la loi travaille ! en 2016) fait que certaines personnes se retrouvent associées, intuitivement et par l’action, par la nécessité de telle ou telle action, par l’inclination de ces personnes à pouvoir développer telle ou telle action (ceci, pour la naissance d’un collectif)…

Également.

Dans les textes du comité invisible, dans la réalité des luttes, dans la vie de celles et ceux qui luttent, il est question de s’organiser, et non d’organiser. S’organiser = auto-organisation. Organiser : on organise toujours pour quelque chose d’extérieur et pour que certain.e.s exécutentt les prises de décision de qui a organisé. Le management est dans une logique de : organiser. Une zad est dans une logique de : s’organiser. Par rapport au lien, gentille provo,c fait à un moment donné, entre zad et management : le manageur ou la manageuse organise, pour l’équipe qu’elle ou il manage. Celles et ceux de la zad s’organisent, pour une bonne vie.

Extrait de notes reprises, revues. Paroles dites, revues, prolongées. Soirée Poésie Civile : « collectif(s) ».
 
 
 
 
 
27 septembre 17. Un mercredi.

« À l’occasion de la présentation du projet de loi de finances pour 2018, Olivier Rozenfeld, président d’un groupe spécialisé dans la gestion de patrimoine, vous répond : »

http://lemonde.fr/economie/article/2017/09/27/budget-2018-en-regle-generale-les-gagnants-sont-les-gros-contribuables-hors-immobilier_5192424_3234.html?xtmc=olivier_rozenfeld&xtcr=2.

À Port Boyer. Avec Vincent. Parler avec des gens qu’on ne connaît pas. Rencontrer des gens qu’on ne connaît pas. En distribuant ce fly :
 

 
 
« Il s’écoute trop et raconte des conneries », « voici France Bleu Junior. C’est Tchoupi fait du journalisme », « il faut peut-être se calmer sur les amphétamines » (sic) ou « il serait pas mal en démonstrateur à Auchan ou DJ au Macumba » : ce sont quelques-unes des appréciations qui ont été portées par des cadres de Radio France sur des journalistes pigistes lors d’un concours interne.

http://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2017/09/25/radio-france-des-commentaires-sur-des-journalistes-candidats-a-un-concours-envoyes-par-erreur_5191298_3236.html#9sRgSEGEfXGgdCSa.99.

Un message de Gislaine. Qui est en train de lire Tiens ferme ta couronne de Haenel.
 
 
 
 
 
28 septembre 17. un jeudi.

Cher Gilles. Ma grand-mère — morte il y a 16 ans — me surveille. Elle est dans sa cuisine, là, dans la rue des Picaudelles, à Chantelle, dans le département de l’Allier, en France, tandis que je pénètre dans la maison au bout du chemin, en face, j’entre dans cette baraque je ne sais plus trop avec qui et je ne vais pas la voir — la grand-mère morte du récit familiale. Plus tard, elle est au volant d’une R5 de couleur blanche, son mari mon grand-père est à sa droite, et je lui gueule dessus. Cette gueulade, geste d’affirmation désespéré qui pour l’instant ne mérite pas une publication, je te l’accorde, Gilles, et pourtant. Si je parviens à relier d’une certaine manière ce regard de flic — que j’attribue à la dame morte il y a 16 ans — à la question « pourquoi je veux faire partie des héros », je te promets — les promesses n’engagent que celles et ceux qui veulent bien \ oh / vil incise \ y croire / — une blague où toute la race des paysannes creusoises et des paysans creusois se combattraient entre elles et eux avec celles et ceux fiers et fières des champs et des manières de vivre ici vécues et chantant nous sommes là nous vivons là nous vivrons là et celles et ceux fiers et fières des économies qui leur ont permis d’acheter des R5 et des manteaux en peau de lapins morts et ces dernières et ces derniers bien décider à exiger de leur descendance d’être à la hauteur et d’obtenir les diplômes ad hoc afin d’être à même d’inventer les nouvelles R5 blanches — moins bruyantes — et les armes silencieuses — et belles — permettant non pas de tuer les lapins pour des peaux pour des manteaux mais des armes pour que tu aies de nouveaux manteaux sans mort mon amour ni exploitation visible de la papa la planète notre maman à tous et toutes et tout ça avec tout le sang et de mort et de vie de la race de la Creuse dans mes rêves de flic. Et. Quant à la manière que j’aurai de relier tout ce foin et ces vaches et ces lapins et ces races vivantes et mortes avec quelque réalité présente du côté de la montagne limousine. Ou. Et. Ailleurs. N’importe où. Mais. Quelque part. Aujourd’hui. De là, découlera la qualité de la blague.

Un e-mails, avec quelques extraits de À nos amis, à propos de la commune. Et le souvenir de la parole d’un gars de la zad de notre dame des landes, relative à la question des personnes qui se prêtent serment et qui se prêtant serment forment commune… il racontait que la commune de Notre Dame des Landes s’était constituée plus ou moins en même temps que la commune de Paris, lorsqu’un boulanger, un menuisier, un certain nombre de personnes possédant un certain nombre de savoir-faire se sont associées en commune, ont prêté serment de faire ensemble commune, par possibilité d’autonomie : pouvoir produire, ensemble, le nécessaire à une bonne vie, commune…

Made in Turkey. Made in Marocco. Made in Romania. Made in Bangaldesh. Made in China. Ernesto habillé pour l’hiver.
 
 
 
 
 
29 septembre 17. Un vendredi.

Socius, dit J, signifie « allié ». Signifie « compagnon », « associé », « allié ».

«Socius, comme le védique sákhā , « compagnon », remonte probablement à un mot indo-européen désignant le compagnon de guerre. »
 
 
 
 
 
30 septembre 17. Un samedi.

« […] car nul royaume ne peut se maintenir par la violence seule ; celle-ci n’agit pas comme se l’imaginent ses partisans. Ainsi, elle ne révèle pas à la victime la force de son adversaire. Elle lui montre, au contraire, sa faiblesse, sa peur panique, et cette révélation rend la victime patiente. Qui plus est, trop de victimes est finalement fatal au vainqueur, car il ne peut rien en faire, elles ne lui appartiennent pas. Elles appartiennent aux victimes elles-mêmes, aux gens qu’il combat. Ceux-ci le savent et leur détermination devient de plus en plus inexorable à mesure que s’allonge la liste — liste d’honneur — des victimes : ils décident que ces morts, qui sont leurs frères, ne seront pas tombés pour rien. Quand ce point est atteint, aussi longue que soit la bataille, le vainqueur ne peut plus gagner ; toutes ses forces, sa vie entière, sont ligotées par une terreur qu’il ne peut exprimer, un mystère qu’il ne sait pas déchiffrer, une bataille qu’il est incapable de gagner : il est devenu le prisonnier des gens qu’il pensait museler, enchaîner et écraser.

Le pouvoir, qui n’a pas un fondement moral, dépend pourtant de l’énergie humaine, des volontés et des désirs d’êtres humains. Quand il se change en tyrannie, cela signifie que les principes sur lesquels il s’appuyait et qui étaient sa justification, ont fait faillite. Lorsque cela se produit, comme c’est le cas maintenant, il ne peut être défendu que par des bandits, des médiocres, et des fleuves de sang. Les représentants du statu quo, écœurés et divisés, n’osent plus regarder en face leurs enfants ; tandis que les exclus, ayant survécu à tout, comprennent qu’ils sont capables de tout supporter. S’ils ne connaissent pas exactement le visage du futur, ils savent que celui-ci leur appartient. Paradoxalement, c’est la défaillance de l’énergie morale chez leurs adversaires qui leur donne cette compréhension ; ils commencent alors, presque instinctivement, à forger une nouvelle morale, à créer les principes sur lesquels se bâtira un monde nouveau. »

No name in the street, pages 103-104.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

août 17

 
 
 

30 juillet 17. Un dimanche.

Je marche jusqu’au parking devant le musée Paul Valéry. Quelle heure est-il. 14h00 ? Je retrouve Nicolas, Naor, Syla. Je grimpe dans la voiture et nous remontons jusqu’à la maison où nous logeons, Anne et moi. Nos bagages. Nos bagages emplissaient le coffre de la Xsara. On les loge comme on peut dans la voiture de Nicolas. Un peu dans le coffre, déjà bien occupé, entre autre d’un vélo, un peu au sol à l’arrière entre les deux sièges pour enfants, où je me cale, un peu au pied de Anne, devant.

Trajet tous les cinq entre Sète et C. Le soir, anniversaire de Dodo avec N, C, N et S, et ami.e.s d’ici, au bord de la rivière.

Il y a une histoire de tromperie, de trahison amoureuse, ou sexuelle, ou sentimentale, ou et les trois à la fois, bine sûr, et l’histoire une vengeance sur une voiture où la personne trahie, ou une autre personne, écrit : sale drogué !

Anne reste à C pour s’y reposer. Je nage dans la rivière, à la confluence de deux rivières, l’une fraîche et l’autre très chaude. Le passage de la fraîcheur à la chaleur de l’eau. Et inverse, au retour. La tache rouge de sang, blessure au genou, d’un des deux fils de Dodo et G, le plus âgé des deux. Faire un feu, au borde la rivière. À quoi servent les cailloux demandent un enfant. Ce sont des cailloux, en cercle, pour le foyer du feu.

Nous retrouvons Anne après le moment à la rivière.
 
 
 
 
 
31 juillet. Un lundi.

Avec A et N et C et N et S nous descendons à la rivière à midi. Rejoignons Dodo et G et leur deux fils. L’un des deux enfants, assez violent. C’est quoi : violent ? Ils jettent des cailloux sur qui et qui, frappent facilement, une telle, un tel, insulte facilement. Pic-nic, au bord de la rivière. Des images simples, tu vois. Un pic-nic au bord de la rivière en famille et entre ami.e.s avec les images d’une enfance, écrivant ces mots, qui te reviennent. Cousin Ki.
 

 
 
Remontons à C vers 16h, 17h. Sieste générale dans la maison — quant à moi dans le canapé, dehors, sur la terrasse. Quelques courses avec A, au supermarché Carrefour, place de la révolution, à Bessèges. 2 Pastis en terrasse, au soleil de la fin du jour, lumière jaune, rue Albert Chambonnet, derrière la place de la révolution.

Le soir, à C, des ti punch avec le rhum qui reste du 21 juillet. Et dans la cuisine, quand je prononce le mot dépression, parlant à N de mon état latent depuis plus d’un an, on comprend N et moi que le rouge au sol c’est du sang et que c’est le petit orteil du pied gauche de N qui saigne.

Tel activiste dont la mère est une comtesse qui lui file du fric quand nécessaire — fiction — , telles qui travaille dans l’immobilier les mois impairs — fiction —, telle qui, tel qui, autant de singularités qui chacune bricole avec telle ou telle radicalité, telle ou telle expérience de telle ou telle autonomie. Nulle pureté.

Il faudrait enquêter du côté des réseaux informatiques en tant que lieux où révolutionnairement il serait pertinent d’intervenir aujourd’hui, c’est là que ça règne, c’est là qu’il faut attaquer. Écrire, enquêter, c’est à moi de le faire dit Z, pourquoi demander à quiconque de faire ce à quoi je pense.

Quand écrire = être. Essayer de traduire ce que peut signifier une telle égalité. Signifierait en premier lieu : qu’il n’y aurait pas de hiérarchisation. Pas plus avec écrire, être, qu’avec n’importe quoi. Oui. N’importe quoi.

« N’importe où n’importe : on attend n’importe-quoi
où notre nom n’est pas défini (c’est on ou nous) —
notre attente, pas plus — on attend — nous attendons
n’importe-quoi qui se dérobe à la définition. »

C’est au début du Manifeste qui accompagnait le numéro 1 — papier — de la revue Ce qui secret. C’est Frédéric — Laé — qui a écrit ces vers-ci.

Sans attendre.

L’attente, aussi, pensant à L’attente l’oubli de Blanchot, comme synonyme de l’attention, de la disponibilité, non pas attendre quelque chose de précis, mais, ne rien attendre, ou, n’importe quoi, oui, être disponible à ce qui peut venir, advenir, et avec quoi faire.

Sans attendre, à fois pour dire : maintenant, action et attention — et confiance — dans ce matin.

Les moments d’effondrement sont des moments où plus rien de la confiance n’est accessible.
 
 
 
 
 
1er août 17. Un mardi.

Des courgettes farcies. Ce que nous mangeons. Ce que nous cuisinons puis ce que nous mangeons. Léa et Q, à C. Balade à P, juste au-dessus. A, N, C, N, S, L et Q et moi nous regardons de jolis lapins aux pelages doux enfermés dans des cages. Le soir, Noar, calme contre moi dans le canapé sur la terrasse, nous regardons les images du numéro 7 de Pli, je décris les images lorsque Noar demande — à chaque image — et ça c’est quoi ? Baïa la jeune et belle chienne est avec nous dans ce calme moment, là tous les trois sur la terrasse.

Être venu à la politique « sur le tard ». Kezaco.

Toujours pas venu ? Kezaco.

Venir, veut dire jouir, aussi.

Bamba, Lionel, Solal, Ménour.

Buvons du génépi. C’est très bon.
 
 
 
 
 
2 août 17. Un mercredi.

Rivière. Les deux eaux. Les deux eaux c’est le nom de l’endroit. Cet endroit où l’eau froide et l’eau chaude se rencontrent. Cette confluence. Nous y descendons à pied, C – avec N sur le dos – , A et moi. Y retrouvons Bamba, Lionel, Ménour, Syla, Solal. Le soir, jeu de cartes, Les loups garous et les villageois. Je ne peux pas être un loup garou (il faut mentir). Jouer à des jeux. Les jeux, comme la danse, instaurent d’autres rapports, d’autres liens, plus légers entre les êtres, plus légers que la parole pensante, produisant pensée. La gratuité du jeu. Le jeu est pour le jeu. Rarement — jamais ? — la pensée n’est que pour la pensée. Elle veut régner le plus souvent, non ? Toujours ? Je ne serai pas votre roi. Je veux être un roi. Mais pas le vôtre.
 
 
 
 
 
3 août 17. Un jeudi.

Matin. Lever tôt. Un moment avec N. Se parler. Ce moment d’intimité amicale matinale. Ce matin-ci. Les quelques lignes que N écrit chaque matin, dans son carnet. De quoi parlons-nous je ne me souviens plus. Qu’importe. Souvenir que c’est doux.

En fin d’après-midi, un spot rivière à 10 km de C. Massage par l’eau. Le ciel est couvert. La pluie. Nous rentrons. Deux nouveaux-venus arrivés cet après-midi. E, et F, qui reviennent de Longo Maï. Une femme représentera les zapatistes du Chiapas au prochaines élections eu Mexique, non pour être élue et régner, mais pour porter la parole, les paroles des zapatistes. Couscous, à C. Concert de Ma Click à Peyremale. Musique. Danse. Alcool. Tirer sur un joint. Anne solo à C. Pas solo. Avec les enfants, qui dorment. Pour les enfants, qui dorment. On reste plus longtemps qu’annoncé au concert. Quand l’attention vient à manquer. Le groupe et la solitude.
 
 
 
 
 
4 août 17. Un vendredi.

C. Grand Combe. Nîmes. Valence. Tournon. Bamba. Catherine. Les enfants. Ménour. Lionel. Nicolas. En voiture jusqu’à Grand Combe avec N, M et L et A. Travailleur social. Prof de français pour étranger.e.s. Avec L, M et A, dans le train jusqu’à Nîmes. La terrasse devant la gare,de Nîmes, avec M, un moment, le temps d’attendre son sandwich. Quand son sandwich arrive, M rejoint la gare. Longue attente à Nîmes. A va jusqu’à la Fnac pour un livre qu’elle a commandé. L’impatience est cause des pires crimes. Voir du côté de Kafka. Acheter un livre a la Fnac n’est pas un crime. Est un cime. Est-ce un crime. Qu’est-ce qu’un crime. Le livre, c’est Le corps lesbien de Monique Wittig. Anne va au Carré d’art. Des artistes colombiens. À son retour, je fais un aller-retour entre la terrasse du bar et le musée, je marche dans les bains d’eau et dans la chaleur. Pas le temps d’entrer au musée. Faire demi-tour avant d’y arriver. Michèle nous attend à la gare tgv de Valence. Bernard. François. Aurélia qui revient d’une randonnée. J’ai oublié le chargeur du petit ordinateur à C. Les machines (informatiques, de transport…). Reprise de la lecture de Pedro Paramo.
 
 
 
 
 
5 août 17. Un samedi.

Tournon. Le mépris à l ‘égard de mon père et de sa mère. Encore je pense à ça. Une colère, une rage, entrées, grondent à moi. On les méprise ces idiot.e.s, cet idiot, cette idiote, sans scolarités hautes. Ces salauds de pauvres.

Personne n’est bête, sauf Wim Wenders. Bernardo Bertulluci et Alexandre Jardin.

Personne n’est bête est une expression qui salope la bestialité.

Personne n’est bête est une expression qui salope la bestialité
est une phrase 100 % bien pensante.

Bisous.

La fausse simplicité de certaine personne. L’arrogance de telle intelligence. Les légumes de ton père. Le Banchet. Un apéro au bord de la rivière. Le Doux. C’est le nom de la rivière qui coule au Banchet, le Doux. Le calme de la rivière.

Reprenant la lecture de Pedro Paramo, ne plus me souvenir des noms des personnages, qui est qui.

Un double arc-en-ciel. Les vaches dans le champ entre le pont et la maison, dont une grosse et belle.
 
 
 
 
 
6 août 17. Un dimanche.

Quelqu’un, sur notre plage. Tristesses de sentiment de propriété. Propriété privée. Privée de quoi. Privée de commun. D’altérité.

Par ailleurs, ne pas oublier que propriété peut également définir tel ou tel corps. Les propriétés de tel ou tel corps. Non pas propriété excluant mais propriété définissant.

Je vais sur les larges rochers où nous allions au début, même rive que l’endroit devenu notre plage.

Vin rouge au bord de la rivière, de l’autre côté.

Je suis ton prisonnier.

Les mondains. Les mondes. Les qui savent. Les cloches des vaches.

Imagine, toi, si tu avais une cloche attachée autour du cou et qui sonnait au moindre de tes mouvements de tête. Je n’attaque pas. Je ne décide rien. Je n’ai jamais rien décidé. Je défends que l’on attaque. Défendre, signifie interdire, aussi. Chaque jour une décision.
 
 
 
 
 
7 août 17. Un lundi.

Côté plage. Vin blanc au bord de la rivière. Orage. Des éclairs, depuis le ciel vers le ciel.
 
 
 
 
 
8 août 17. Un mardi.

Ne pas se lever pour prendre le train qui s’arrête sur le pont, tous les mardi, pour aller au marché de Lamastre. N’allons pas au marché. Allons à Lamastre, plus tard. Magasin bio à côté du Super U, marchands de journaux, épicerie, boulangerie, boucherie, librairie, livres pour Patricia, bar, terrasse, en haut de la place principale de Lamastre, thé « de la mer ». Consommer.

Tu veux dessiner seule avec moi.

Deux enfants solitaires sans.

Sans quoi.

Un homme et une femme et leur enfant font du stop à la sortie de Lamastre. Ils grimpent à l’arrière du Berlingo. Ils passent leur vacances à l’Hotel L’escale ou L’escapade, à Empurany, sur la route d’Arlebosc. On les y dépose.

La terrasse d’un bar-restaurant, à Boucieu. On s’assoit où.

La bonne place. Ma bonne place. Ta bonne place.

Enfant solitaire sans quoi.

« Sometime I feel / like motherless child / a long / a long / a long way from home. »

Ma tristesse. Une bière et deux. Un sudoku.

Nous restons manger ici.

La pluie dans le soleil. Les autorails. Des pizzas.

Œuf et câpre à la place de la crème fraîche et des olives, non ce n’est pas possible. Vous vous rendez compte si tout le monde le demandait ?
 
 
 
 
 
9 août 17. Un mardi.

« Plus j’avançais, plus ce froid augmentait, tant et si bien qu’il m’a donné la chair de poule. J’ai voulu retourné sur mes pas en me disant que je pourrais peut-être en repartant dans l’autre sens, retrouver la chaleur que je venais de perdre, mais je me suis rendu comptes, au bout de quelques pas, que le froid venait de moi, sourdait de mon sang. Alors, j’ai su que j’avais peur. » Pedro Paramo, page 89.

Marché de Saint-Félicien, en voiture. Mais, non. Le marché à Saint-Félicien ce n’est pas aujourd’hui. Matinée à Saint-Félicien. Parler avec la bouchère. Passons un moment en terrasse d’un café au soleil, à côté de l’Office de Tourisme. Connexion Internet à l’Office de tourisme. Parler avec la femme de Denis, l’un des deux fils de Claude, pour l’achat de la voiture qui appartenait à Claude, on prend rendez-vous en fin de semaine à Chantelle, samedi 12, en fin de journée. Appeler mes parents, à Chantelle, pour caler notre arrivée. Acheter des billets de train, Tain-Vichy, via Internet à l’Office de Tourisme. Via Facebook j’écris un mot à N, rapport à l’alimentation électrique du petit ordinateur oublié à C. Je lis un e-mail de Patricia, pour l’organisation de la fête du 15 août. Répondre. Un livre à 1 euros, à l’extérieur d’une petite boutique, et achats de livres et de vêtement à l’intérieur. Le soir, mangeons caillettes achetées hier à Lamastre avec des pommes de terre du jardin de Bernard. Lire le premier roman de 7. Suis agacé. Par ailleurs, lecture facile et agréable, écriture simple et fluide. C’est quoi une écriture simple. « C’est un scandale » dit Bernard au téléphone ce matin alors que nous sommes en terrasse à Saint-Félicien, à propos de je ne sais plus quoi. Et toi, tu aimes le scandale.

« Toujours / rester / poli. / Impossible de refuser ». Gilbert — Roggi — , improvisant un soir à Avignon. Ce fut enregistrer. Ce fut le premier Urgent !
 
 
 
 
 
10 août 17. Un mercredi.

7 de Tristan Garcia, offert par Léa à Sète. C’est quoi une écriture simple.

Parler bisexualité, patriarcat et rapport de classe en finissant l’aguardiente et le rhum colombien. Sous le magnolia, au Banchet. Si c’est un magniolia.

Jamais la littérature n’est première. Elle accompagne. Elle accompagne quoi ? La vie ? Je vis présentement comme le contraire. Comme dans le contraire. C’est dire le basse intensité de vie qu’est la mienne en ce moment.

Quand bien même la littérature semble prendre la seule place dans les actions, la réalité reste qu’elle n’est pas et ne sera jamais première.

L’art c’est ce qui rend la vie plus intéresse que la vie. NON. Formule de malheur.

La littérature n’est pas première. Ni séparée de la vie.

La littérature comme un des attributs de la vie.

Toute réalité et sensation de séparation : tristesse.
 
 
 
 
 
11 août 17. Un jeudi.

Ci-dessous, ma contribution au Nous, 11h11 de ce mois d’août, dont on peut lire l’intégralité ici.

11h11. Le Banchet. Jardin devant la maison. Ardèche. Campagne. Partie « avant » du jardin. Vent frais. Fraîcheur du vent, son du vent. Nuages gris (pluriel), blancs. Son des cloches accrochées au cou de certaines vaches dans le pré, en contre-bas, en direction de la rivière. À ma gauche, un jeune chêne pousse contre un des pieds de la balançoire. Côté droit de la balançoire : une balancelle à deux sièges, tenue par un tube en métal relié au haut de la structure; côté droit : une balancelle à une place, dont la planche en bois pour s’asseoir est fendue par le milieu, dans le sens de la longueur, les deux morceaux de bois sont toujours tenus par les deux cordes qui tombent du haut de la structure. À ma droite, un transat en plastique (« bain de soleil ») de couleur blanche, pour partie cassé, une des roues du transat sur le transat. Le mouvement des herbes jaunes, des pousses de vigne sauvage, balancé.e.s par le vent. Une table ronde, en métal, couleur vert foncé, peinture écaillée, surface de la table par endroit attaquée par la rouille. Le jardin est en terrasse. En contrebas, une route et deux têtes de deux personnes passant, de la droite vers la gauche. Face à moi dans le paysage, par-delà le champ où paissent les vaches dont on entend sonner les cloches, le pont qui enjambe le Doux – c’est le nom de la rivière qui coule, ici. Un peu plus loin et plus haut, le village d’Arlebosc, son église, le clocher de l’église, les maisons, un grand hangar pour matériel agricole. Et entre le pont et le village, dans une anse intérieure du Doux, la maison « des Suisses ». À ma droite, derrière une séparation dans le jardin créée par la présence d’arbres et d’arbustes, la deuxième partie du jardin, jouxtant la maison. Là, une table de ping-pong, un banc aux lamelles de plastique de couleur blanche, un autre bain de soleil. Un arbre plus imposant que les autres, au centre de cette partie du jardin : un magnolia ? Deux serviettes qui sèchent sur un fil tendu entre le magnolia (?) et un autre arbre, un maillot de bain une pièce et une culotte noire, séchant également. Une balancelle, deux tables en plastiques, l’une blanche, l’autre verte avec quelques motifs dessinés – sur cette table-ci, plus grande que l’autre, un plat avec les deux dernières galettes aux céréales que nous avons cuisinées hier, un pot du miel que fait le père de A, une petite cuillère, une thermos contenant du café réalisé « à la soudanaise », une tasse, un livre, un téléphone portable, un carnet, le dessin de la cravate d’Ernesto dessiné par A le 21 juillet dernier à Sète. Dans la maison, A finit la lecture d’un roman de science-fiction, dans une chambre au premier étage, au-dessus de la cuisine. Tee-shirt rouge, deux pulls bleu marine superposés, blue jean, chaussures de marche avec lacets orange.

MEINDL / / / / / / / / / / .

Fin de la contribution au Nous, 11h11.

Dernière journée au Banchet. Dernière nage. Eau froide, fraîche. Un aller retour au Seuil.

Le Seuil, c’est le nom d’un endroit où la rivière se ressert. Petite cascade.

Tournon, le soir. « Potentielle rupture » dit Victor.
 
 
 
 
 
12 août 17. Un samedi.

Marche tôt à Tournon. Chant du coq. Sentier des tours. Belvédère de la Chapelle. Je repense à hier quand Victor dit « potentielle rupture ». Potentiel, possible, puissance, en puissance, pouvoir. Alors que je marche avenue de la gare à Tournon, le conducteur d’une camionnette ralentit à ma hauteur et tourne son visage vers moi en souriant, pour me parler, vitre baissée, je suppose qu’il va me poser une question et avant qu’il n’ouvre la bouche je lui dis « je ne suis pas d’ici » puis il pose sa question, il cherche le marché. Alors je dis que c’est peut-être sur la place le long du Rhône, sur les quais. Il parle d’un lieu couvert je crois et je dis alors ah mais oui il y a le petit marché couvert, l’homme dit oui ça doit être ça, je lui dis c’est là à gauche en montant puis je dis : « finalement, je savais ».

FIN DE LA QUATRIÈME PARTIE CONSACRÉE À LA SERVITUDE.

Marché couvert à Tournon, après la balade jusqu’au Belvédère. Fromage frais, et pain aux céréales acheté au gars qui cherchait le marché tout à l’heure — je voulais savoir ce qu’il vendait sur le marché, produisait donc, c’est une des raisons qui m’ont faite venir jusqu’au marché. Petit déjeuner casse-croûte et double express en terrasse sur les quais. Déjeuner tôt, ensuite, et train à Tain. Lyon-Part-Dieu, attente douce sur le quai E—F. Train Lyon Vichy sur le quai B. à Vichy, mes parents « en retard ». En retard c’est-à-dire pas déjà là quand nous arrivons. Chantelle. Finalement le rendez-vous pour l’achat de la voiture ce sera demain matin.
 
 
 
 
 
13 août 17. Un dimanche.

Achat de la voiture de Claude à 10h29. Place de l’Oscambre. Laetitia est la femme de Denis qui est le sosie de son père. Non. Pas sosie. Forte ressemblance. À midi, Fête de l’eau au bord de la Bouble. . Friture — poissons surgelés conditionnement industrielle ? — grasse. Plateau cantine. Truites d’élevage lâchées pour la pêche des enfants. Les Soucis (c’est un nom de famille, Soucis). Enzo. Balade avec Anne par la Bouble. Proposer à Enzo, dans le jardin des Picaudelles, en fin de journée, de faire l’enregistrement du récit d’un jour de sa vie. Il est okay.
 
 
 
 
 
14 août 17. Un lundi.

Appeler assurance. Petit déjeuner au soleil devant la maison, avec Anne. Mon père qui fait des mots croisés. Ma mère se fait masser les pieds chez Jacqueline par Laetitia. Réflexologie. Bernard me parle de réflexologie, avant-hier, tôt, dans la cuisine, tandis que je fais le café, alors qu’il se réveille, va allumer l’ordinateur, va s’occuper du jardin avant de petit-déjeuner avec Michèle, « je m’occupe du jardin et on petit-déjeune avec Michèle ensuite, lorsqu’elle est réveillée. ». Vers 18h00, départ pour Murat le Quaire. Murat le Quaire. Soirée avec Patricia, Guy, Annie, Christine, Cécile, Didier, Lola, Inès, Noé. La maison s’appelle La Bergerie, c’est l’ancienne annexe de l’hôtel X. C’est une maison à trois niveaux, avec au moins deux chambres à chaque niveau. Il y a une cour devant la maison. Anne et moi nous dormons dans l’une des deux chambres sous les toits. Il y a le velux le plus bête du monde, dixit Patricia. Lucy est le prénom d’une chienne, pas de la petite-fille de Guy.
 
 
 
 
 
15 août 17. Un mardi.

Préparation du et des repas. Et du midi et du soir. Journée fête, anniversaire de Patricia, crémaillère de la maison, Pacs de Guy et Patricia, deux ans de Lucy. Il y a une attente longue pour la formation d’un groupe, vers 11h00, il y a l’inertie de groupe et une arrivée au vide grenier et salon du livre et quoi encore vers 17h00 quand tout est plié, dans la cour de la mairie et dans la mairie et dans un parking au dessus. Il y a un dictionnaire espagnol- français trouvé dans un boîte à livres — dans une ancienne cabine téléphonique. Il y a Tya et Marco et Noa qui chantent et jouent de la musique. Il y a Marie, qui est à côté de moi lorsque je coupe les pizzas le soir, il y a Martine qui me parle de son cancer, combattu, elle parle du poids d’une aiguille, difficile à manier, pour coudre, tant le corps est faible pendant la chimio, il y a Éric, mes parents, Régis et Géraldine, Pimprenelle et Gaël, la bande à Gut, Jeannot et É velyne et Claire et Olivier et sa nouvelle compagne et Arsène leur enfant et Nanou et Pascale ou Pascal et leurs deux enfants jumeaux et quelqu’un qui s’appelle Jean-François je crois et Pascal ou Pascale ou Nanou et lui ronfleront fort dans quelques heures dans la maison où ils dormiront ensemble et il y a des moments de pluie avec des parasols et des parapluies et la prune de tonton Jeannot et de la musique diffusée depuis Deezer avec un ordi Mac Intosch Apple et diffusion sur un vieil ampli de guitare de 1959.
 
 
 
 
 
16 août 17. Un mercredi.

En fin de matinée, une balade au lac avec Josette et Raymond et Christine et Lucy en laisse et Inès qui est notre guide car elle a fait la balade hier et Jeannot et Évelyne et Annie je ne suis pas sûr et Didier et Cécile et Noé qui nous rejoignent et Lucy parfois est en laisse parfois non et il y a un autre chien en laisse autour du lac et Lucy n’est pas en laisse et les deux chiens jouent mais l’un est en laisse et l’autre non et il y a une balade l’après-midi avec Anne et Martine et Évelyne jusqu’au haut de la Banne d’Ordanche, il y a des rapaces et des touristes et des modélistes et Anne qui court en descendant et Martine qui marche lentement et que l’on attend et que l’on accompagne et elle parle beaucoup aussi puis on achète un Saint Nectaire au cellier muratois et on va voir le jardin de Pimprenelle et Gaël et il y a un repas le soir dans la cour avec un cercle de chaises pas ouvert sous la tonnelle, c’est un repas avec Guy, Éric, Pimprenelle, Marie, Gaël, ces quatre derniers ont refait le monde dixit Pimprenelle cet après-midi dans le jardin que nous visitâmes ensuite et il y a Annie et Didier et Christine et Noé et Lola et Inés et Patricia et Anne et moi.
 
 
 
 
 
17 août 17. Un jeudi.

Et tandis que les travaux commencent dans la maison, nous partons et c’est un retour à Nantes en auto, en passant par la Creuse. Nous nous arrêtons à la cité internationale de la tapisserie à Aubusson et aussi à Moutiers d’Ahun et nous entrons dans l’église de Moutiers d’Ahun — magnifiques boiseries de Simon Bouer — et nous allons jusqu’à la Métive où il y a une expo photos et nous marchons jusqu’au pont qui enjambe la Creuse et quand nous arrivons à Nantes il pleut, « le temps ne m’a jamais dérangé à Nantes » dit Anne.
 
 
 
 
 
18 août 17. Un vendredi.

Gueuler hurler dans la Partner sur un parking de supermarché bio. Début d’un 24 heures + 2 ou 3 et + heures de silence
 
 
 
 
 
19 août 17. Un samedi.

Pas encore se reparler. N’avons-nous même pas commencer à véritablement nous parler. Bien sûr que si nous avons commencer. Rester signifie continuer d’être.
 
 
 
 
 
20 août 17. Un dimanche.

On se reparle à Queue de la Luce. On baise sur une plage de sable en bord de Loire à Queue de la Luce. Je me trempe le cul dans un coin de la Loire à Queue de la Luce.
 
 
 
 
 
21 août 17. Un lundi.

Johnny Halliday. « Je vais t’aimer comme personne ne t’a encore jamais aimé. » Des paroles de dingue. Non. C’est pas Johnny. C’est Michel Sardou. Servitude et fascisme en moi. « Je vais t’aimer / Comme on ne t’a jamais aimée. / Je vais t’aimer / Plus loin que tes rêves ont imaginé / Je vais t’aimer, je vais t’aimer / Je vais t’aimer / Comme personne n’a osé t’aimer / Je vais t’aimer / Comme j’aurais tellement aimé être aimé / Je vais t’aimer je vais t’aimer. » Les chansons RTL de l’enfance. Ici, à venir, une recension de ces chansons de l’enfance RTL — je vais t’en parler moi, des classes moyennes — et rédaction d’une conférence d’Ernesto de la plus haut importance titré Jean Ferrat et Michel Sardou sont dans un bateau. Bloc d’angoisses, quelle nuit. Des blocs d’angoisse comme des blocs de pierre, des blocs super concrets, énormes, dans le corps. La lâcheté est un habit — ou un effet ? — de la servitude. Je suis incapable présentement d’affronter seul ma vie. On affronte jamais seul. Est-ce que je veux affronter seul ? J’ai besoin de toi. Assumer ça. Aimer, en conscience de ce « j’ai besoin de toi ». Comment être libre face et avec ce « j’ai besoin de toi », je ne le sais toujours pas. Ni si c’est possible. « Être libre face et avec ce j’ai besoin de toi » est un nom de l’amour que je n’ai jusqu’à ce jour pas vécu. Idéelle idée. Assumer ce « j’ai besoin de toi », et te donner en retour. En retour ? Donner comme on remercie ? Donner pour honorer une dette ? La dette est un lien. Un lien n’aliène pas nécessairement. Dette, 5000 ans d’histoire. À Castorama nous nous décidons sur la planche de bois mais la machine pour découper le bois est hors service ce jour. La gentillesse des employés de Castorama. Castorama recrute. Je pourrais envoyer un cv. Je mise tout sur ma gentillesse et la chaleur de l’accueil. Compétence bricolage zéro.
 
 
 
 
 
22 août 17. Un mardi.

Starhawk et Stengers à la zad. Rencontres intergalactiques. Les rituels et le sensible dans l’activisme. Le spirituel pour dire : non la spiritualité transcendante ou quoi, mais pour dire le souffle. Le sacré pour dire, par exemple : l’eau est sacrée. Cela signifie que l’on ne peut pas vivre sans eau. Le sacré, pour dire ce sans quoi l’on ne peut pas vivre. Spirituel et sacré matérialistes. Reclaim : réclamer, se réapproprier. Quelque chose a été détruit, cassé. Non pas le réparer au nom d’un « c’était mieux avant », mais : ce qui a été cassé d’un ensemble qui « naturellement » produisait du commun, par lequel « naturellement » nous produisions du commun. C’est quoi ce « naturellement ». Retrouver la possibilité de produire ce commun qui est essentiel à nos vies. Retrouver l’effectivité de ce commun. Je ne trouve pas les mots simples pour dire quelque chose de très concret, qui a été cassé, l’interrelation, qui était essentielle à nos vies, à la vie, ça a été casé, nous souffrons de ça, il nous est nécessaire de retrouver ça, ce n’est pas au nom d’un retour en arrière traditionaliste mais au nom d’un épanouissement du vivant. La difficulté est de ne pas verser dans un penchant nostalgique passéiste réactionnaire. Non ce n’était pas mieux avant. Oui des relations ont été détruites qu’il nous faut reconquérir. Rebâtir, retrouver non pas celles d’hier mais bien celles nécessaire éternellement. Cette démarche ne peut être individuel. Arno. Guillaume. Christine. Val. C de MT. Son sourire. On s’embrasse. On se parle plus tard je lui dis. Je ne lui parle pas plus tard.
 
 
 
 
 
23 août 17. Un mercredi.

Communiste? — Oui. Oui, peut-être. Ils marchent. L’une d’eux ralentit le pas, s’arrête. Le premier continue. Elle parle. Il s’aperçoit que son amie est restée en arrière. Il se retourne. Elle se tait. L’autre parle à son tour. Maintenant il ne sait plus ce qu’elle dit. Elles marchent et c’est comme une danse, et ce qu’ils disent est comme le froid, et le bruit de l’eau, la couleur des buissons, Comme tous ces corps un peu maladroits qu’elles croisent. Ils sont le long de la jetée, entre l’eau de droite et l’eau de gauche. C’est un pont, ou comme un pont, très bas, presque à la hauteur de l’eau. A gauche, la surface est plate, paralysée. Il y a une drôle de lumière, et elles vont vers le sable, la route de terre et de pierre. Ils tourneront. L’un s’arrêtera, l’autre continuera un instant de parler, s’apercevra que son amie est restée en arrière – l’un et l’autre, elles s’éloignent, se rapprochent, se font face unissant, muets, se parlent. Ils marchent.

Légères variantes de :

Communiste? — Oui. Oui, peut-être. Ils marchent. L’un d’eux ralentit le pas, s’arrête. Le premier continue. Il parle. Il s’aperçoit que son ami est resté en arrière. Il se retourne. Il se tait. L’autre parle à son tour. Maintenant il ne sait plus ce qu’il dit. Ils marchent et c’est comme une danse, et ce qu’ils disent est comme le froid, et le bruit de l’eau, la couleur des buissons, Comme tous ces corps un peu maladroits qu’ils croisent. Il sont le long de la jetée, entre l’eau de droite et l’eau de gauche. C’est un pont, ou comme un pont, très bas, presque à la hauteur de l’eau. A gauche, la surface est plate, paralysée. Il y a une drôle de lumière, et ils vont vers le sable, la route de terre et de pierre. Ils tourneront. L’un s’arrêtera, l’autre continuera un instant de parler, s’apercevra que son ami est resté en arrière – l’un et l’autre, ils s’éloignent, se rapprochent, se font face unissant, muets, se parlent. Ils marchent.

Jean-Marie Gleize. Passage cité dans Sorties. Cité par Justin, sur fb.

En réponse à une demande de Maxime, j’écris ceci : Début 2016 le collectif bêta lance un appel à textes pour publications à venir de différents objets dont les formes ne sont pas alors définies. En mars 2016, ces objets trouvent leurs formes lors d’une résidence chez Jeanot – un éco-lieu – à Rion-des-Landes. Sont publiés quatre petits livres (impression photocopie et agrafes), et bssdf n°1 (impression photocopie sans agrafes). Est publiée également une feuille A4 recto verso – le journal le plus rapide de l’ouest –  tractée plus ou moins chaque jour devant le collège de Rion. Dans certaines villes de France ont lieu les premières manifestations d’un printemps 2016 contre une loi travaille ! et son monde. Une deuxième résidence a lieu en octobre 2016 dans le Vercors. Sont à nouveau publié 4 livres, et bssdf n°2. Bssdf édite des textes reçus, lus, volés, extraits de recherches en cours. Poésie. Descriptions. Bientôt narration ? Des textes de personnes vivantes. Des textes vivants, arrachés à des livres existants, aussi. Bssdf se trafique pour se tenir chaud et pour faire chaud. Peut-on brûler bssdf pour allumer un feu ? On peut. Si on a besoin d’un feu, c’est important. Les textes sont ré-imprimables. Bssdf se trafique avec, à égalité, poésie et cuisine et bière ou vin ou sans alcool et cabanes et formes de vie et tant d’autres choses. Et s’il est besoin d’énoncer cette égalité, on peut y voir un signe que cette égalité n’est pas tout à fait effective. On peut y voir, aussi, une parfaite signature bssdf : qui n’est pas une aventure idéale. Bisous plutôt que cordialement.

« UNE CHOSE (…) EST DITE CONTINGENTE (…) EN RAISON, EXCLUSIVEMENT, DU DÉFAUT DE NOTRE CONNAISSANCE. »

« UNE CHOSE EST DITE IMPOSSIBLE (…) OU BIEN PARCE QUE SON ESSENCE OU DÉFINITION ENVELOPPE UNE CONTRADICTION, OU BIEN PARCE QU’IL N’EXISTE PAS DE CAUSE EXTERNE DÉTERMINÉE À PRODUIRE UNE TELLE CHOSE. »

« CET AFFECT PAR LEQUEL L’HOMME EST STRUCTURÉ DE TELLE SORTE QU’IL NE VEUT PAS CE QU’IL VEUT, OU QU’IL VEUT CE QU’IL NE VEUT PAS, S’APPELLE LA PEUR. »

Emmaüs. Faire 40 kilomètres pour acheter une lampe et un petit tableau. Argent. Kilomètres. Temps. Ressources naturelles. Castorama. Le modèle de planche en bois que nous voulions acheter est en rupture de stock. Allons à Chalonnes sur Loire.

« En résidence de création depuis le mois de mars, la Compagnie Siloé et son projet Les Arpenteurs Sonores — Claire Newland, Claire Rivera, Alexandra Teracher, Benoit Cancoin, Joël Thépault et les habitants complices —  ont imaginé quatre balades dispersées dans la ville. »

Balades donc. Benoît que nous n’avions pas prévenu. Retrouver Alex que j’avais rencontrée en 2010 à Moutiers d’Ahun. Manger avec eux deux et Claire et Joël dans une salle des fêtes. Les plats, préparés par une jeune femme qui nous rejoint à la table à la fin du repas. Nous dormons dans la voiture, en bord de Loire, derrière la vieille église.
 
 
 
 
 
24 août 17. Un jeudi.

Chalonnes. Passons par le local où la compagnie est installée le temps de la résidence pour boire un café avant la balade au lever du jour.

Bord de Loire. En fond sonore, au loin, le bruit des moteurs des voitures sur la voie express avant Angers. Une barque sur la Loire, qui vient du lointain, côté est, à notre droite, on entend d’abord ou on voit d’abord. On entend d’abord le son — infime et loin, est-ce qu’on l’entend, oui, on l’entend, à peine c’est perceptible, et dans le doute, est-ce qu’on entend — de la contrebasse, au fur et à mesure que la barque s’approche, l’approche de la barque confirme le son, ou, on voit d’abord la barque avec un homme debout dans une barque — Benoît — jouant de la contrebasse et quatre silhouettes blanches à ses pieds, assises dans la barque, la barque file droit sur la Loire, le son se rapproche, devient proche et passe devant nous puis s’éloigne vers l’ouest, sur notre droite. La barque, telle qu’on la voit apparaître, sa trajectoire file droit d’abord mais un crochet vers la rive brise cette ligne, mais, l’image de cette barque apparaissant filant côté droit — la promesse de cette image ? — , — la projection (mentale) de cette image ? — , — toute promesse est-elle projection espérée partagée réalisée ? — , l’image de cette barque apparaissant filant côté droit d’est en ouest sur le fleuve, persiste.

Les gouttes d’eau, aussi, vues comme jamais vues des gouttes d’eau. La forme des gouttes d’eau dans un jeu de bâton, Claire enfonçant un bâton de bois dans l’eau et sortant le bâton de l’eau en soulevant de l’eau, des gouttes d’eau se détache alors, seules et rondes et volant comme au ralenti, calmement précisément dessinées visibles comme encore jamais vu. On parle avec une femme dont le mari est originaire de l’île — l’île, c’est la rive en face de celle où nous marchons — , ils sont revenus ici, à la retraite, ils préparent leur fin de vie — achat d’un studio ou d’un petit appartement à Angers, plus pratique pour les accès aux soins qui seront peut-être nécessaires. Elle nous parle des crues sur la Loire. Pensées vers cet homme rencontré à Queue de la Luce. On est devant des barres, des poteaux, rouges, plantées dans le sol, de différentes hauteurs signifiant les différences de hauteurs de crues, depuis la fin ou le milieu du 19ème siècle — 1848 ? 1871 ? — , les crues sont de moins en moins fortes, plus on se rapproche de notre époque moins elles sont fortes, l’homme nous dit qu’il est originaire d’ici, qu’il était postier, qu’il a bossé à Nantes, ailleurs, il a bossé à Strasbourg où il a rencontré une femme devenue sa femme — usage de la grammaire, énonciation d’appartenance, de possession, propriété… — il a toujours voulu rentré, revenir vivre ici mais sa femme ne voulait pas, n’aimait pas, sa femme est morte il y a quelques semaines ou quelques mois, il revient vivre ici. Je pense au père et à la mère de Anne — retour au pays de l’enfance de la mère de Anne alors qu’ils étaient encore tous les deux en activités — , je pense à mes parents — retour à Chantelle, village d’origine de mon père et du père du père de ma mère, pour leur retraire — et y mourir ?

Petit déjeuner dans des transats en écoutant Benoît jouer. Bord de Loire. Puis marche retour jusqu’au Bourg, avec Claire. Moment au local de la compagnie. Avec Alex, Benoît, Claire, passe la mère de A qui faisait la cuisine hier soir et qui la fit tous les jours pour la compagnie. On va marcher ensuite derrière l’église. Les tombes creusées dans la roche, pour les moines. Confluence de la Loire et du Layon, l’eau fait spirale. On va marcher ensuite vers les ruines d’un monastère construit trop près de la Loire, trop souvent inondé par les crues de la Loire et finalement abandonné. On parle longtemps dans les ruines du monastère. Quelque chose du désir — sexuel — renaît ici.
 
 
 
 
 
25 août 17. Un vendredi.

Nantes. À l’Intermarché. Croiser Sisada. Parler avec elle. L’écouter, surtout. Essayer. Elle parle beaucoup. Et vite. Elle me parle d’un cercle de femmes auquel elle participe. Je lui parle de Starhawk. Fromages industrielles dans son caddie. Industriel coulis de tomates dans mon sac. L’industrie de l’alimentaire. Arrêter de fréquenter et d’accompagner cette industrie-là. L’industrie du vivant. Au marché, j’éoute le producteur qui parle de ses légumes. Parler avec Sisada. Parler avec le producteur. Parler ouvre. Anne et moi nous allons voir Isabelle de Seilhac. Isabelle de Seilhac est médecin généraliste. C’est notre médecin généraliste de référence. On l’aime bien. Non, on n’est pas le palud.

« La palud est un toponyme se rattachant à un marécage. Le mot palud (écrit parfois palue) signifie « marais » en vieux français. C’est un milieu apparemment hostile à l’homme car marécageux mais recherché à la fin du Moyen Âge (mise en culture autour de Bordeaux, par exemple) et plus récemment sous l’appellation zone humide. »

Le soir, dans le jardin. Ahmed. Anne. Arno. Délie. Frédéric. Isabelle. Marin. Marc. Yahya. Un Saint-Nectaire ramené de Murat-le-Quaire. À un moment donné, comme je demande à Yahya comment il va, quelles sont les nouvelles depuis que l’on ne s’est pas vu, il dit je vais louer un petit studio et puis on va aider la préfecture, pour faire des papiers, pour aider les gens. Il le dit avec sérieux et son grand sourire lumineux. Mais oui, non ? Il y a besoin, oui ? Un moment de doute. Il plaisante ou il ne plaisante pas. Il le dit tellement sérieusement. Cela renvoie à une telle réelle nécessité.
 
 
 
 
 
26 août 17. Un samedi.

Utopie Sonore. Anaïs. Coralie. David. Marie. Maya. Pierre. Anaïs dit je pensais que je vous avais perdu.e.s, qu’il y a eu le printemps 2016, et puis que voilà, c’était fini. Affinité intellectuelle avec Anne dit-elle, tu me fais penser. Avec toi me dit-elle c’est plus sensible ou sentimental, je ne sais plus le mot qu’elle emploie. Énoncer le besoin. J’ai besoin de toi. L’énoncer et dès lors amoindrir ce que le besoin dénote d’un manque et faire croître ce qu’il établit d’une relation partagée, communément connue et vécue.
 
 
 
 
 
27 août 17. Un dimanche.

« D’une certaine façon, qu’il m’est difficile d’expliquer à mes compatriotes, le fait que j’avais « réussi » signifiait que j’avais trahi ces gens qui m’avaient fait » No name in the street, traduit en … chassés de la lumière, Baldwin. Page 19.

Théo. On se retrouve à Arts et Métiers alors que j’arrive juste à Paris. J’arrive de Massy. J’arrive du trajet Ouigo Nantes—Massy. Je dépose mes quelques affaires à la chambre rue de Montmorency. On marche vers la rue des rosiers. Sandwich falafel. Jardin des rosiers — Joseph Migneret. Une fois encore je ne retiens pas le nom du parti auquel appartient, appartenait Théo. Son chef est en exil à Brazzaville. L’inacceptable me dit Théo c’est que Kabila garde le pouvoir pour lui-même. S’il le transmettait à son fils ou à quelqu’un de son parti, même sous couvert d’élections trafiquées, ce serait alors tolérable. Il dit ce serait alors un peu comme ici, hein : Macron après Hollande. Théo parle de Kabila et de sa famille qui sont à la tête de tous les postes de clé du pays. Le pays est riche. De l’or. Du pétrole. Vérifier. Le pays est pauvre. Tout est entre les mains de la famille de Kabila. Trouver une femme et obtenir la nationalité française. Reconnaître l’enfant d’une femme qui a la nationalité française. Justifier d’un travail de combien de mois et obtenir une carte de séjour. Réouvrir le dossier d’une demande d’asile. Aller en Belgique voir si quelque chose est possible là-bas avec la communauté des Jésuites. Je file cinquante euros à Théo. Pour avoir de quoi inviter une femme avec qui il est en relation via meetic par exemple lui dis-je — il énonce comment c’est dur de rencontrer cette femme, je n’ai pas de quoi l’inviter à prendre un verre dit Théo, ce n’est pas possible de la rencontrer — ou pour n’importe quoi dont tu as besoin ou envie bien sûr tu verras bien. On marche jusqu’à la librairie L’écume des jours. J’achète le dernier Haenel, Tiens ferme ta couronne, et Le Grand Jeu de Minard. Je parle de Haenel à Théo, je lui parle de Cercle que j’ai tant aimé, je vais chercher Cercle au rayon poche, pour l’offrir à Théo, en même temps il me dit qu’il a du mal à lire en ce moment, à se concentrer. Je lui demande si ça lui ferait plaisir. Il me montre un autre livre, composé de lettres, qu’il vient de feuilleter. Au pied de la lettre, de Isabelle Minière. Il préfère ce livre-ci. On marche jusqu’à Réaumur Sébastopol. Il prend le métro pour son train à Gare du Nord vers 17h00. Ne pas manquer ce train, c’est le dernier du jour en direction de là où il est logé. Ne pas arriver trop tôt à Gare du Nord non plus. C’est un lieu où il doit se méfier des contrôles de papiers d’identité. Je marche sans trop savoir où je vais. Ni ce que je fais. J’entre dans le square É mile Chautemps à côté de la Gaîté Lyrique. Un banc se libère. Une femme enlevant ses cartons et portant ses deux gros sacs en plastique dans lesquelles tiennent j’imagine toutes ces affaires de femmes vivant à la rue, je m’assois là où elle était assise et je commence la lecture de Tiens ferme ta couronne. Il y a une femme avec la tête recouverte d’un tissu et j’imagine que l’homme allongé sur le long d’un banc, il dort ou se repose, est son mari, la femme joue avec son enfant, elle parle en arabe, ou en turc ou en je ne sais quelle langue que je ne connais ni ne reconnais, j’entends peu, je crois ne pas reconnaître le français. Il y a des personnes seules et des personnes en groupe. Trois qui jouent au ping-pong. Un groupe de jeunes qui boivent des bières et jouent à la pétanque. Un couple, un homme et une femme, qui jouent à la pétanque. D’autres, qui jouent à la pétanque. Il y a des gens qui prennent en photo les plaques où est inscrit le nom du Square. Square Émile Chautemps. Est conseiller municipal de Paris — quartier des Arts-et-Métiers entre 1884 et 189O. Est ministre des colonies entre le 26 janvier 1895 ler novembre 1895. Vote en faveur de la loi de séparation des Églises et de l’État le 6 décembre 1905. Il y a un homme seul qui lit sur un banc et qui change de place parce que ces trois enfants qui jouent au foot décidément leur ballon vient vers nous tous et toutes à un moment donné, chacun.e notre tour. Il y a ces trois enfants — bruyant, shootant, courant, jouant, leur joie —, une fille et deux gars, elle est noire, il est pas noir, pas blanc, l’autre non plus, je sais plus, l’un est grand costaud et l’autre plus petit et tous les trois à un moment donné invitent deux petits blancs blondinés qui sont dans le square aussi mais qui préfèrent jouer entre eux avec leur ballon à eux ou et rester proches de leurs parents. Merde. « Alors voilà : un jour, j’avais entendu une phrase de Melville qui disait qu’en ce monde de mensonges, la vérité était forcée de fuir dans les bois comme un daim blanc effarouché, et j’avais pensé à ce film de Michael Cimino qu’on appelle en France Voyage au bout de l’enfer, mais dont le titre original est The Deer Hunter, c’est-à-dire le chasseur de daim. » Page 17. Je quitte le square. Je vais boire un verre et deux — vin blanc — au Bailly, en continuant la lecture du Haenel. Je mange un steak tartare en terrasse d’un restaurant bar brasserie à côté du Puy des Arts, rue Beaubourg. Vin blanc. Pauline qui sort de Beaubourg me voit et vient vers moi. Un moment tous les deux. Content de la voir. Elle a l’air en forme. Depuis qu’il a quitté Théo, Ernesto est tout down down down down down. Oh la grande plainte. Oh la petite oh la plainte. Longue lente lancinante. Content de voir Pauline qui a l’air en forme. Sentir et recevoir le bon des ami.e.s.
 
 
 
 
 
28 août 17. Un lundi.

En terrasse du Puy des arts.

« car même en admettant, avec beaucoup d’indulgence, qu’on put se considérer comme un héros sous prétexte que le daim blanc de la vérité nous apparaît dans des films, rien ne distinguait cet héroïsme de la vie pathétique du looser. » (p.73)

« mais il n’est pas facile de savoir si votre vie s’en va en morceaux ou si vous allez vers ce qu’il y a de plus vivant «  (p.74)

« existe-t-elle, la voie qui traverse le crime ? La voie silencieuse qui mène au-delà du massacre et vous à l’innocence ? » (p.?) … vous transmet à l’innocence ?

Hier soir je pense à ce jour, ce soir, où B m’a préparé un lit dans une caravane, à S, et où je ne reste pas dormir.

Enrico, le prénom d’un électricien. Il a son entreprise. Sur ce chantier-ci l’ouvrier qui travaille pour lui est polonais, ou yougo comme dit J, ou je ne sais, cet accent que j’entends je l’associe à un accent d’une langue d’un pays de l’est. La terrasse du Puits des Arts, le matin. Le soleil, le mouvement de la lumière. Le mouvement de la terre. La rotation de la terre. C’est vrai que depuis cette chaise à la terrasse du café en temps que point fixe d’observation c’est le soleil qui bouge. Certes mon point n’est pas fixe. Illusion de la fixité de mon point. Tristesse du sentiment de centralité de mon point. Le square du temple. La place de la république. Je m’assois à une place libre sur un muret au pied d’un arbre, à l’ombre, parmi des hommes à la peau noire, ébène, je me dis que cet espace c’est un chez eux, aussi temporaire et public soit-il, présentement c’est un chez eux, sentiment de m’asseoir chez eux. Laurent. Nous marchons jusqu’au square des récollets. Achetons des sandwiches. Dans le parc, beaucoup d’hommes en groupes sur les pelouses. Des afghans ? Des réfugiés ? Des groupes d’hommes à la peau sombre. Leur vie. Mon sentiment de servitude, énoncé. Vous êtes tous et toutes mes maîtres et maîtresses. « Ne pas faire de mal », dit Laurent, est quant à lui sa ligne de conduite, pour mener sa vie. Déjà ne pas faire de mal autour de moi dit-il. On prend un café en terrasse d’un café, porte Saint-Martin. Mémoire d’une rencontre avec Catherine Flohic, Isabelle et Laurent, pour une édition des carnets de Monsieur M, 1968, qui ne s’est finalement pas faite. Avant cela, passer devant un café de la rue René Boulanger où mémoire d’une soirée avec Anne, Michael, Laura. À Gibert Strasbourg Saint Denis, ne rien acheter. À Gibert boulevard Saint-Michel, acheter Le llano en flammes de Juan Rulfo. Une fille qui me plaît, au rayon sociologie politique. Vers le coin où je cherche un livre de Delphy. Je la regarde à plusieurs reprises. Plus tard elle est du côté du rayon féminisme et sociologie des genres. On se regarde. Est-ce qu’elle me suit. Je descends et paye le livre de Juan Rulfo au rez-de-chaussée. À la librairie Compagnie, feuilleter Copiste de Colin. Dans une boutique du Vieux Campeur, boulevard Saint-Germain, regarder les petits sacs à dos sans être capable d’en acheter un. À 19h00, Out, un film de György Kristof , à l’espace Sain-Michel. Un sandwich libanais sur le boulevard du Maine juste à côté de la gare. Lire Tiens ferme ta couronne, dehors, devant la gare — trois flics en surveillance pas loin, un jeune gars arrive et stoppe sa marche, devant moi, merde y a les schmidts, il fait demi tour — en attendant l’heure de mise à quai du train. Nantes. Saint-Denis. Saint-Germain. Saint-Martin. Saint-Michel. Un pays laïc.
 
 
 
 
 
29 août 17. Un mardi.

« il était impossible de sauver les humains d’un interminable crime sans cause » (p.171)

Extermination des juifs d’Europe. Génocide des indiens (nom abusif) des plaines. « Qui est capable d’entendre, à travers ces deux événements, ce qu’il en est de la criminalité du monde occidental ? » (p.172)
 
 
 
 
 
30 août 17. Un mercredi.

On se donne rendez-vous dans un parc avec Vincent. La pluie. On change le lieu de rendez-vous. Ce sera au Fy’s café. Vincent me parle longuement de son amie Pauline, atteinte d’en cancer, très malade, qui va bientôt mourir. Vincent et Carla attendent un enfant. Je parle de Tiens ferme ta couronne. Nous parlons du projet Tenir Journal — Spinoza partout.

« que le cinéma n’avait besoin de rien d’autre que de la parole » (p.178)

« comme un forain, comme un magicien, s’accordaient à ce point originaire — bien avant l’invention de la lanterne — où l’image n’existe pas. Il n’y avait jamais eu besoin d’écran, et à l’avenir il n’y en aurait plus besoin : les mots suffisent ; c’est eux qui font voir. »

Ces notes que vous êtes en train de lire sont la matière première d’un projet d’écriture qui viendra à la suite de Spinoza in China. J’aimerais qu’il y ait cinq parties dans ce livre, si cela devient un livre. À moins que cela ne devienne cinq livres. Cinq parties, ou cinq livres, en écho aux cinq parties de l’Éthique. Partie I de l’Éthique : De Dieu. Pour le présent projet, cette partie ou livre I aurait pour titre Roman populaire, 1871 — 2017. Partie II de l’Éthique : De l’esprit. Pour le présent projet : aucune idée quant à cette partie. Partie III de l’Éthique : Des affects. Pour le présent projet : Tantôt la vague me gifle, et tantôt elle m’emporte, 2016. Partie IV de l’Éthique : De la servitude humaine. Pour le présent projet : Servitude, 2017. Partie V de l’Éthique : De la liberté humaine. Pour le présent projet : rien pour l’instant ; seule hypothèse, que je ne peux et ne sais ni vivre ni écrire pour l’heure : Spinozad partout.

En attendant Vincent, j’écris un début de ce que pourrait être ce livre si le projet se concrétisait en un livre — livre qui commencerait a priori par la partie Tantôt la vague me gifle, et tantôt elle m’emporte, 2016 :

« … puis je pense à Libera me et pensant à ce film je cherche et trouve une version en ligne et je regarde et j’écoute le premier quart d’heure et ce que je vois et entends est pour partie la chose suivante : aucune parole, des mains, des mains sur des têtes, des pièces d’identité, que tiennent les mains posées sur les têtes, la fouille, le contrôle, la présence policière ou et militaire, un homme qui veut s’enfuir, tente de s’enfuir, est abattu.

Voilà. Ça commence avec Libera me. J’attends Vincent au Fy’s Café, là même où avec Arno nous buvions quelques bières alors que la France Nantaise Je Suis Charlie défilait dans les rues de Nantes, le 1O janvier 2015. J’attends ce jour Vincent et je ne sais pas où ce livre va nous mener, nous : toi qui lit présentement son commencement et moi qui présentement en commence l’écriture. Libera me suffit ce jour pour annoncer ce dont ce livre tend à faire le récit. Le récit d’une libération. Il tend à pointer également, aussi, ce que j’entends comme insuffisant dans cette libération énoncée, appelée, souhaitée. Il ne s’agirait en effet pas seulement du récit de la seule libération — du chemin vers cette seule libération, mais du récit vers cette libération par la compréhension et la production des conditions d’existence d’une liberté, qui nous concerne toutes et tous : et individuellement et communément et collectivement. Jusqu’à présent, je suis un être de la servitude, dans la servitude, et c’est depuis elle que je vais tenter de vous faire ce récit. »